Professeur Jean-Claude Codjia, professeur titulaire des universités du Cames, enseignant-chercheur et président de la Fédération des sociétés coopératives pour la promotion de la filière porcine au Bénin (Fepropa-Bénin). Au cœur des échanges : les défis majeurs de l’autosuffisance alimentaire dans la filière, l’impact des crises sanitaires, la structuration des acteurs et la qualité de la viande de porc consommée au pays.
Le Bénin produit environ 11 000 tonnes de viande de porc par an pour un besoin national estimé à 80 000 tonnes, soit un taux de satisfaction de seulement 14 % et un important gap d’environ 85 %. Sur les freins au développement de cet élevage, il a pointé du doigt les lourds investissements requis et, surtout, la menace persistante des crises sanitaires. « En vérité, le porc a été très localisé par le passé mais l’élevage porcin nécessite un certain investissement qui n’est pas nécessairement à la portée de tout le monde. Nous avons connu beaucoup de découragement parce qu’il y a une pandémie qu’on appelle la peste porcine [qui] décime toute la population », a expliqué le Professeur Jean-Claude Codjia.
L’enseignant-chercheur a précisé qu’en l’absence de vaccin réellement efficace face à la forte mutation de ce virus, la seule parade repose sur la stricte biosécurité à savoir les mesures rigoureuses d’hygiène, orientation des bâtiments pour capter les rayons solaires et nettoyage biquotidien des enclos. Face au déficit local, le marché béninois subit une forte influence des importations en provenance du Nigeria voisin, où les animaux sont souvent vendus à bas prix en raison de la dépréciation de leur monnaie. Une situation décriée par le président de la fédération : « Les porcs qui viennent d’ailleurs ne sont pas contrôlés au plan sanitaire. Les animaux rentrent de façon anarchique et voilà un ce qui peut être l’un des éléments de contagion et de dissémination de la peste porcine », a-t-outillé, insistant sur l’urgence de réguler ces flux frontaliers.
De plus, la question de la fixation des prix au kilo pose un problème de rentabilité pour les éleveurs locaux. Alors que les charges d’alimentation notamment à base de drêches de brasserie et de construction exigent un prix de vente rémunérateur estimé à un minimum de 1 500fcfa le kilo pour s’en sortir, de nombreux éleveurs-amateurs bradent encore leurs bêtes à 1 000fcfa sous la pression de la trésorerie ou par manque de calculs économiques formels. Pour inverser la tendance, la Fédération des sociétés coopératives mène des actions de structuration avec l’accompagnement d’organismes internationaux comme la Fao. L’objectif prioritaire est de transformer les éleveurs amateurs en véritables professionnels capables d’intégrer des coopératives dynamiques.
Le Prof Jean-Claude Codjia a annoncé que la prochaine phase des réformes ciblera la transformation locale de la viande de porc (produits charcutiers diversifiés, sous-produits dérivés de la graisse pour la pharmacopée et l’industrie cosmétique), afin de moderniser le secteur au-delà de la traditionnelle grillade de rue et de garantir une qualité irréprochable aux consommateurs.
Donatien Fernando SOWANOU









