Accueil / Eco Constats / Hygiène menstruelle au Bénin : entre tabous persistants, enjeux de santé publique et urgences éducatives

Hygiène menstruelle au Bénin : entre tabous persistants, enjeux de santé publique et urgences éducatives

À l’occasion de la Journée mondiale de l’hygiène menstruelle célébrée chaque 28 mai, le médecin généraliste Régis Houndeton, engagé sur les questions de santé sexuelle et reproductive, éclaire les enjeux majeurs liés aux règles au Bénin. Entre silence culturel, défis scolaires et risques sanitaires, il plaide pour une approche plus inclusive et éducative dès le plus jeune âge.

Un sujet de santé publique encore trop silencieux

Au Bénin comme dans de nombreux pays, les menstruations restent un sujet largement entouré de tabous. Pourtant, pour le docteur Régis Houndeton, il ne s’agit en aucun cas d’un simple sujet intime, mais bien d’une question de santé publique.

« Les règles concernent la moitié de la population. Mais le silence qui les entoure expose les jeunes filles à des risques réels et évitables », rappelle-t-il.

Selon lui, le manque d’information fiable conduit encore de nombreuses adolescentes à recourir à des solutions précaires, parfois dangereuses pour leur santé. Chiffons mal lavés, absence de protection adaptée ou mauvaise hygiène intime peuvent favoriser infections urinaires et complications gynécologiques.Au-delà de la santé, l’impact est aussi scolaire et social. Dans plusieurs établissements, les absences répétées liées aux menstruations constituent un facteur discret mais réel de décrochage scolaire chez les filles.

L’école, levier décisif pour briser le silence

Pour le médecin, le milieu scolaire représente un espace stratégique pour transformer durablement les mentalités.

« C’est à l’école que l’on peut corriger les idées reçues, informer correctement et accompagner les adolescentes dès leurs premières règles », insiste-t-il.

Mais les défis restent nombreux : infrastructures sanitaires insuffisantes, manque d’eau potable dans certains établissements, absence d’intimité dans les toilettes scolaires. Autant de facteurs qui renforcent la gêne, l’absentéisme et parfois la stigmatisation.

Le spécialiste plaide pour une intégration plus systématique de l’éducation menstruelle dans les programmes scolaires, ainsi qu’une meilleure formation des enseignants afin d’aborder le sujet avec aisance et bienveillance.

Bonnes pratiques : une question de prévention et de dignité

Sur le plan sanitaire, Régis Houndeton insiste sur des gestes simples mais essentiels pour prévenir les infections.

Changer régulièrement de protection, se laver les mains avant et après manipulation, privilégier une toilette intime douce à l’eau claire, et éviter les produits irritants figurent parmi les recommandations fondamentales.

Il met également en garde contre certaines pratiques à risque, notamment l’utilisation prolongée de protections internes, pouvant exposer à des complications rares mais graves.

Autre point crucial : la gestion des protections usagées et l’hygiène dans les environnements à ressources limitées. Les alternatives lavables, lorsqu’elles sont correctement entretenues, peuvent constituer une solution efficace et durable.

Au Bénin, des défis encore structurels

Le diagnostic est sans détour. Le coût des protections hygiéniques demeure un obstacle majeur pour de nombreuses familles, en particulier en milieu rural. Dans certains foyers, les priorités économiques relèguent encore ces produits au second plan.

À cela s’ajoutent des infrastructures scolaires inadaptées et un déficit d’information structuré. L’éducation menstruelle repose encore trop souvent sur des transmissions informelles, parfois entachées d’idées fausses.

Le poids des tabous culturels constitue un autre frein important. Dans certaines communautés, les menstruations restent associées à des croyances de souillure ou de honte, limitant la parole des jeunes filles et leur accès à l’information.

Enfin, le manque de formation des acteurs éducatifs et sanitaires freine la mise en œuvre d’une sensibilisation efficace à grande échelle.

Des initiatives encourageantes mais encore insuffisantes

Malgré ces obstacles, des initiatives émergent progressivement. ONG, acteurs communautaires et programmes de sensibilisation contribuent à faire évoluer les mentalités. Distribution de serviettes hygiéniques, promotion de protections lavables et campagnes de sensibilisation lors de la Journée mondiale de l’hygiène menstruelle marquent des avancées notables.

Mais pour le docteur Houndeton, ces efforts doivent désormais changer d’échelle.

« Il faut passer d’actions ponctuelles à une véritable politique publique structurée, durable et inclusive. »

Un enjeu d’égalité et de dignité

Au-delà de la santé, l’hygiène menstruelle touche directement à la dignité et à l’égalité des chances. Permettre aux filles de vivre leurs règles sans peur, sans honte et sans interruption de leur scolarité constitue un enjeu majeur de développement.Dans un contexte où la parole se libère progressivement, la contribution des professionnels de santé, des journalistes et des éducateurs reste essentielle pour transformer durablement les perceptions.

À travers cette prise de parole, le docteur Régis Houndeton rappelle une évidence trop souvent oubliée : parler des règles, c’est aussi parler de santé, d’éducation et d’avenir.

Firmin DANNON

Répondre

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *