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Paludisme : l’Afrique face à un fléau qui résiste

Cotonou, 2 septembre 2026. Malgré les moustiquaires imprégnées, les traitements, la prévention et désormais les vaccins, le paludisme reste l’un des plus grands défis sanitaires du continent africain. Invité ce mercredi dans l’émission Actu Matin, présentée par le journaliste Dr Thanguy AGOÏ, Firmin DANNON, journaliste à Inf’au Zénith, s’est penché sur l’évolution de cette maladie et sur les nouvelles armes développées pour la combattre.

Le constat demeure préoccupant. Selon les dernières données de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), 282 millions de cas de paludisme et environ 610 000 décès ont été enregistrés dans le monde en 2024. L’Afrique reste de très loin la région la plus touchée : elle concentre 94 % des cas et 95 % des décès mondiaux. Les enfants demeurent les premières victimes, avec environ 438 000 décès d’enfants africains liés au paludisme en 2024.

Cette concentration du fardeau sur l’Afrique montre surtout que le problème ne se limite pas à la présence du moustique. Il est aussi lié à l’accès aux soins, au diagnostic rapide, aux médicaments efficaces, aux moyens de prévention et aux capacités des systèmes de santé. Autrement dit, disposer d’outils contre le paludisme ne suffit pas : encore faut-il qu’ils soient accessibles aux populations qui en ont le plus besoin.

L’artémisinine, une avancée majeure mais pas un vaccin

Pendant des années, la lutte contre le paludisme s’est principalement appuyée sur la prévention et les médicaments. Parmi les avancées majeures figure l’artémisinine, un composé extrait de la plante Artemisia annua. Elle entre aujourd’hui dans les combinaisons thérapeutiques à base d’artémisinine, communément appelées CTA, utilisées notamment contre le Plasmodium falciparum, le parasite responsable de la forme la plus meurtrière du paludisme.

Mais une confusion persiste dans le grand public. Comme l’a expliqué Firmin DANNON au micro du Dr Thanguy AGOÏ : « L’artémisinine n’est pas un vaccin. Et les préparations artisanales à base des feuilles d’Artemisia ne sont pas considérées par l’OMS comme un traitement validé contre le paludisme. »

L’OMS déconseille également la monothérapie orale à base d’artémisinine, car son utilisation peut favoriser l’apparition et la propagation de résistances. La stratégie recommandée repose plutôt sur des associations de médicaments, afin de préserver l’efficacité des traitements disponibles.

Deux vaccins changent désormais la donne

La grande nouveauté de ces dernières années est l’arrivée des vaccins antipaludiques. L’OMS recommande aujourd’hui deux vaccins pour prévenir le paludisme à Plasmodium falciparum chez les enfants vivant dans les zones d’endémie : RTS,S/AS01 et R21/Matrix-M. Le premier a reçu la recommandation de l’OMS en 2021, tandis que le second a été recommandé en 2023.

Le déploiement du RTS,S au Ghana, au Kenya et au Malawi a constitué une étape déterminante. Entre 2019 et 2023, plus de deux millions d’enfants ont été touchés par le programme pilote. L’évaluation de ce programme a notamment montré une réduction de 13 % de la mortalité chez les jeunes enfants éligibles à la vaccination, toutes causes confondues.

Pour autant, le vaccin ne doit pas être présenté comme une solution miracle. Comme l’a souligné Firmin DANNON : « Le vaccin ne signifie pas la disparition immédiate du mal. Il ne remplace ni la moustiquaire imprégnée, ni le diagnostic, ni le traitement. »

La vaccination doit donc s’intégrer à un ensemble de mesures : moustiquaires imprégnées, lutte antivectorielle, diagnostic rapide, traitement efficace et, selon les contextes, chimioprévention. Les deux vaccins réduisent fortement le risque de maladie, mais ils ne suppriment pas à eux seuls la transmission du paludisme.

Un espoir réel, mais encore beaucoup de défis

L’arrivée de ces deux vaccins représente donc une avancée historique. Elle permet surtout de renforcer l’arsenal disponible contre une maladie qui continue de tuer massivement en Afrique. L’OMS estime d’ailleurs que les vaccins antipaludiques pourraient permettre d’éviter environ un demi-million de décès d’enfants d’ici 2035 s’ils sont déployés à grande échelle dans les zones de transmission modérée et élevée.

Mais le véritable défi se situe désormais dans le passage de l’innovation à l’accès massif. La vaccination doit atteindre les enfants des zones les plus exposées, tandis que les systèmes de santé doivent continuer à garantir le diagnostic et la prise en charge rapide des malades. À cela s’ajoute la menace croissante des résistances aux antipaludiques, déjà confirmées dans plusieurs pays africains.

Le message porté par Firmin DANNON, lors de son intervention dans Actu Matin avec le présentateur Dr Thanguy AGOÏ, prend ainsi tout son sens : le combat contre le paludisme est entré dans une nouvelle phase. « L’Afrique dispose désormais de vaccins, mais la victoire dépendra de leur déploiement, de la prévention et de l’accès rapide à des traitements de qualité. »

Firmin DANNON

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