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RSE au Bénin : « Ce n’est pas une dépense, c’est un investissement »

Encore souvent associée aux actions caritatives, la Responsabilité Sociétale des Entreprises (RSE) reste mal comprise par une partie des entreprises béninoises. Pour Loukman LANIGNAN, expert en stratégie RSE et enseignant en école de commerce à Paris, elle doit désormais être considérée comme un véritable outil de performance et de développement.

La RSE gagne progressivement du terrain dans le monde de l’entreprise au Bénin. Mais malgré son importance grandissante, elle reste encore perçue par certains dirigeants comme une charge supplémentaire. Une conception que rejette Loukman LANIGNAN, expert en stratégie RSE, qui appelle les entreprises béninoises à changer de regard sur cette démarche.

La RSE, bien plus que la philanthropie

Pour expliquer simplement la RSE, l’expert la présente comme une manière pour une entreprise de concilier activité économique et responsabilité. « En français facile, on peut comprendre par la RSE le fait pour une entreprise de gagner de l’argent tout en cherchant à avoir un impact sur l’humain, sur l’environnement et sur la société », explique-t-il. Autrement dit, une entreprise responsable ne se limite pas à rechercher le profit. Elle doit également s’interroger sur les conséquences de ses activités sur ses salariés, ses clients, ses partenaires, son environnement et la société. Selon Loukman LANIGNAN, cette approche doit surtout sortir du seul cadre caritatif. « La RSE doit être appréhendée au-delà de l’angle caritatif et comprise comme étant un levier stratégique aux mains des décideurs », insiste-t-il.

Un levier pour améliorer la performance

Contrairement à l’idée selon laquelle la RSE ferait uniquement augmenter les dépenses, l’expert estime qu’elle peut contribuer directement à la performance de l’entreprise. La première opportunité concerne le capital humain. Une meilleure prise en compte des salariés peut contribuer à renforcer leur engagement et, par conséquent, leur productivité. La RSE peut également permettre aux entreprises de mieux maîtriser leurs charges. Loukman LANIGNAN cite notamment l’exemple du bilan d’empreinte carbone.« Quand vous faites votre bilan d’empreinte carbone, cela vous permet de connaître vos grands postes d’émission, et vous pouvez alors agir dessus pour réduire un certain nombre de coûts », souligne-t-il. La RSE peut donc aider l’entreprise à mieux connaître son fonctionnement, identifier ses faiblesses et agir sur les postes susceptibles de générer des économies.

Un passage presque incontournable pour les entreprises

Pour l’expert, intégrer la RSE dans la stratégie de l’entreprise n’est plus simplement une question d’image ou de respect de certaines obligations. Elle peut aussi conditionner l’accès à certains marchés et financements. « Si vous voulez que votre entreprise soit durable, c’est-à-dire assurer la pérennité de vos activités, vous n’avez pas le choix », affirme Loukman LANIGNAN. Il rappelle que de plus en plus d’appels d’offres comportent des clauses liées à la RSE. Certains financements sont également accessibles sous certaines conditions de responsabilité et de durabilité. Pour les entreprises tournées vers l’international, l’enjeu est encore plus important. « Vous ne pouvez accéder à certains marchés que si vous montrez patte blanche en matière de prise en compte de la responsabilité sociétale des entreprises », explique-t-il.

Trois obstacles à surmonter au Bénin

Si la RSE peine encore à s’installer pleinement dans les entreprises béninoises, Loukman LANIGNAN identifie trois principales difficultés. La première est la méconnaissance du sujet. Selon lui, la RSE est encore trop souvent réduite aux œuvres sociales ou aux actions caritatives. La deuxième difficulté est la perception de la RSE comme une dépense. Une vision que l’expert invite à corriger : « Travailler sur sa démarche RSE n’est pas une dépense, c’est un investissement lorsqu’on a compris le sujet de manière large. » Enfin, le troisième obstacle concerne le manque de ressources humaines spécialisées capables d’accompagner efficacement les entreprises dans leur démarche. C’est justement sur ce dernier point que le cabinet Laniyan entend apporter sa contribution. Depuis 2021, la structure intervient notamment dans la formation, l’accompagnement des entreprises et l’évaluation de leur niveau de maturité en matière de RSE.

Les entreprises et les médias appelés à jouer leur rôle.

Pour Loukman LANIGNAN, la transformation ne dépend toutefois pas uniquement des chefs d’entreprise. Les médias ont également une responsabilité importante dans la vulgarisation de la RSE. Son message est donc adressé aux deux acteurs.Aux dirigeants, il demande de se poser une question simple : « Qu’est-ce que gagne leur entreprise à mettre en place une structuration réelle de la RSE ? » Aux médias, il lance également un appel : « Vous avez aussi une responsabilité sociétale en tant que média pour pouvoir davantage vulgariser, évangéliser, accompagner nous, experts RSE, à mieux faire comprendre aux entreprises ce qu’elles gagnent en intégrant la RSE dans leur stratégie globale. »

Changer de regard

Au Bénin, le défi est désormais de faire évoluer les mentalités. La RSE ne devrait plus être considérée comme une simple obligation, encore moins comme une dépense sans retour.Pour Loukman LANIGNAN, elle constitue un outil que les entreprises peuvent utiliser pour améliorer leur performance, réduire certains coûts, renforcer leur capital humain, accéder à de nouveaux financements et conquérir certains marchés.

Le changement commence donc par une nouvelle façon de penser la RSE : non plus comme une charge, mais comme un investissement capable de contribuer à la pérennité et à la compétitivité des entreprises béninoises.

Firmin DANNON

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