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RDC : le braconnage s’intensifie, l’ombre d’Ebola inquiète

En République démocratique du Congo (RDC), la pression sur la faune sauvage prend une nouvelle dimension. Lions, éléphants, crocodiles, pangolins et autres espèces protégées continuent d’être victimes du braconnage et du trafic, alors même que le pays fait face à une nouvelle épidémie de maladie à virus Ebola. Ces dernières semaines, plusieurs opérations menées dans différentes provinces ont permis de mettre au jour l’ampleur du phénomène.

À Kolwezi, dans la province du Lualaba, 60 kilogrammes d’ivoire ont été saisis le 26 août lors d’une opération menée avec l’appui de la police nationale congolaise. Deux personnes soupçonnées d’être impliquées dans le transport et la commercialisation de l’ivoire ont été interpellées. Selon Congo Conserv, les premières déclarations recueillies laissent penser que l’ivoire pourrait provenir d’Angola avant d’être introduit en RDC. Une piste qui, si elle est confirmée, révélerait une nouvelle fois le caractère transfrontalier des réseaux de trafic d’espèces sauvages.

À Butembo, dans le Nord-Kivu, une peau de lion a également été récupérée le 24 août. Cette saisie intervient quelques jours après l’abattage d’un lion dans le territoire de Katako-Kombe, au Sankuru. Pour les organisations de conservation, ces affaires ne doivent pas être considérées comme des actes isolés. Elles traduisent plutôt l’existence d’une chaîne organisée allant de la chasse à la commercialisation, avec des intermédiaires capables d’acheminer les produits issus du braconnage bien au-delà des zones où les animaux sont abattus.

Le Sankuru, territoire sous forte pression

Au Sankuru, la situation est particulièrement préoccupante. Christophe Akongo, secrétaire général de l’ONG Action pour la promotion et la protection des peuples autochtones et des ressources naturelles, décrit une province devenue un important foyer d’abattage d’espèces sauvages. Le lion n’est d’ailleurs pas la seule victime. Les bonobos, espèce emblématique de la RDC, sont eux aussi menacés.

Cette pression s’explique en partie par la dépendance de nombreuses communautés aux ressources de la forêt. Dans certaines zones, la viande de brousse représente à la fois une source de protéines et une activité économique. Dès lors, interdire ou réprimer la chasse sans proposer d’autres moyens de subsistance risque de déplacer le problème plutôt que de le résoudre. La conservation ne peut donc pas reposer uniquement sur les arrestations et les sanctions.

La situation est d’autant plus complexe que le Sankuru se trouve entre deux grands espaces protégés, les parcs nationaux de la Salonga et de la Lomami. La présence de ces aires protégées ne suffit pourtant pas à empêcher les activités illégales. Sans moyens de surveillance suffisants, sans implication réelle des communautés et sans alternatives économiques, les zones forestières restent vulnérables aux réseaux de braconnage.

Ebola ajoute une dimension sanitaire

Cette recrudescence du braconnage intervient dans un contexte sanitaire particulièrement sensible. La RDC fait face à sa 17ᵉ épidémie de maladie à virus Ebola, qui s’est étendue à plusieurs provinces et zones de santé. Au 26 août 2026, le pays comptait 5 794 cas confirmés, dont 2 786 décès et 1 293 guéris.

Il faut toutefois éviter tout raccourci : aucune donnée disponible à ce stade ne permet d’affirmer que le braconnage ou le trafic d’animaux sauvages sont à l’origine de l’épidémie actuelle d’Ebola. En revanche, les contacts étroits avec des animaux sauvages morts ou malades, ainsi que certaines pratiques de chasse et de manipulation de viande de brousse, peuvent créer des situations d’exposition à des agents pathogènes.

C’est précisément là que la question environnementale rejoint la question sanitaire. Dans les zones forestières, les services chargés de la santé humaine, de la santé animale et de la protection de la faune ne peuvent pas fonctionner en vase clos. La surveillance des animaux malades ou retrouvés morts peut fournir des informations utiles aux autorités sanitaires, tandis que les communautés peuvent jouer un rôle essentiel dans l’alerte précoce.

À Ubundu, la viande de brousse continue de circuler

Dans la Tshopo, les autorités environnementales ont dénoncé l’abattage illégal d’un crocodile dans le secteur de Walengola Lowa, à Ubundu. Une cargaison de viande boucanée, en provenance du PK 147 et destinée à Kisangani, a également été saisie au niveau du PK 122, sur la RN4.

Ces saisies montrent que le problème ne se limite pas à l’animal tué dans la forêt. Il concerne toute une économie de la viande sauvage : chasseurs, transporteurs, vendeurs et consommateurs participent, à différents niveaux, à une chaîne qui entretient la pression sur la biodiversité. Tant que cette chaîne restera rentable et que les alternatives alimentaires et économiques seront limitées, la répression seule aura du mal à produire des résultats durables.

Les communautés peuvent aussi devenir une partie de la solution

Un autre exemple, cette fois encourageant, vient du Parc national de l’Upemba. Deux habitants du village de Kibula ont volontairement remis deux pangolins vivants aux équipes du parc au lieu de les vendre ou de les consommer. Après examen, les animaux ont pu être relâchés dans leur milieu naturel.

Ce geste est loin d’être anodin. Il montre que la sensibilisation peut progressivement modifier les comportements et transformer les populations riveraines en véritables partenaires de la conservation. La protection de la faune ne peut être efficace si les communautés sont uniquement considérées comme des personnes à surveiller. Elles doivent aussi être associées aux décisions, aux mécanismes d’alerte et aux bénéfices liés à la conservation.

Sortir du cercle du braconnage

Pour Christophe Akongo, la réponse doit passer par la mise en place d’une surveillance communautaire capable de couvrir à la fois la faune et la santé. Des relais locaux pourraient signaler les animaux morts ou malades, les cas d’abattage illégal et les éventuels symptômes observés après un contact avec la faune.

Cette approche permettrait surtout de rapprocher deux systèmes qui travaillent encore trop souvent séparément : la surveillance environnementale et la surveillance sanitaire. Dans un pays où les populations vivent au contact direct des écosystèmes forestiers, cette coordination peut devenir un outil majeur de prévention des risques zoonotiques.

Mais la réponse doit également être économique. Élevage familial, pisciculture, apiculture ou valorisation durable des produits forestiers non ligneux sont autant de pistes susceptibles de réduire la dépendance à la chasse. L’objectif n’est pas seulement d’empêcher les populations de chasser, mais de leur donner les moyens de vivre autrement.

En RDC, la bataille contre le braconnage dépasse donc largement la protection des animaux. Elle touche à la pauvreté, à la sécurité alimentaire, à l’emploi, à la santé publique et à la préservation des forêts. Face à cette réalité, une stratégie durable devra combiner contrôle des trafics, application de la loi, surveillance sanitaire, sensibilisation et surtout développement économique local. Car protéger la faune sans protéger les communautés qui vivent à ses côtés risque de rester une bataille inachevée.

Firmin DANNON

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