Le Bénin célèbre l’un de ses grands hommes de lettres. Olympe Bhêly-Quenum , de son nom de naissance Agblo Tchicoto Olympio Quenum a eu 100 ans ce dimanche 20 septembre 2026. Né à Ouidah, l’écrivain, journaliste et intellectuel a traversé un siècle d’histoire, de mutations et de bouleversements, avec la littérature comme fil conducteur. De Un piège sans fin à La Danse du Grand Prêtre, son œuvre témoigne d’une volonté constante de raconter l’Afrique depuis ses réalités, ses traditions et ses questionnements.
Un centenaire qui raconte aussi l’histoire du Bénin
Le 20 septembre 2026 n’était pas un anniversaire comme les autres. Olympe Bhêly-Quenum a franchi le cap des 100 ans, un siècle après sa naissance à Ouidah, alors appelée Gléxwé, dans le Dahomey colonial. La célébration a été marquée au Bénin et en France, où l’écrivain réside.
À cet âge, son anniversaire dépasse largement la seule célébration d’un homme. Il renvoie à une mémoire qui traverse plusieurs époques : la période coloniale, les indépendances africaines, les transformations sociales du continent et l’évolution de la littérature africaine francophone.
Le président béninois Romuald Wadagni lui a rendu hommage à l’occasion de ce centenaire. Il a notamment présenté ces 100 années comme « un siècle de mémoire, de création, de combats, de rencontres et de témoignage », en saluant une œuvre qui a contribué à faire connaître le Bénin au-delà de ses frontières.
Ouidah, le point de départ d’une longue histoire
Olympe Bhêly-Quenum est né le 20 septembre 1926 à Ouidah. Une précision importante, car sa date de naissance a longtemps fait l’objet d’une confusion. Dans une interview publiée en 2011, l’écrivain expliquait lui-même qu’un jugement supplétif le faisait naître en 1928 à Cotonou, mais affirmait être né le 20 septembre 1926 à Ouidah.
Cette ville n’est pas un simple décor dans son parcours. Ouidah est profondément liée à l’histoire, aux traditions et aux pratiques culturelles du Bénin. Cette proximité avec les réalités culturelles africaines nourrira plus tard une partie importante de son univers littéraire.
Son écriture fera ainsi régulièrement dialoguer le monde moderne avec les traditions, les croyances, la mémoire et les réalités sociales africaines.
De l’enseignement au journalisme
Avant de devenir une figure littéraire, Bhêly-Quenum construit un parcours intellectuel particulièrement riche. Installé en France à partir de 1948, il poursuit des études en lettres et en sciences sociales avant d’exercer comme professeur de lettres classiques. Il enseigne notamment dans plusieurs établissements français.
Mais son parcours ne s’arrête pas à l’enseignement. Il s’intéresse également au journalisme et à la diplomatie. Il devient directeur-rédacteur en chef de La Vie Africaine, avant de participer avec son épouse à la création du magazine bilingue L’Afrique Actuelle.
Cette expérience journalistique est importante pour comprendre son œuvre. Bhêly-Quenum n’est pas seulement un écrivain enfermé dans son univers littéraire. Il observe son époque, questionne les sociétés et s’intéresse aux grands débats qui traversent l’Afrique.
Son parcours le conduit également vers les organisations internationales. Il travaille notamment dans l’environnement de l’Unesco et effectue différentes missions liées aux questions culturelles et africaines.
« Un piège sans fin », le roman qui l’installe dans la littérature

En 1960, Olympe Bhêly-Quenum publie Un piège sans fin. Ce premier roman devient rapidement l’une des œuvres les plus connues de sa bibliographie. Publié d’abord chez Stock, puis réédité chez Présence Africaine, le livre sera également traduit en anglais et en slovène.
L’œuvre raconte le destin d’Ahouna, confronté à une succession d’épreuves qui mêlent injustice, soupçons, fatalité et réalités sociales. Derrière le récit individuel se dessine une réflexion plus large sur la condition humaine et sur les rapports de pouvoir dans une société bouleversée par la période coloniale.
C’est aussi ce qui explique la longévité du roman : au-delà de son contexte historique, il pose des questions qui dépassent une époque précise. Que devient un homme lorsque les circonstances, les préjugés et les injustices se liguent contre lui ? Cette interrogation donne au livre une portée qui dépasse le seul cadre béninois.
« Le Chant du lac », une œuvre couronnée
Cinq ans plus tard, en 1965, paraît Le Chant du lac, publié aux éditions Présence Africaine. Le roman permet à Bhêly-Quenum de recevoir, en 1966, le Grand Prix littéraire d’Afrique noire.
Cette distinction constitue un moment majeur dans son parcours. Elle confirme la place de l’écrivain dans le paysage des lettres africaines et donne une reconnaissance particulière à une littérature qui porte ses propres imaginaires, ses tensions et ses références culturelles.
Avec Le Chant du lac, comme dans plusieurs autres textes, l’auteur ne cherche pas simplement à raconter une histoire. Il fait également entrer le lecteur dans un univers où traditions, modernité, croyances et comportements humains se rencontrent.
Une œuvre qui puise dans les traditions africaines
Au fil des années, Bhêly-Quenum poursuit son travail avec Liaison d’un été en 1968, Un enfant d’Afrique en 1970, puis L’Initié en 1979. Sa bibliographie s’élargit encore avec Les Appels du vodou en 1994 et La Naissance d’Abikou en 1998.
Ces ouvrages montrent la diversité de ses préoccupations. L’enfance, les traditions, les croyances, l’initiation, les rapports entre les individus et les transformations de la société occupent une place importante dans son écriture.
Le Vodou, notamment, apparaît comme un élément significatif de cet univers littéraire. Chez Bhêly-Quenum, les traditions ne sont pas simplement évoquées comme des curiosités culturelles. Elles participent à la compréhension des personnages, de leur environnement et de leur manière de voir le monde.
Une plume qui n’a pas cessé d’écrire
L’écrivain poursuit son chemin littéraire jusque dans les années 2000 avec notamment C’était à Tigony. Son œuvre la plus récente mentionnée dans les sources consultées est La Danse du Grand Prêtre, publiée en 2022 par Béninlivres. Le livre compte 157 pages selon le catalogue de la Bibliothèque de Bénin Excellence.
Ce dernier ouvrage montre surtout que le passage des décennies n’a pas coupé l’auteur des préoccupations de son temps. Sa plume reste attachée à la mémoire, à la société et aux réalités africaines.
Ainsi, entre son premier roman publié en 1960 et son ouvrage paru en 2022, plus de six décennies séparent deux étapes de son parcours. Cette continuité donne une autre dimension à son centenaire : 100 ans de vie, mais aussi plus de 60 ans de création littéraire publiée.
Un héritage qui dépasse les livres
Olympe Bhêly-Quenum laisse derrière lui une œuvre littéraire, mais aussi un parcours d’enseignant, de journaliste et d’acteur de la vie culturelle africaine. Ses différentes expériences ont nourri une écriture située au croisement de plusieurs mondes.
Son importance tient également à sa capacité à inscrire des réalités béninoises dans une littérature destinée à un public beaucoup plus large. Ses personnages, ses récits et ses références culturelles ont permis à plusieurs générations de lecteurs de retrouver, dans les livres, des fragments d’une Afrique confrontée à son histoire et à ses transformations.
Le centenaire de l’écrivain offre donc l’occasion de regarder autrement son parcours. Il ne s’agit pas seulement de compter les années, mais de mesurer ce qu’un siècle de vie peut laisser dans la mémoire collective lorsqu’il est accompagné par la puissance des mots.
À 100 ans, Olympe Bhêly-Quenum reste une mémoire vivante
À Ouidah, le 20 septembre 1926, naissait un enfant qui allait connaître le Dahomey colonial, les indépendances, les grandes mutations du continent et les transformations de la littérature africaine.
Cent ans plus tard, son nom demeure associé à des titres comme Un piège sans fin, Le Chant du lac, L’Initié ou Les Appels du vodou. Son parcours rappelle surtout qu’une œuvre littéraire peut devenir une mémoire : celle d’un peuple, d’une époque et d’un regard porté sur le monde.
Olympe Bhêly-Quenum a désormais 100 ans. Mais à travers ses livres, une partie de sa voix continue de parler aux générations qui n’étaient pas encore nées lorsqu’il publiait ses premiers textes.
Firmin DANNON









