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Bénin : comment les villes ont changé de visage grâce à la révolution des déchets

Pendant longtemps, les grandes villes béninoises ont été confrontées à un problème devenu presque ordinaire : dépotoirs sauvages, déchets abandonnés dans les rues, caniveaux obstrués et collecte irrégulière. Depuis quelques années, le paysage urbain change. À Cotonou, Abomey-Calavi, Porto-Novo, Ouidah et Sèmè-Podji, la gestion des déchets s’est progressivement transformée en un véritable service public structuré.

D’une ville encombrée à une ville mieux organisée

Le changement le plus visible est probablement la disparition progressive de nombreux dépotoirs sauvages. La SGDS indique que plus de 70 dépotoirs emblématiques ont été détruits dans le Grand Nokoué, avec l’évacuation de plus de 85 000 tonnes de déchets vers les centres d’enfouissement technique de Ouèssè et de Takon.

Derrière ces chiffres se trouve une évolution importante : les déchets ne sont plus simplement considérés comme quelque chose à faire disparaître. Ils sont désormais intégrés dans une chaîne organisée comprenant la précollecte, la collecte, le transport, le tri, la valorisation et l’enfouissement. C’est cette organisation, davantage que les opérations ponctuelles de nettoyage, qui explique une bonne partie de la transformation observée dans les principales agglomérations.

Le ramassage s’est rapproché des ménages

La réforme a également changé les habitudes de collecte. Dans le Grand Nokoué, la précollecte repose sur des PME locales qui interviennent dans les zones urbaines et périurbaines avec des tricycles motorisés, selon un système de porte-à-porte ou d’apport volontaire. Le dispositif est conçu pour couvrir progressivement l’ensemble des ménages concernés.

Cette proximité est essentielle. Une ville ne peut rester propre si le citoyen doit parcourir une longue distance pour se débarrasser correctement de ses ordures. En rapprochant le service du domicile, le système réduit mécaniquement la tentation de jeter les déchets dans la rue, les bas-fonds ou les caniveaux. Mais il ne suffit pas d’organiser la collecte : encore faut-il que les habitants utilisent effectivement le dispositif.

La propreté ne se limite pas aux ordures ménagères

L’autre évolution importante concerne l’entretien de l’espace public. La SGDS intervient notamment dans le balayage, le désensablement, le désherbage et le piquetage des voies revêtues. Son dispositif couvre également le curage des ouvrages d’assainissement.

Les données publiées par la société font état de plus de 531 kilomètres de voiries pavées et bitumées concernés par les opérations de salubrité, tandis que le programme de curage couvre un linéaire de plus de 3 276 kilomètres d’ouvrages d’assainissement dans les cinq communes du Grand Nokoué.

Cette dimension est loin d’être secondaire. Un caniveau propre n’est pas seulement une question d’esthétique : il permet à l’eau de circuler plus facilement et limite l’accumulation de déchets susceptibles d’aggraver les inondations. La politique de salubrité devient donc aussi un outil de prévention des risques urbains.

Cotonou, un symbole de la transformation

La capitale économique concentre une grande partie de cette évolution. En décembre 2024, Cotonou a obtenu la note de 7,3/10 et s’est classée sixième parmi 30 villes africaines évaluées dans une enquête de Jeune Afrique Intelligence Unit. Elle arrivait en tête des villes d’Afrique de l’Ouest selon les résultats rapportés par plusieurs médias béninois.Cette distinction doit toutefois être interprétée avec prudence : elle ne signifie pas que tous les quartiers de Cotonou sont constamment propres ni que le problème des déchets est définitivement réglé. Elle traduit plutôt une amélioration de la perception et du cadre urbain à l’échelle de la ville. Le passage de la 22e place en 2023 à la 6e en 2024, selon les résultats publiés, illustre néanmoins l’ampleur du chemin parcouru.

Une réforme qui commence à coûter aux usagers

Après plusieurs années de gratuité, la gestion des déchets est entrée dans une nouvelle phase. La redevance d’enlèvement des déchets a commencé à être facturée dans le Grand Nokoué à partir du 1er janvier 2025. Elle vise notamment à contribuer au financement durable de la précollecte, de la collecte, du transport et du traitement des déchets.Cette évolution pose une question centrale : comment garantir un service public de qualité sur le long terme ? Une collecte régulière nécessite des véhicules, du carburant, des équipements, du personnel, des infrastructures et des opérations de maintenance. La contribution des bénéficiaires peut donc participer à la pérennisation du système. Mais elle doit aussi s’accompagner d’une exigence légitime des citoyens : payer davantage doit aller de pair avec un service régulier, visible et efficace.Le prochain défi : transformer davantage les déchets en ressources

La modernisation ne doit toutefois pas s’arrêter à la collecte. Une ville peut évacuer ses déchets sans pour autant construire une véritable économie circulaire. Le prochain enjeu est donc de renforcer le tri, le recyclage, le compostage et la valorisation des matières récupérables.Les centres d’enfouissement technique de Ouèssè et de Takon constituent des infrastructures essentielles du dispositif actuel. Mais l’enfouissement ne peut constituer, à lui seul, l’horizon d’une politique moderne des déchets. Plus le Bénin réussira à récupérer le plastique, le métal, le papier, le verre ou les déchets organiques, plus il pourra réduire la quantité destinée à l’enfouissement et créer de nouvelles activités économiques.

Le dernier kilomètre appartient au citoyen

C’est probablement le point le plus difficile de la réforme. L’État peut financer des camions, installer des infrastructures et organiser la collecte. Il ne peut cependant pas empêcher durablement un citoyen de jeter un sachet dans un caniveau ou de déposer des ordures à quelques mètres d’un point de collecte.

La propreté urbaine est donc devenue une responsabilité partagée. La SGDS rappelle elle-même plusieurs gestes simples : utiliser une poubelle ou un point d’apport volontaire, présenter les déchets au moment prévu pour la collecte et éviter les dépôts anarchiques.Le véritable succès de la réforme se mesurera ainsi non seulement au nombre de tonnes collectées, mais aussi à la capacité des populations à changer durablement leurs comportements.

Le Bénin a changé de méthode

La transformation des villes béninoises ne repose finalement pas sur une simple campagne de nettoyage. Elle correspond à une réorganisation complète d’un secteur qui était longtemps marqué par l’informel et la dispersion des responsabilités. Créée en 2018 pour porter la modernisation de la gestion des déchets, la SGDS intervient aujourd’hui dans les cinq communes du Grand Nokoué et à Parakou.Le résultat est visible dans les grandes artères, autour de nombreux espaces publics et dans l’organisation du ramassage. Mais la prochaine étape sera plus exigeante : faire de cette propreté une habitude collective, améliorer la valorisation des déchets et garantir le financement durable du système.

En clair, le Bénin a réussi à rendre la gestion des déchets plus organisée. Le véritable défi consiste désormais à faire de cette organisation une culture durable. Une ville propre ne se construit pas uniquement avec des camions et des agents de salubrité. Elle se construit aussi avec des citoyens qui comprennent qu’un déchet jeté dans la rue finit toujours par devenir le problème de toute la communauté.

Firmin DANNON

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