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Collège des ministres conseillers : de l’efficacité stratégique au flou institutionnel

Le collège des ministres conseillers coordonné par Jeanne Adanbiokou Akakpo continue d’alimenter les débats au sein de la classe politique et des observateurs. Si cette innovation institutionnelle est perçue par certains comme un levier de performance, elle suscite chez d’autres de vives interrogations quant à sa lisibilité, son coût et sa réelle valeur ajoutée. Trois analystes politiques livrent leur regard critique sur ce dispositif qui bouscule depuis peu l’architecture traditionnelle de l’exécutif béninois.

Pour Sergino Lokossou, l’analyse de ce collège de 12 conseillers à la présidence se décline sous une double perspective. D’un côté, il y voit une volonté d’optimisation technique portée par l’approche technocrate de Romuald Wadagni : « En nommant ou en maintenant ces 12 conseillers à la présidence, il s’entoure d’une task force sectorielle pour surveiller et accélérer l’exécution des réformes. C’est une manière de court-circuiter la lenteur administrative et d’avoir un contrôle direct sur les ministères de plein exercice » défend-il.

Cependant, cette quête de vitesse comporte un revers important. Selon l’analyste, cette structure pose un problème de lisibilité institutionnelle et de coût financier. « On se retrouve de facto avec un gouvernement bis ou une administration parallèle au sein de la Marina », prévient-il, tout en s’interrogeant sur le pouvoir réel d’un ministre sectoriel face à un ministre conseiller installé « dans l’oreille du président ». Un manque de coordination parfait pourrait ainsi générer des conflits de compétences et des frustrations au sommet de l’État.

Fidèle Fangnon Sehonou abonde dans le sens d’une interrogation sur l’utilité concrète de ce dispositif. Si l’objectif initial était de renforcer le pilotage stratégique et de rapprocher la Présidence des citoyens, le constat sur le terrain reste mitigé. L’analyste pointe du doigt la discrétion excessive de ces hauts responsables face aux urgences nationales : « Les inondations enregistrées dans plusieurs communes, qui affectent de nombreuses familles, ou encore les débats suscités par la loi sur le monnayage, constituent autant de sujets sur lesquels l’opinion publique pouvait légitimement attendre une contribution, des explications ou une présence aux côtés des populations ».

Tout en reconnaissant que leur mission est avant tout stratégique et non sectorielle, il estime que cette faible lisibilité et l’absence d’une communication régulière sur leurs activités risquent de nourrir l’idée d’une structure superflue. Pour lui, la crédibilité de cette innovation passera nécessairement par une démarche de transparence et de redevabilité.

De son côté, Carlos Ounsougan met en lumière le compromis politique derrière ces nominations. Selon lui, bien que le pouvoir soit orienté vers les résultats, le président de la République Romuald Wadagni a dû faire face aux réalités politiques en « contentant certains ». Pour autant, il ne préconise pas leur suppression : « Ces ministres conseillers sont, en quelque sorte, les yeux du président de la République. S’ils devaient suivre rigoureusement ce pourquoi ils ont été nommés, ils doivent rapporter tout ce qui se passe sur le terrain pour corriger ce qu’il y a à corriger ».

Néanmoins, Carlos Ounsougan rejoint les critiques sur le caractère budgétivore de la structure, soulignant le coût des privilèges pour le contribuable et le panier de la ménagère. Plus fondamentalement, il soulève un paradoxe juridique vis-à-vis des textes fondamentaux : « La Constitution parle de la trêve politique. Je ne sais pas en quoi c’est utile de nommer les hommes politiques pendant cette période. C’est un peu un contraste pour moi ».

Qu’ils soient perçus comme des sentinelles de l’action publique ou comme une administration parallèle coûteuse, les ministres conseillers se trouvent à la croisée des chemins. L’utilité de cette innovation institutionnelle ne sera validée par l’opinion que s’ils s’extirpent des simples privilèges liés à leur rang pour travailler réellement à l’atteinte des objectifs de la nation. À ce stade, le public attend toujours de voir pour juger.

Donatien Fernando SOWANOU

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