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ODEM : la 10e mandature veut reconquérir la confiance

Cotonou, 21 août 2026. L’Observatoire de la Déontologie et de l’Éthique dans les Médias (ODEM) ouvre une nouvelle page de son histoire. À l’occasion de la cérémonie officielle de passation de charge entre les bureaux exécutifs sortant et entrant, tenue au ministère des Affaires étrangères, la 10e mandature, conduite par Dr Thanguy Agoï, a affiché une ambition claire : restaurer davantage l’autorité de l’organe d’autorégulation, renforcer la crédibilité des médias et préparer l’avenir de l’institution.

Après trois années de mandat, Ulrich Vital Ahotondji, président de la 9e mandature, a transmis les responsabilités à une nouvelle équipe qui entend capitaliser sur les acquis tout en s’attaquant aux faiblesses persistantes du paysage médiatique béninois.

De la 9e à la 10e mandature : une continuité revendiquée

Dans son discours d’au revoir, Ulrich Vital Ahotondji a défendu une conception exigeante du métier de journaliste. Pour lui, la qualité de la presse passe nécessairement par le respect de l’éthique, de la déontologie et par le courage de traiter les sujets qui dérangent.

« Le journaliste doit rester ce journaliste d’investigation, ce journaliste qui, parfois, porte le couteau dans la plaie, ce journaliste qui n’a pas peur de dire la vérité », a-t-il déclaré.

Un message qui résonne dans un contexte où les médias sont confrontés à de multiples pressions : contraintes économiques, concurrence numérique, circulation massive de fausses informations et défiance croissante d’une partie du public. Pour le président sortant, l’exigence professionnelle demeure donc la meilleure réponse à ces difficultés.

Il a également appelé la nouvelle équipe à poursuivre le combat pour une presse de qualité, tout en saluant l’accompagnement de partenaires, notamment les ambassades d’Allemagne et de France.

Dr Thanguy Agoï : trois ans pour restaurer, crédibiliser et préparer l’avenir

À la tête de la 10e mandature pour la période 2026-2029, Dr Thanguy Agoï veut inscrire son action dans la continuité du travail accompli, mais avec une nouvelle dynamique.

« La neuvième mandature a fait un travail excellent. […] On aura juste à marcher sur une route qui a été tracée », a-t-il reconnu.

La nouvelle équipe s’appuie sur trois axes stratégiques. Le premier consiste à poursuivre la restauration de l’image et de l’autorité de l’ODEM. Le deuxième vise à renforcer la crédibilité des médias béninois. Le troisième doit permettre de « dégager un futur pour l’ODEM ».

Cette feuille de route traduit une conviction : l’ODEM ne peut être crédible dans son rôle d’arbitre éthique que s’il est lui-même solide, visible et respecté par les professionnels comme par le public.

Faire de l’ODEM le premier réflexe face aux manquements des médias

L’un des défis majeurs identifiés par la nouvelle mandature concerne la relation entre l’ODEM, les professionnels des médias et le public.

Dr Thanguy Agoï estime que l’organe doit devenir davantage une référence lorsqu’un problème lié au travail journalistique survient. « Il faut insister là-dessus, pour que l’ODEM soit la première référence quand il s’agit d’évaluer les médias au Bénin », a-t-il souligné.

L’enjeu est important. Lorsqu’un article, un reportage ou une émission est contesté, le réflexe est souvent de se tourner vers les tribunaux ou d’autres institutions. La nouvelle équipe souhaite plutôt renforcer la médiation et le dialogue avec les médias.

« On va surtout faire de la médiation, et faire comprendre aux acteurs des médias, quand ça arrive, comment ils auraient pu faire », a expliqué le président entrant.

Cette approche privilégie donc la correction et la prévention plutôt que la seule sanction. Elle pourrait également contribuer à restaurer la confiance entre l’organe d’autorégulation et les journalistes.

L’ODEM veut aussi montrer ce que les médias font bien

Autre orientation annoncée : ne plus réduire l’observation des médias à la recherche des fautes professionnelles.

« Généralement, on pense que quand un média est à la une, c’est fondamentalement parce qu’il a mal fait. […] Or, sur les 365 jours, les journalistes et les médias ne font pas que mal », a fait observer Thanguy Agoï.

L’idée est de promouvoir également l’exemplarité. Les productions journalistiques respectueuses des règles professionnelles pourraient ainsi être davantage valorisées.

Cette démarche peut paraître simple, mais elle touche à un enjeu essentiel : une profession ne construit pas durablement sa crédibilité uniquement en dénonçant ses dérives. Elle doit aussi mettre en lumière ses bonnes pratiques, ses réussites et les professionnels qui respectent les standards de qualité.

Monitoring, formation et présence sur tout le territoire

La 10e mandature entend également renforcer les compétences de ses conseillers en matière de monitoring des médias.

« On va renforcer leur compétence en matière de monitoring », a annoncé le président entrant, reconnaissant que l’expérience journalistique ne suffit pas nécessairement à maîtriser les méthodes spécifiques d’évaluation des productions médiatiques.

L’ODEM souhaite également renforcer sa présence dans les différentes régions du Bénin. Pour Dr Thanguy Agoï, les journalistes exerçant loin de Cotonou doivent eux aussi bénéficier d’un suivi et d’un accompagnement.La formation devrait être construite à partir des manquements les plus fréquemment observés. L’objectif annoncé est notamment d’établir une cartographie des besoins afin de déterminer les profils de journalistes à former et les thématiques prioritaires.

Une ambition : publier régulièrement l’état de santé des médias béninois

Autre projet fort : produire des rapports permettant de mieux apprécier la qualité du paysage médiatique béninois.

« Nous allons […] publier, peut-être pas régulièrement, mais de façon assez intéressante, des rapports sur notre suivi, l’évaluation que nous faisons des médias », a annoncé Thanguy Agoï.

Cette initiative pourrait donner à l’ODEM une nouvelle place dans l’écosystème médiatique national. En produisant ses propres données et analyses, l’institution pourrait mieux documenter les réalités professionnelles du terrain et proposer des réponses adaptées.L’ambition est également de permettre au public de mieux comprendre la qualité des médias qu’il consomme.

La question financière, un autre défi

Derrière les ambitions de la 10e mandature se trouve une réalité beaucoup plus concrète : les moyens financiers.

Dr Thanguy Agoï a insisté sur la nécessité pour les médias de s’acquitter de leurs cotisations, indispensables au fonctionnement de l’ODEM.

« ODEM ne survit et ne travaille qu’à partir des cotisations », a-t-il rappelé.

La nouvelle équipe entend donc élargir son action auprès des médias et des partenaires afin de disposer de ressources suffisantes pour conduire ses activités. La question du financement sera déterminante pour transformer les ambitions annoncées en actions concrètes.

ODEM et HAAC : miser sur la complémentarité

Présent à la cérémonie au nom de la Haute Autorité de l’Audiovisuel et de la Communication (HAAC), le conseiller Armand Godonou Hounsou a réaffirmé la disponibilité de l’institution de régulation à travailler avec la nouvelle mandature.

« Régulation et autorégulation ne sont pas antagonistes. Mais elles concourent à un même objectif : celui d’un paysage médiatique professionnel, responsable et crédible », a-t-il déclaré.

Cette coopération apparaît comme l’un des leviers essentiels de la nouvelle mandature. L’ODEM ne peut, à lui seul, résoudre toutes les difficultés du secteur. La complémentarité avec la HAAC, les organisations professionnelles et les partenaires apparaît donc indispensable pour renforcer l’efficacité de l’autorégulation.

Armand Hounsou a d’ailleurs qualifié la 10e mandature de « mandature de défis », tout en saluant le travail accompli par l’équipe précédente.

Trois ans pour gagner le pari de la crédibilité

Au terme de la cérémonie, le message de la nouvelle équipe est sans ambiguïté : l’ODEM veut devenir plus fort, plus crédible et surtout plus utile.

« Nous voulons honnêtement rêver de cet ODEM le plus fort d’ici trois ans, davantage fort d’ici trois ans, plus crédible d’ici trois ans, et surtout très utile pour la survie de l’univers médiatique au Bénin », a affirmé Dr Thanguy Agoï.

La tâche s’annonce toutefois exigeante. Restaurer la confiance du public, améliorer la qualité des productions, renforcer le respect du Code de déontologie, accompagner les journalistes, développer le monitoring et assurer les ressources de l’institution constituent autant de chantiers qui nécessiteront constance et moyens. Pour la 10e mandature, le défi ne sera donc pas seulement de sanctionner les mauvais comportements. Il sera surtout de faire de l’autorégulation un réflexe professionnel, un espace de dialogue et un véritable instrument d’amélioration de la presse béninoise.La passation de charge est terminée. Le plus difficile commence désormais : transformer les engagements en résultats.

Composition du Bureau exécutif de la 10e mandature

  • Président : Dr Thanguy Agoï
  • Vice-présidente : Sessi Pulchérie Gbemenou
  • Secrétaire général : Giscard Amoussou
  • Trésorier général : Venance Tonongbé
  • Rapporteur : Babylas A. Atinkpahoun

Présidents de commissions :

  • TIC et médias en ligne : Abévi Germain Akouété
  • Presse écrite : Komlan A. Houng Badji
  • Radio : Philéas A. D. Gnancadja
  • Télévision : Boris Kouessi Goudja

Conseillers :

  • Sèdjro B. Régis Agboglo, juriste
  • Enongandé M. H. Capo-Chichi Choubadé, représentante de la société civile
  • Josué Fortuné Mehouenou

Firmin DANNON

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