À l’occasion de la Journée mondiale des océans célébrée ce lundi 8 juin 2026, le Docteur Babette Christelle Tchonang, océanographe physique camerounaise et chercheuse à la Florida State University a effectué une intervention médiatique. Tout en alertant sur les pressions environnementales sans précédent que subissent les écosystèmes marins, la spécialiste a levé le voile sur le projet « Opéra », une initiative d’envergure financée par l’Union européenne pour former les scientifiques du continent à la prévision océanique.
Les signaux d’alarme s’accumulent pour les régulateurs thermiques de notre planète. Selon le Docteur Babette Christelle Tchonang, les masses d’eau mondiales subissent de plein fouet les contrecoups de l’activité humaine. Elle rappelle que les océans absorbent au quotidien « plus de 90 % de l’excès de chaleur généré par le changement climatique, et également environ 25 % du carbone que émettent les activités humaines ».

Si ce mécanisme naturel permet de limiter le réchauffement global, la contrepartie s’avère dramatique pour la biodiversité marine : les eaux se réchauffent, s’acidifient et perdent progressivement leur oxygène, un tableau sombre noirci par la pollution de masse, la surexploitation halieutique et la destruction accélérée des mangroves et des écosystèmes côtiers.
Une prise de conscience africaine encore trop timide
Disposant de plus de 30 000 kilomètres de côtes, le continent africain abrite une activité économique intense, mais peine encore à mesurer la valeur réelle de son patrimoine maritime. L’océanographe déplore le fait que les débats publics restent trop souvent focalisés sur les richesses terrestres, occultant le potentiel du transport, de la pêche, du tourisme et des infrastructures maritimes. Pour inverser cette tendance, la chercheuse balaie l’idée d’une Afrique totalement impuissante ou ignorante. Elle salue la compétence des scientifiques locaux, citant en exemple les travaux de la chaire Unesco-Cipma de l’Université d’Abomey-Calavi au Bénin.
Elle souligne toutefois que de lourdes lacunes persistent en matière d’infrastructures logistiques, d’accès aux données satellitaires et de capacités de calcul numérique. « La question aujourd’hui n’est pas que nous ne savons rien, mais plutôt que nous devons renforcer nos capacités ou encore davantage travailler cette prise de conscience depuis la tête de nos États jusqu’à la dernière personne », a-t-elle martelé.
Le projet « Opéra » : faire de la prévision pour les Africains, par les Africains

Face au paradoxe d’un continent qui regorge de gisements pétroliers et de ressources marines mais qui doit faire appel à des expertises extérieures, le Docteur Tchonang insiste sur l’urgence d’un développement parallèle de la terre et de la mer. « L’avenir du développement durable passera à la fois par les ressources terrestres et aussi les ressources marines. L’un n’empêche pas l’autre », explique-t-elle, rappelant que la maîtrise de la science océanique est indispensable pour anticiper les tempêtes, gérer les courants et protéger les populations contre les inondations côtières.
C’est pour combler ce fossé stratégique que l’Union européenne finance le projet « Opéra », coordonné par Mercator Ocean International. Ce programme, dont le volet renforcement des capacités est co-piloté par la fondation Gulf of Guinea Ocean Science Summer Schools (Coss) et la chaire Unesco du Bénin, propose des formations et des ressources pédagogiques entièrement gratuites. L’ambition affichée est de permettre aux étudiants, chercheurs et professionnels africains de construire et d’analyser leurs propres systèmes de prévision. Pour la spécialiste, il est temps que l’Afrique s’installe durablement à la table des négociations climatiques internationales : « Les gens ne doivent plus créer des systèmes pour nous, mais nous devons créer des systèmes que nous-mêmes nous pouvons comprendre et répondre de manière directe aux besoins de nos populations. »

Les inscriptions pour le premier cours en ligne (Mooc) sur les fondamentaux de la prévision océanique sont d’ores et déjà ouvertes en français et en anglais.









