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Relance de la riziculture : les éclairages du Dr Isaïe Kpadonou sur les défis et les nouvelles orientations politiques

Face à la volonté affichée du gouvernement béninois de dynamiser la production agricole nationale, la filière rizicole se retrouve au cœur des priorités stratégiques. Pour analyser les enjeux de ce positionnement et comprendre les obstacles historiques à l’autosuffisance, le Dr Isaïe Kpadonou, agronome et chercheur en systèmes d’innovation agricole, livre son expertise. Entre contraintes techniques, réalités économiques et défis de la recherche, il trace les pistes d’un développement durable pour le riz béninois.

Selon le Dr Isaïe Kpadonou, la décision du gouvernement de concentrer ses efforts sur le riz repose sur une double réalité. Sur le plan alimentaire, le riz a opéré une mutation sociale majeure au Bénin : « Le riz s’est imposé de lui-même, progressivement, dans nos assiettes. Lui qui, autrefois, se montrait comme un aliment de luxe qu’on ne retrouvait que pendant les périodes festives, notamment du Nouvel An, s’est imposé aujourd’hui comme un aliment de base que nous consommons presque tous les jours » explique-t-il. Les données statistiques traduisent cette évolution, avec une consommation moyenne estimée entre 30 et 60 kg de riz par habitant et par an, ce qui équivaut environ à deux sacs et demi de 25 kg par Béninois.

Sur le plan économique, le chercheur identifie deux arguments majeurs. Le premier relève de la souveraineté nationale. Le niveau élevé des importations accentue la vulnérabilité du pays : « Celui qui fait dans l’importation importe aussi de la vulnérabilité dans nos assiettes », prévient-il. Le second argument tient au potentiel socio-économique de la filière, dont la chaîne de production élargie est une source importante de création d’emplois pour la jeunesse.

Malgré des conditions climatiques globalement favorables et des espaces disponibles, les tentatives passées, telles que le projet Nerica sous la présidence de Boni Yayi, n’ont pas atteint les résultats escomptés. Le Dr Kpadonou explique que la production rizicole obéit à des exigences techniques complexes.
La maîtrise de l’eau : Contrairement à d’autres cultures de base comme le maïs, le riz exige des aménagements hydro-agricoles lourds. Face au changement climatique, la riziculture pluviale devient de plus en plus aléatoire, rendant les investissements massifs et préliminaires indispensables.

La pénibilité des opérations post-récolte : La chaîne de valeur comprend de nombreuses sous-activités exigeantes (séchage, étuvage, décorticage) qui accentuent la pénibilité du travail comparativement à d’autres cultures. La compétitivité sur le marché : Le riz local fait face à la rude concurrence du riz importé. Les prix du riz paddy, qui oscille en moyenne entre 120 et 180 FCFA le kilogramme, s’avèrent parfois décourageants pour les producteurs actuels et les nouveaux investisseurs.

Les trois axes du Programme d’Action du Gouvernement
Pour inverser la tendance, les nouvelles orientations politiques du Bénin s’articulent autour de trois grands axes définis dans le Programme d’Action du Gouvernement : la modernisation et la redynamisation : Cet axe vise la restructuration de l’interprofession du riz afin de mieux coordonner les actions des différents acteurs de la filière; l’investissement massif dans les infrastructures : Il s’agit de développer les aménagements hydro-agricoles et les périmètres irrigués, des éléments jugés indispensables pour sécuriser et booster la production et la protection sociale des producteurs : L’introduction de mesures de soutien, telles que des primes exceptionnelles, vise à stimuler l’activité des riziculteurs.

Le Dr Kpadonou estime que la réussite de cette politique dépendra d’une mise en œuvre rigoureuse, appuyée par des analyses technico-économiques approfondies. Pour que le Bénin s’impose durablement face aux importations massives en provenance d’Asie, l’expert préconise de miser sur trois leviers stratégiques : la valorisation des bas-fonds; l’aménagement hydro-agricole de ces espaces doit être soutenu par l’État, le coût étant trop élevé pour les producteurs individuels; la mécanisation du post-récolte et l’accès au marché et la promotion locale.

Interrogé sur le rôle du monde scientifique, le Dr Isaïe Kpadonou rappelle que la recherche agricole au Bénin et en Afrique de l’Ouest a mis au point de nombreuses innovations : semences à haut rendement, variétés résilientes au changement climatique et résistantes aux maladies. Cependant, le véritable goulet d’étranglement réside dans la diffusion de ces technologies. Le chercheur plaide pour un effort de mise à l’échelle et pour la digitalisation du conseil agricole.

Selon lui, l’intégration des outils numériques offre des solutions concrètes pour renforcer l’encadrement technique et vulgariser efficacement les innovations auprès des riziculteurs.

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