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Éthique des médias : Cotonou veut unir les voix de l’autorégulation

Cinq pays ouest-africains se retrouvent à Cotonou pour harmoniser les pratiques journalistiques et réfléchir à une réponse collective aux défis de la profession. Au cœur des échanges : la crédibilité de l’information, les effets de l’intelligence artificielle et la complémentarité entre régulation et autorégulation.

La crédibilité de l’information se construit au-delà des frontières. C’est autour de cette conviction que s’est ouverte, ce jeudi 29 octobre 2026 à Cotonou, la Rencontre ouest-africaine des organes d’autorégulation des médias (ROAD). Organisée par l’Observatoire de la déontologie et de l’éthique dans les médias (ODEM), elle réunit des représentants du Bénin, du Mali, du Sénégal, de la Côte d’Ivoire et du Togo jusqu’au 31 octobre. L’ambition est claire : rapprocher les pratiques professionnelles et renforcer la responsabilité des médias dans un environnement en pleine mutation.

Des défis communs, une réponse collective

L’intelligence artificielle, la désinformation, l’insécurité et les tensions géopolitiques bouleversent les conditions de travail des journalistes. Face à ces réalités, les mécanismes nationaux d’autorégulation ne peuvent plus agir comme si les difficultés s’arrêtaient aux frontières. Les informations circulent rapidement d’un pays à l’autre, tandis que les erreurs et les contenus trompeurs peuvent fragiliser la confiance du public.

Président de l’ODEM, le Dr Thanguy Agoï défend ainsi une meilleure harmonisation des pratiques déontologiques dans la sous-région. Il souhaite que les journalistes appliquent des principes comparables, qu’ils exercent à Cotonou, Bamako, Dakar, Abidjan ou Lomé. « Il est important que le comportement à Cotonou, quand on est journaliste, soit à peu près le même quand on est à Bamako », a-t-il souligné.

Au-delà du partage d’expériences, cette démarche pose une question essentielle : comment garantir une information fiable lorsque les pressions politiques, économiques et sécuritaires diffèrent d’un pays à l’autre ? Pour les participants, la concertation doit permettre de dégager des réponses communes, sans ignorer les réalités propres à chaque système médiatique.

La confiance du public comme boussole

La responsabilité journalistique constitue un autre axe majeur des travaux. Le président de l’Union des professionnels des médias du Bénin (UPMB), Hervé Prudence Hessou, a rappelé que la confiance du public demeure le principal capital des médias. « Notre métier repose sur une seule monnaie : la confiance du public. Elle se gagne lentement et se perd en un instant », a-t-il déclaré.

Cette exigence prend tout son sens à l’heure des réseaux sociaux, où une rumeur peut se propager avant même que les faits soient vérifiés. La recherche du sensationnel, la diffusion d’informations non confirmées et les manquements aux règles professionnelles exposent les rédactions à une perte de crédibilité. D’où la nécessité de replacer la vérification, l’équilibre et la responsabilité au centre du travail journalistique.

Pour Hervé Prudence Hessou, « la déontologie n’est pas une contrainte pour le journaliste, c’est ce qui le distingue de la rumeur ». Cette déclaration résume l’enjeu : l’autorégulation ne doit pas être perçue comme une sanction supplémentaire, mais comme un moyen pour les professionnels de défendre eux-mêmes la qualité de leur travail.

Régulation et autorégulation, deux forces complémentaires

Le secrétaire général de la Haute Autorité de l’audiovisuel et de la communication (HAAC), François Awoudo, a insisté sur l’interdépendance entre la régulation institutionnelle et l’autorégulation professionnelle. Selon lui, les deux mécanismes ont besoin l’un de l’autre pour fonctionner efficacement.

La HAAC veille au respect des règles encadrant le secteur des médias, tandis que l’ODEM contribue à faire vivre les principes éthiques et déontologiques au sein de la profession. Cette complémentarité peut favoriser la prévention des dérives, le traitement des plaintes et la responsabilisation des journalistes.

Soutenue par l’Union européenne à travers la Fondation Hirondelle, la rencontre entend également réfléchir à l’avenir de la coopération sous-régionale. Les échanges pourraient déboucher sur la création d’une organisation commune ou sur la réactivation d’un mécanisme existant.

Au terme des travaux, l’enjeu sera donc de transformer les intentions en engagements concrets. Car face à la désinformation, aux pressions et à la fragilité économique des rédactions, la défense d’une presse libre et responsable exige davantage qu’un discours commun : elle nécessite des règles partagées, des mécanismes crédibles et une volonté durable de les faire respecter.

Firmin DANNON

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