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Gratuité de la scolarité des filles : Entre soulagement des parents et défis logistiques des collèges

Le gouvernement béninois a récemment étendu la gratuité de la scolarité pour les filles à l’ensemble du second cycle de l’enseignement secondaire. Si cette mesure est accueillie avec un grand enthousiasme par les familles, sa mise en œuvre sur le terrain soulève de nombreux défis de gestion pour les responsables d’établissements. Analyse avec Moussa Amadou, ancien directeur de collège.

L’extension de la gratuité de la scolarité pour les filles au second cycle est perçue comme une véritable bouffée d’oxygène pour les ménages. En tant que parent d’élève, Moussa Amadou ne cache pas sa satisfaction : « On ne peut qu’être satisfait, content, joyeux et décerner déjà un satisfecit au gouvernement ». Cependant, l’application de cette mesure déjà éprouvée lors d’une première phase au premier cycle révèle une réalité démographique et logistique complexe dans les collèges.

L’un des premiers impacts visibles de cette politique est l’augmentation spectaculaire du nombre de filles dans les salles de classe, dépassant parfois celui des garçons dans certaines localités. Moussa Amadou y voit une évolution des mentalités. Historiquement, face aux contraintes financières, les parents devaient souvent arbitrer en faveur de la scolarisation des garçons. Aujourd’hui, la gratuité lève ce blocage. De plus, les performances scolaires des filles confirment leur potentiel, nombre d’entre elles se hissant en tête de leurs établissements.

Mais cet afflux massif d’élèves engendre des besoins immédiats. « Les établissements ont accueilli massivement les filles et forcément, ça va induire des comportements », explique l’ancien directeur. Les infrastructures existantes ne sont pas toujours calibrées pour une telle démographie. Les chefs d’établissement se retrouvent confrontés à un manque crucial de salles de classe, de mobilier et de personnel enseignant qualifié pour encadrer les nouveaux groupes pédagogiques.

Pour pallier l’urgence, les gestionnaires d’établissements doivent faire preuve d’ingéniosité : construction d’émanations temporaires (hangars), réorganisation des places pour éviter la surcharge des tables-bancs, ou encore sollicitation de la hiérarchie pour l’obtention de mobilier supplémentaire. Bien que le programme du président prévoie la construction de nouvelles infrastructures, le temps de déploiement de ces projets définitifs crée une période de transition difficile pour les collèges.

Le rôle pivot mais limité des parents d’élèves
Face à ces difficultés matérielles, les chefs d’établissement se tournent souvent vers les Associations de parents d’élèves (Ape). Lors d’assemblées générales, les problématiques logistiques sont partagées. Moussa Amadou précise qu’il ne s’agit plus de « souscriptions obligatoires », désormais interdites, mais plutôt de « générosités » de la part de parents volontaires qui choisissent d’offrir du mobilier ou d’accompagner l’établissement. Néanmoins, l’ancien directeur insiste sur le fait que la gratuité de la scolarité ne décharge pas les parents de toute responsabilité. Si l’État compense les frais de scolarité, la cellule familiale doit continuer d’assumer les autres besoins essentiels de l’enfant, notamment le petit-déjeuner et les fournitures. En milieu rural, la précarité extrême de certaines jeunes filles, non accompagnée d’un soutien minimal à la maison, les expose à la tentation et à des risques de déperdition scolaire ou de grossesses précoces.

Le défi du versement des subventions étatiques
Pour fonctionner, les collèges dépendent désormais des subventions de compensation versées par l’État, calculées au prorata du nombre de filles effectivement inscrites et vérifiées par des contrôles. Le principal point de friction pour les gestionnaires reste le délai de versement de ces fonds. « Lorsque vous démarrez la rentrée en septembre, les besoins sont là », rappelle Moussa Amadou. Les contributions des garçons ne suffisent pas toujours à couvrir les frais de fonctionnement initiaux, tels que l’achat du matériel didactique (craies, entretien des tableaux) qui reste à la charge de l’établissement.

L’ancien directeur plaide ainsi pour la mise en place d’une formule permettant aux collèges de disposer de ces ressources en temps réel afin d’éviter d’asphyxier la gestion quotidienne des établissements.

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