À deux semaines de la rentrée scolaire, la situation des Aspirants au Métier d’Enseignant (AME) reste marquée par une revendication majeure : le changement de statut et le reversement en agents contractuels de l’État. Invité dans l’émission Actu Matin, conduite par Dr Thanguy AGOÏ, le porte-parole des AME, Paterne Kouton, a expliqué les difficultés auxquelles cette catégorie d’enseignants est confrontée depuis plusieurs années.
À la question de savoir si les AME sont prêts pour la prochaine rentrée scolaire, Paterne Kouton répond sans détour : « Non, les AME ne sont pas prêts. » Selon lui, la principale raison demeure la question du changement de statut, une revendication qui, affirme-t-il, dure depuis près de huit ans.
Pour le porte-parole des AME, le reversement permettrait notamment aux enseignants de bénéficier d’une véritable évolution professionnelle. « Le changement de statut va apporter beaucoup de choses dans la vie des enseignants AME », explique-t-il. Il évoque notamment les droits sociaux, les avantages liés au métier, mais aussi la possibilité de progresser dans sa carrière.
Paterne Kouton souligne également les conséquences de l’absence de statut pour les familles des enseignants décédés. « Un AME qui décède aujourd’hui, c’est que ses enfants ont tout perdu », affirme-t-il, estimant que le statut d’agent contractuel permettrait de garantir davantage de droits et de protection aux enseignants et à leurs familles.
Le reversement, poursuit-il, permettrait aussi aux AME de gravir des échelons, d’avoir une progression salariale et de bénéficier de certaines primes. « C’est le reversement qui va faire que d’année en année, le salaire puisse augmenter », soutient-il. Il cite notamment les primes de rentrée, d’habillement ou encore de préparation de fiches, dont les AME ne bénéficient pas actuellement selon lui.
Autre enjeu : l’évolution professionnelle. « Le reversement va aussi permettre que vous puissiez passer d’autres concours », explique Paterne Kouton. Il estime que certains enseignants restent bloqués avec le même diplôme depuis plusieurs années, faute de possibilité d’accéder à d’autres concours professionnels.
Interrogé par Dr Thanguy AGOÏ sur l’amélioration récente des conditions des AME, le porte-parole reconnaît les avancées. « Nous l’avons salué dans le temps. Nous avons remercié le gouvernement dans le temps, mais toujours est-il que le mal reste toujours », affirme-t-il.
Pour Paterne Kouton, le problème réside surtout dans la différence de traitement entre des enseignants qui accomplissent pourtant les mêmes missions. « Nous sommes avec des camarades, des collègues où nous faisons le même travail, nous avons les mêmes cahiers de charges, mais on ne comprend pas comment d’autres peuvent être avantagés au détriment d’autres », déplore-t-il.
Face à l’argument selon lequel le changement de statut pourrait représenter une lourde charge pour les finances publiques, le porte-parole des AME propose une démarche progressive. « Il faut aller de façon progressive », insiste-t-il.
Il rappelle que le système de l’aspiranat a commencé en 2019 et que l’État continue depuis lors à recruter de nouveaux AME. Selon lui, le gouvernement avait annoncé en 2022 que les AME ayant déjà fait trois ans pourraient être reversés en agents contractuels de l’État. « Jusqu’à la date d’aujourd’hui, nous avons zéro AME reversé », affirme-t-il.
Cette situation, estime-t-il, pose la question de l’avenir professionnel de ces enseignants. « On se demande, or, dans le même temps, on a des camarades qui vont déjà à la retraite », souligne-t-il, en faisant référence aux agents contractuels de l’État recrutés antérieurement dans le système éducatif.
Au-delà des revendications statutaires et sociales, Paterne Kouton évoque également les difficultés pédagogiques rencontrées dans les salles de classe. Selon lui, ces difficultés ne concernent d’ailleurs pas uniquement les AME.
Il cite notamment le manque de manuels scolaires dans certaines classes du primaire. « Depuis la classe de CE1, CM2, l’État n’envoie plus de manuels à nos apprenants », affirme-t-il, tout en précisant que les enseignants continuent d’utiliser certains de ces documents.
Une situation qui complique le travail en classe, particulièrement dans les écoles publiques où tous les parents ne disposent pas des moyens nécessaires pour acheter les documents scolaires. « Tu es en face de tes apprenants de 45, 50 et à peine tu vas trouver 3, 4, 5 qui ont le document », explique-t-il.
Malgré ces difficultés, le porte-parole assure que les enseignants continuent de s’adapter avec l’appui de leurs supérieurs hiérarchiques, qui peuvent parfois contribuer aux photocopies de certains documents.
À l’approche de la rentrée, les AME disent donc compter sur les autorités. « On a le courage et on attend de voir. On compte sur le gouvernement actuel qui prime beaucoup plus sur le social et nous pensons que notre tour arrivera », conclut Paterne Kouton.
Firmin DANNON








