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Jeunes et mariage : quand l’argent s’invite dans les choix du cœur

Le célibat chez les jeunes n’est plus toujours une simple question de choix amoureux. Entre ambitions professionnelles, déceptions sentimentales et difficultés financières, nombreux sont ceux qui préfèrent attendre avant de s’engager. Pour Géronce DOVONOU, Bénédicte KINSODE et Brice MENAÏ, les raisons diffèrent, mais une même réalité se dégage : le mariage implique aujourd’hui des responsabilités que les jeunes ne veulent plus prendre à la légère.

Se marier reste un projet important pour beaucoup de jeunes. Mais avant de franchir le pas, certains prennent le temps de mesurer les conséquences de leur décision. Le coût du logement, les dépenses quotidiennes, la santé, les projets futurs et la prise en charge des enfants peuvent peser lourd dans la balance. Dans ce contexte, le célibat peut être autant un choix assumé qu’une conséquence des difficultés économiques.

« C’est un mélange des deux »

Pour Géronce DOVONOU, graphiste et développeur web, il serait difficile d’expliquer le célibat des jeunes par une seule raison. « Pour moi, c’est un mélange des deux, mais je pense que les difficultés économiques jouent aujourd’hui un rôle assez important », explique-t-il. Il reconnaît toutefois que certains jeunes font délibérément le choix de rester célibataires. « Certains jeunes choisissent réellement de rester célibataires parce qu’ils veulent se concentrer sur leurs études, leur carrière ou leur développement personnel », souligne-t-il.

Mais pour d’autres, le célibat serait davantage subi que choisi. « Ils aimeraient se mettre en couple ou fonder une famille, mais ils préfèrent attendre d’avoir une certaine stabilité, surtout lorsqu’ils voient tout ce que cela implique financièrement », poursuit Géronce DOVONOU. Pour lui, cette prudence peut être compréhensible. « Je pense qu’il est important de pouvoir assumer un minimum de responsabilités avant de s’engager dans quelque chose d’aussi sérieux que le mariage. » Cette position révèle une évolution dans la manière dont certains jeunes perçoivent le mariage. L’amour reste essentiel, mais il ne suffit plus toujours à rassurer. La capacité à faire face aux dépenses et aux imprévus devient également un élément de réflexion avant l’engagement.

« Ce n’est pas tellement le mariage en lui-même qui me décourage »

Le coût de la vie constitue justement l’une des principales préoccupations évoquées par Géronce DOVONOU. « Oui, forcément, ça fait réfléchir. Ce n’est pas tellement le mariage en lui-même qui me décourage, mais plutôt la responsabilité qui vient avec », affirme-t-il. Il cite plusieurs charges auxquelles un couple doit se préparer : « Aujourd’hui, il faut penser au logement, aux dépenses quotidiennes, à la santé, aux projets futurs et éventuellement aux enfants. » Dans ces conditions, la question n’est plus seulement de savoir si deux personnes s’aiment, mais aussi si elles sont capables de gérer ensemble les réalités du quotidien. Géronce DOVONOU estime donc qu’avant de s’engager, chacun doit s’interroger sur ses capacités.

« Je pense donc qu’avant de s’engager, il faut se demander si on est réellement capable de faire face à ces responsabilités », insiste-t-il.Mais cette préparation ne signifie pas nécessairement qu’il faut être riche. « Je ne cherche pas forcément à avoir beaucoup d’argent avant de me marier, mais j’aimerais au moins avoir une situation suffisamment stable pour ne pas vivre constamment dans l’inquiétude financière. »

Faut-il attendre d’être financièrement stable ?

La question reste entière : faut-il disposer d’une situation financière confortable avant de se marier ? Pour Géronce DOVONOU, la réponse doit être nuancée. « On ne peut jamais attendre d’avoir une situation financière parfaite avant de se marier, parce qu’on ne sait jamais ce que l’avenir nous réserve. On peut très bien commencer avec peu et évoluer ensemble. »

Mais cette volonté de construire à deux ne doit pas conduire à négliger les responsabilités. « Pour moi, il faut quand même avoir un minimum de stabilité et surtout une certaine capacité à prendre ses responsabilités. » Il ajoute : « Construire ensemble, oui, mais il faut que chacun ait une vision, des objectifs et la volonté de faire des efforts. » Une approche qui résume bien le dilemme auquel sont confrontés de nombreux jeunes : attendre d’avoir tout avant de s’engager peut retarder le mariage, mais s’engager sans aucune préparation peut également fragiliser le couple.

« Le célibat peut aussi être une conséquence des déceptions »

Pour Bénédicte KINSODE, jeune socio-anthropologue de la santé et agent HSE, les difficultés économiques ne sont pas les seules explications au célibat des jeunes.

« Pour certains jeunes, c’est un choix personnel suite à de nombreuses déceptions amoureuses. Donc ils perdent confiance en une relation amoureuse et prennent le temps de pouvoir faire un bon choix », explique-t-elle. Cette dimension sentimentale est importante. Derrière le célibat, il peut y avoir des blessures, des expériences difficiles ou simplement la volonté de ne pas reproduire les mêmes erreurs.

Mais Bénédicte KINSODE reconnaît également le poids des réalités économiques. « Pour d’autres, c’est effectivement à cause des difficultés économiques. Le mariage demande une responsabilité, une charge à assumer et beaucoup de jeunes n’arrivant pas déjà à joindre les deux bouts préfèrent ne pas se lancer d’abord. » Son analyse montre ainsi que le célibat peut être le résultat de plusieurs facteurs qui se croisent : expériences personnelles, difficultés financières et peur de ne pas pouvoir assumer les responsabilités familiales.

« Pas forcément une stabilité financière, mais au moins une source de revenu »

Sur la question de la stabilité financière, Bénédicte KINSODE adopte une position différente de celle qui consiste à attendre une situation idéale. « Pas forcément avoir une stabilité financière, mais avoir tout au moins un travail, un job, une source de revenu, quelque chose qui pourrait te permettre de te nourrir et être capable de nourrir ta conjointe. » Pour elle, l’essentiel est donc de disposer d’une base permettant au couple de fonctionner. Il ne s’agit pas nécessairement d’avoir un salaire élevé ou une situation parfaite.

Elle ouvre également la porte à une autre possibilité : construire progressivement son foyer. « Dans d’autres cas, on peut aussi bien construire un foyer sans nécessairement avoir un travail pour le moment. Il faut juste pouvoir en discuter avec sa conjointe et qu’elle comprenne. » Cette remarque met en évidence un élément souvent oublié dans les discussions sur le mariage : le dialogue. Les difficultés économiques peuvent être plus facilement supportées lorsque les deux partenaires connaissent clairement leurs réalités et partagent la même vision.

« Être un petit ami semble être plus coûteux qu’être un parent »

Le témoignage de Brice MENAÏ, jeune journaliste, apporte une autre lecture du phénomène. Pour lui, le célibat relève d’abord d’un choix personnel.« Selon moi, le célibat chez les jeunes est un choix personnel. Car aujourd’hui, être un petit ami semble être plus coûteux qu’être un parent. » Une formule provocatrice, mais qui traduit selon lui une réalité vécue par certains jeunes hommes face aux attentes financières dans les relations amoureuses.

Il explique son raisonnement avec un exemple : « Dans un monde où on demande à un petit ami d’acheter chawarma 15 000 lors d’un rencard, un homme qui a du respect et de la considération pour lui-même et qui ne peut pas offrir ça est contraint de se concentrer sur ses objectifs pour un jour d’offrir ce dont il a envie. » Au-delà de l’anecdote, son propos pose la question de la pression financière qui peut accompagner les relations amoureuses. Pour certains jeunes hommes, l’impression de devoir constamment démontrer leur capacité financière peut devenir un frein à l’engagement.

« Ma priorité est de me construire une carrière »

Brice MENAÏ ne considère toutefois pas le célibat comme un rejet du mariage. Il s’agit plutôt d’une étape dans son parcours personnel.« Non, pas du tout. Mais actuellement, je pense que ma priorité est de me construire une carrière professionnelle, gagner de l’argent. Lorsque je serai prêt, je pourrai m’engager. » Son choix traduit une logique de construction progressive : d’abord consolider sa carrière, ensuite envisager le mariage. Cette vision est également révélatrice d’une génération qui souhaite parfois sécuriser son avenir avant de fonder une famille.

« Il vaut mieux être prêt financièrement avant de s’engager »

Sur la nécessité d’une stabilité financière avant le mariage, Brice MENAÏ est plus catégorique. « Ma réponse, c’est un oui, car la grande partie des charges revient à l’homme. Donc, dans ce cas, il vaut mieux être prêt financièrement avant de s’engager. » Cette affirmation renvoie à la question des rôles traditionnellement attribués à l’homme dans le foyer. Dans de nombreux contextes, celui-ci est encore considéré comme le principal responsable financier de la famille. Une pression qui peut pousser certains jeunes à retarder leur mariage jusqu’à ce qu’ils estiment être capables d’assumer cette responsabilité.

Entre amour, argent et réalisme

Au fond, les trois témoignages montrent que le débat ne se résume pas à choisir entre célibat et mariage. Il met surtout en évidence une nouvelle manière de réfléchir à l’engagement. Pour Géronce DOVONOU, « l’argent ne devrait pas être une condition pour aimer ou se marier, mais il ne faut pas non plus sous-estimer l’impact des difficultés financières sur un couple ». Cette phrase résume l’essentiel du débat. L’argent ne crée pas l’amour, mais son absence peut compliquer sérieusement la vie quotidienne d’un couple. Le logement, l’alimentation, la santé, les enfants et les projets familiaux nécessitent des ressources et une organisation.

Les témoignages montrent également que les jeunes ne veulent pas forcément renoncer au mariage. Certains veulent simplement « se construire » avant de s’engager. D’autres souhaitent « faire un bon choix » après des déceptions. Certains encore estiment qu’il faut disposer « d’une source de revenu » avant de prendre des responsabilités familiales.

Le véritable enjeu serait donc de trouver le juste équilibre : ne pas attendre d’être riche pour aimer et construire, mais ne pas non plus ignorer les réalités financières qui peuvent peser sur la vie de couple.

Entre choix personnel, blessures sentimentales, ambitions professionnelles et pression économique, le célibat des jeunes apparaît finalement comme le reflet d’une génération qui veut aimer, mais qui souhaite aussi être préparée à assumer les conséquences de ses choix.

Firmin DANNON

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