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Déchets au Bénin : pourquoi les mauvaises habitudes persistentMalgré la

Malgré la modernisation progressive de la gestion des déchets, les mauvaises habitudes ont la vie dure au Bénin. À Cotonou et dans plusieurs villes, sachets, bouteilles et autres détritus continuent de se retrouver dans les rues, les caniveaux ou les espaces publics. Entre habitudes ancrées, contraintes économiques, perception de l’espace public et insuffisance de certaines infrastructures, le changement des comportements reste un véritable défi.

Une habitude difficile à abandonner

Jeter un sachet, une bouteille ou un emballage au bord de la route peut paraître anodin. Mais lorsque ce geste est répété chaque jour par des milliers de personnes, ses conséquences deviennent considérables. Au Bénin, certaines pratiques comme le dépôt des ordures dans les espaces vacants, les caniveaux ou leur brûlage ont longtemps constitué des solutions de facilité face à un système de collecte qui n’était pas toujours suffisamment structuré.

Le problème est donc aussi lié aux habitudes. Lorsqu’une personne est habituée à se débarrasser immédiatement de son déchet sans se préoccuper de sa destination, changer ce réflexe demande du temps. La mise en place d’un service de collecte ne suffit donc pas, à elle seule, à créer une nouvelle culture de propreté.

Quand la rue devient « l’affaire de personne »

La perception de l’espace public joue également un rôle important. Dans certains quartiers, la rue, le terrain vague ou le caniveau sont encore considérés comme des endroits où l’on peut déposer ce dont on ne veut plus.

Cette perception entretient un cercle vicieux. Lorsqu’un endroit est déjà sale, il devient plus facile d’y jeter un nouveau déchet. À l’inverse, un espace propre incite davantage les usagers à préserver son état.

C’est pourquoi la sensibilisation ne peut pas être la seule réponse. Il faut également maintenir les espaces publics propres et rendre les bons comportements visibles. L’amélioration du système de gestion des déchets dans le Grand Nokoué montre d’ailleurs que l’action publique peut progressivement transformer l’environnement urbain.

La collecte a changé, les comportements doivent suivre

Le Bénin dispose aujourd’hui d’un dispositif beaucoup plus structuré dans le Grand Nokoué. La précollecte et la collecte des déchets sont organisées dans les zones urbaines et périurbaines, avec notamment l’intervention de PME locales et de la Société de Gestion des Déchets et de la Salubrité (SGDS SA).

Cette évolution a profondément changé la manière dont les déchets sont pris en charge. Mais elle pose aussi une autre question : que fait le citoyen de son déchet avant le passage du service de collecte ? Un système performant peut ramasser régulièrement les déchets. Il ne peut toutefois pas empêcher un usager de jeter volontairement une bouteille dans un caniveau ou un sachet dans la rue. La modernisation du service doit donc aller de pair avec une évolution des comportements.

Le facteur économique ne doit pas être oublié

Derrière certains comportements se trouvent également des réalités économiques. Pour certains ménages, l’achat d’une poubelle, le stockage temporaire des déchets ou le paiement d’un service de collecte peuvent représenter une contrainte supplémentaire.

Réduire le problème à une simple question d’incivisme serait donc trop facile. Pour être durable, la politique de gestion des déchets doit aussi tenir compte des conditions de vie des populations. Plus le service est accessible, régulier et simple à utiliser, plus il est facile pour les ménages d’adopter les bons réflexes.

Le plastique, un problème qui persiste

L’omniprésence des emballages à usage unique complique davantage la situation. Sachets, bouteilles, emballages alimentaires et autres plastiques font désormais partie du quotidien des Béninois.

Le pays a pourtant adopté une réglementation visant à lutter contre les sachets en plastique non biodégradables. Mais entre l’existence d’une règle et son application effective, le chemin reste encore long. Le véritable défi est donc double : réduire l’utilisation des plastiques problématiques tout en proposant des alternatives accessibles aux consommateurs, aux commerçants et aux différents acteurs économiques.

À Cotonou, un problème qui dépasse la simple salubrité

À Cotonou, la question des déchets ne relève pas uniquement de l’image de la ville. Les détritus abandonnés dans les caniveaux peuvent gêner l’écoulement des eaux et compliquer davantage les problèmes d’assainissement, notamment pendant les périodes de fortes pluies.

La mauvaise gestion des déchets constitue également un enjeu de santé publique et de protection de l’environnement. L’accumulation des ordures peut favoriser la présence de nuisibles, dégrader le cadre de vie et exposer les populations à différents risques.La question des déchets doit donc être considérée comme un problème à la fois environnemental, sanitaire, urbain et citoyen.

La prochaine bataille : changer les réflexes

Le Bénin a déjà engagé une transformation importante de son système de gestion des déchets. Mais la prochaine étape est peut-être la plus difficile : faire de la propreté un réflexe quotidien. Cela passe par une sensibilisation régulière dans les écoles, les marchés, les quartiers et les entreprises, mais aussi par des équipements accessibles, une collecte efficace, une meilleure valorisation des déchets et une application crédible des règles. Des initiatives de tri, de recyclage et de valorisation commencent également à se développer. Elles montrent qu’un déchet peut cesser d’être considéré uniquement comme quelque chose dont il faut se débarrasser pour devenir une ressource potentielle.

Au fond, le défi du Bénin n’est plus seulement de ramasser les déchets. Il est désormais de faire en sorte qu’ils soient moins souvent jetés n’importe où, davantage triés et, lorsque cela est possible, valorisés.Une ville propre ne se construit donc pas uniquement avec des camions et des agents de salubrité. Elle se construit aussi avec des habitudes. Et c’est sur ce changement de comportement que se jouera une grande partie de la prochaine bataille pour la propreté au Bénin.

Firmin DANNON

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