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De l’héritage paternel à la pharmacie naturelle: Rita Viaho, gardienne de la flore béninoise

La médecine traditionnelle reste le premier rempart contre la maladie dans certains foyers à ce jour. Parmi ces gardiens d’un savoir ancestral, Rita Viaho se distingue par sa maîtrise des plantes et sa passion pour la « tisane ». Un remède liquide qui porte en lui la force de la terre. Immersion chez une tradithérapeute qui transforme la nature en une pharmacie à ciel ouvert.

Un héritage paternel comme boussole.

Pour Rita Viaho, manier les feuilles n’est pas une simple activité commerciale, c’est un sacerdoce familial porté depuis des décennies. « Je suis dans ma trente-cinquième année de pratique. Je suis née dedans », confie-t-elle avec fierté. Suite au décès de leur géniteur, elle et sa fratrie ont choisi de perpétuer l’œuvre du père. Une vocation précoce : « Papa ne nous cachait rien. Il nous montrait comment identifier les plantes et comment les recommander ». Aujourd’hui, elle ne se voit pas comme une simple vendeuse, mais comme une conseillère cherchant à restaurer l’équilibre vital de ses clients grâce aux racines et aux écorces.

L’art de la composition : la science des mélanges

La force de dame Viaho réside dans la synergie des plantes. Bien qu’elle se dise analphabète, elle possède une « intelligence de terrain » affinée au contact des spécialistes. « Pour parfaire ma formation, j’ai adhéré à des associations de praticiens. J’y ai renforcé mes capacités, notamment sur les dosages », assure-t-elle. La préparation d’une décoction ne supporte aucune légèreté. Le moment de la cueillette, le choix des tiges ou des racines, la précision du dosage et autres répondent à une rigueur.

Ses mélanges ciblent aussi bien les troubles digestifs que les fièvres ou le renforcement du système immunitaire. Une efficacité confirmée par Éveline, cliente fidèle depuis dix ans: « Je suis abonnée ici. Il suffit de suivre ses prescriptions pour avoir satisfaction ».

Défis logistiques et « jardin de secours »

Le métier n’est pas sans embûches. Face à certaines pathologies complexes, Rita Viaho n’hésite pas à solliciter ses pairs, parfois même au-delà des frontières nationales. Pour pallier la rareté de certaines essences, elle s’appuie sur une initiative stratégique: « Avec l’aide de partenaires, notre association a acquis un vaste domaine à Acadjamè, dans la commune de Grand-Popo. Nous y cultivons les plantes qui se font rares. C’est une bouffée d’oxygène pour nous ».

Entre hôpitaux et mystique : un pont difficile

Le dialogue avec la médecine moderne reste complexe. « Ils ne veulent pas entendre parler de nous », glisse-t-elle dans un sourire entendu. Pourtant, le jumelage se fait de manière informelle. Dame Viaho intervient parfois en milieu hospitalier à la demande de parents ou de médecins conscients des limites de la science conventionnelle face aux « maux mystiques » ou aux plaies incurables. Au-delà du soin, elle prône une approche holistique. La tisane doit aussi être préventive, pour purifier le corps avant que la maladie ne s’installe.

Un business qui « nourrit son homme »Économiquement.

Le secteur des infections est le plus porteur. « Plus de la moitié de ma marchandise concerne les traitements infectieux. C’est un commerce qui nourrit son homme, à condition de respecter les interdits liés à la fonction », explique-t-elle. Si elle reste discrète sur ses revenus exacts, le chiffre d’affaires mensuel oscille entre des centaines de milliers et le million de francs CFA. Un poids économique qui motive son plaidoyer pour une reconnaissance officielle de l’État béninois.

Rencontrer Rita Viaho, c’est redécouvrir la puissance de la flore locale. À travers elle, chaque feuille raconte une histoire et chaque décoction porte une promesse de guérison. Un hommage vivant à la terre nourricière.

Donatien Fernando SOWANOU

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