Quarante et un ans après l’institution de la Journée nationale de l’arbre par le président Mathieu Kérékou, le 25 juillet 1985, le bilan de la restauration du couvert végétal reste largement déficitaire face à la pression anthropique. Wilfrid Enock Tchekpo, géographe, gestionnaire de projet et coordonnateur international de l’initiative « Treedurable », a dressé un tableau alarmant de la situation environnementale.

Selon l’expert, l’avalanche de chantiers d’infrastructures et d’habitations détruit les écosystèmes à un rythme infiniment plus rapide que celui des campagnes de reboisement. Le constat physique partagé par le géographe met en lumière un déséquilibre structurel profond entre la destruction des forêts et les actions de reboisement. « Je vous dirai en toute vérité que le compte n’y est pas », a martelé Wilfrid Enock Tchekpo, avant d’égrener des statistiques mondiales saisissantes. Chaque année, environ 10 millions d’hectares de forêts disparaissent, soit l’équivalent de 11 milliards d’arbres coupés.

En contrepartie, à peine un milliard de plants sont mis en terre globalement sur la même période. « Vous voyez, il y a un gap de 10 milliards d’arbres chaque année », s’est-il inquiété, insistant sur le fait que l’extension des infrastructures routières et immobilières ne s’accompagne pas d’une politique de compensation à la hauteur du sinistre. Ce déficit chronique est accentué par les dérèglements climatiques qui perturbent les saisons pluvieuses et fragilisent la survie de la biodiversité, imposant l’urgence d’un suivi rigoureux plutôt que de simples actions de communication éphémères.

Interrogé sur la frilosité de certaines entreprises à s’engager pleinement dans la Responsabilité sociale des entreprises (Rse) axée sur l’environnement, le coordonnateur de « Treedurable » a identifié plusieurs facteurs de blocage. Le premier réside dans l’ignorance des dirigeants face aux enjeux climatiques globaux, certains estimant de façon minimaliste qu’il y a « des arbres partout » et qu’il n’est pas nécessaire d’investir le secteur. Le second obstacle est d’ordre purement méthodologique. « Certaines entreprises ne savent pas du tout comment s’organiser pour planter des arbres. Il ne suffit pas de prendre un plan, de creuser un trou et de le jeter là-dedans », a-t-il rappelé, évoquant l’existence de protocoles et de techniques spécifiques partagés par les agents des Eaux et Forêts pour garantir la viabilité des essences.
De plus, le manque de services Rse ou de responsables environnementaux dédiés au sein de ces structures freine la durabilité des actions, alors même que le personnel des entreprises subira de plein fouet les conséquences de la déforestation. Pour y remédier, l’invité préconise que l’État mette en place des mécanismes incitatifs, notamment des allègements fiscaux pour encourager le reboisement corporatif.
Revenant sur les grands chantiers nationaux, à l’instar de l’ancienne initiative d’envergure « 10 millions d’arbres, 10 millions d’âmes », Wilfrid Enock Tchekpo a pointé du doigt le mal récurrent de la gestion des projets au Bénin: l’absence criarde de suivi post-reboisement. Une fois la campagne lancée, « les partenaires et les bénéficiaires délaissent les sites. C’est à croire que finit la fête, adieu le saint ». Livrés aux intempéries, au bétail et aux actes de malveillance, les plants meurent massivement, condamnant le pays à un éternel recommencement sans impact réel.

C’est pour rompre ce cycle de fatalité que l’initiative « Treedurable », portée par l’Ong L’Autre Bénin, propose un modèle tripartite innovant. Fort de sa deuxième année d’expérience, ce programme s’appuie sur un Système d’information géographique (Sig) pour cartographier les zones dégradées (urbaines, forestières ou agroforestières) et propose aux entreprises, organisations et particuliers de financer des plantations adaptées. La singularité de la démarche réside dans un contrat d’entretien de un à deux ans, exécuté en étroite collaboration avec les forces vives locales : associations de développement, corps pédagogique, élèves ou riverains des forêts sacrées et classées.
En invitant par ailleurs les citoyens à marquer les grands événements de leur vie (anniversaires, mariages, fêtes) par la mise en terre d’un arbre, l’initiative ambitionne de transformer l’acte écologique en un réflexe culturel, citoyen et durable.









