À Cotonou, un atelier international prévu du 19 au 23 octobre 2026 réunira huit pays autour de la production et de l’utilisation des bio-intrants. Pour Guy Apollinaire MENSAH, chef de projet Bio-Pact, ces solutions représentent une piste importante pour restaurer la fertilité des sols, améliorer les rendements agricoles et rendre les produits agricoles plus accessibles.
L’agriculture africaine est confrontée à un défi majeur : produire davantage sans épuiser les terres cultivables. Au Bénin comme dans plusieurs pays du continent, la dépendance aux engrais minéraux et aux pesticides chimiques soulève des questions sur la fertilité des sols, la préservation de la biodiversité et le coût de la production. Face à ces enjeux, les bio-intrants apparaissent comme une alternative à développer. Invité de la matinale animée par Éric GUEDENON, Guy Apollinaire MENSAH, chef de projet Bio-Pact, a expliqué leur intérêt et les conditions nécessaires à leur adoption à grande échelle.
Bio-intrants : trois familles pour une agriculture plus durable
Les bio-intrants regroupent plusieurs catégories de produits destinés à soutenir la production agricole tout en contribuant à la santé des sols et des plantes. Selon Guy Apollinaire MENSAH, ils se répartissent en trois grandes familles : les biofertilisants et les bio-amendements, les biostimulants et les biopesticides.
Chacune répond à des besoins particuliers. Les biofertilisants contribuent à la nutrition des plantes, tandis que les bio-amendements permettent d’améliorer les propriétés du sol. Les biostimulants favorisent certains processus naturels liés à la croissance et à la résistance des cultures. Quant aux biopesticides, ils permettent de lutter contre certains organismes nuisibles grâce à des solutions d’origine biologique.
L’intérêt de ces produits ne se limite donc pas au remplacement des intrants chimiques. Ils peuvent aussi participer à une transformation des pratiques agricoles. Toutefois, leur efficacité dépend des caractéristiques du sol, des cultures concernées, des conditions d’utilisation et de l’accompagnement technique des producteurs. Leur adoption doit ainsi reposer sur des résultats éprouvés plutôt que sur la seule promesse d’une agriculture plus écologique.
Fertilité des sols : préserver la vie sous la terre
Pour Guy Apollinaire MENSAH, la faiblesse de la matière organique constitue l’un des principaux problèmes de fertilité des sols en Afrique de l’Ouest. Il évoque un taux inférieur à 3 %, présenté comme une difficulté majeure pour la productivité agricole dans la sous-région.
Dans ce contexte, le recours aux engrais minéraux a permis de soutenir la production. Cependant, leur utilisation excessive ou inadaptée peut dégrader l’équilibre biologique des sols et contribuer à leur appauvrissement. L’enjeu n’est donc pas de supprimer systématiquement les engrais minéraux, mais de mieux les intégrer à des pratiques qui préservent durablement la fertilité des terres.
L’intervenant insiste également sur le rôle de la pédofaune, c’est-à-dire l’ensemble des organismes vivant dans le sol. Les vers de terre, par exemple, participent à son aération et à la décomposition de la matière organique. Ces processus favorisent la disponibilité des éléments nutritifs nécessaires au développement des plantes.
Cette vie souterraine reste pourtant souvent invisible dans les décisions agricoles. Or, un sol ne se résume pas à un support sur lequel on dépose des semences et des engrais. Il constitue un écosystème vivant dont l’équilibre conditionne une grande partie de la production. Pour l’agriculture béninoise, préserver cet équilibre représente un investissement à long terme, aussi important que la recherche de rendements immédiats.
Bio-Pact : huit pays réunis à Cotonou du 19 au 23 octobre
C’est dans cette perspective que le projet Bio-Pact organise un atelier international à Cotonou, du 19 au 23 octobre 2026. La rencontre réunira huit pays : le Bénin, le Burkina Faso, le Liberia, le Kenya, le Malawi, le Mozambique, la Sierra Leone et le Togo.
Financé par le Programme détaillé de développement de l’agriculture africaine (PDDAA, généralement désigné par son acronyme anglais CAADP), selon les informations communiquées lors de l’entretien, le projet entend accélérer la production et l’utilisation des bio-intrants en Afrique.
L’ambition est de rapprocher les expériences nationales, de confronter les résultats de la recherche et d’identifier les obstacles qui freinent encore leur diffusion. Même si les pays participants partagent des difficultés communes, leurs réalités agricoles ne sont pas identiques. Les conditions climatiques, les systèmes de production, les moyens financiers et les besoins des exploitants varient d’un territoire à l’autre.
L’atelier devra donc permettre de construire une compréhension commune des enjeux tout en tenant compte des particularités de chaque pays. Des travaux de recherche aux pratiques quotidiennes des agriculteurs, le défi sera de faire circuler les connaissances et de transformer les acquis scientifiques en solutions réellement utilisables sur le terrain.
Le Bénin dispose déjà d’acquis à valoriser
Le Bénin n’aborde pas cette rencontre sans expérience préalable. D’après le chef de projet Bio-Pact, les travaux de recherche nationaux ont porté sur les trois grandes familles de bio-intrants. Des expérimentations ont notamment été menées en milieu réel, avec des producteurs, dans des filières telles que le maraîchage et l’ananas.
L’approche de recherche-développement a permis de confronter les résultats scientifiques aux réalités des exploitations agricoles. Le recours à des écoles paysannes a également favorisé les échanges avec les producteurs. Les résultats obtenus ont ensuite contribué à l’élaboration de fiches techniques et de documents destinés à faciliter l’utilisation des solutions expérimentées.
Cette démarche est essentielle. Un produit peut présenter un intérêt scientifique sans être immédiatement adapté aux moyens financiers, aux habitudes ou aux contraintes d’un exploitant. Il faut donc vérifier son efficacité, déterminer les conditions d’application et mesurer son intérêt économique avant d’en encourager une diffusion plus large.
Le partage de ces acquis avec les autres pays participants pourrait ainsi aider le Bénin à consolider ses connaissances, à repérer les innovations pertinentes et à renforcer les liens entre recherche, pouvoirs publics et monde agricole.
Le prix, principal défi pour les petits producteurs
La question de l’accessibilité financière reste centrale. Dans les villages et les communes rurales, les petits producteurs disposent souvent de moyens limités pour investir dans de nouvelles techniques. Même lorsqu’une solution présente des avantages agronomiques, son adoption reste difficile si son coût initial est trop élevé ou si ses bénéfices ne sont pas suffisamment démontrés.
Guy Apollinaire MENSAH explique que les travaux conduits au Bénin ont également intégré une dimension socio-économique. Des spécialistes ont étudié les coûts et l’efficacité des solutions afin de déterminer les conditions de commercialisation permettant aux producteurs d’en tirer un bénéfice.
Cette analyse est indispensable pour éviter que les bio-intrants ne restent accessibles qu’aux exploitations les mieux équipées. Leur développement suppose des prix adaptés, une production suffisante, des circuits de distribution efficaces et un accompagnement technique de proximité.
L’État pourrait aussi contribuer à cet effort à travers des mécanismes de soutien financier. Au cours de l’entretien, le chef de projet Bio-Pact a évoqué la possibilité de subventions progressives, avec des taux de 75 %, puis de 50 % et de 25 %. Il s’agit toutefois d’une proposition avancée par l’intervenant, et non de la confirmation d’un dispositif déjà adopté.
Une telle politique devrait être évaluée en fonction de son coût pour les finances publiques, de son impact sur les revenus agricoles et de sa capacité à favoriser une adoption durable des bio-intrants.
Au-delà des recommandations, des résultats concrets attendus
Les rencontres internationales produisent souvent des déclarations et des recommandations. Mais pour les agriculteurs, la véritable réussite se mesure à travers les changements observés dans les champs : des sols mieux entretenus, des récoltes satisfaisantes, des coûts maîtrisés et des revenus plus stables.
Pour Guy Apollinaire MENSAH, la coopération entre les pays peut contribuer à réduire les coûts grâce à une production et à une utilisation plus importantes des bio-intrants. Une demande élargie pourrait favoriser les économies d’échelle, à condition que les capacités de production, la qualité des produits et les circuits de commercialisation suivent.
L’image de la jarre du roi Guézo, évoquée par l’intervenant, illustre cette nécessité d’une mobilisation collective. Les pouvoirs publics, les chercheurs, les producteurs, les entreprises et les partenaires techniques doivent apporter leur contribution pour que ces solutions trouvent leur place dans les systèmes agricoles.
Au terme de l’atelier de Cotonou, l’enjeu sera donc de dépasser les échanges théoriques. Les participants devront identifier des priorités claires, des responsabilités précises et des mécanismes de suivi capables de transformer les recommandations en actions mesurables.
Les bio-intrants ne constituent pas, à eux seuls, une réponse à toutes les difficultés de l’agriculture africaine. Leur potentiel dépendra de la qualité des produits, de leur efficacité démontrée, de leur disponibilité et de leur prix. Mais en les associant à une gestion raisonnée de la fertilité des sols et à un accompagnement adapté des exploitants, le Bénin peut renforcer les bases d’une agriculture plus productive et plus respectueuse de son environnement.
Le véritable défi sera de faire en sorte que ces innovations quittent les laboratoires et les salles de conférence pour devenir des outils concrets entre les mains des producteurs.
Firmin DANNON









