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Bénin : l’essence flambe, les transporteurs suffoquent

À Parakou, le litre d’essence vendu dans le circuit informel entre 800 et 1 000 FCFA atteint jusqu’à 2 000 FCFA, voire davantage dans certaines localités du Nord. Entre files d’attente dans les stations-service, baisse des revenus des transporteurs et hausse du coût de la vie, la flambée du carburant pèse lourdement sur les ménages et les activités économiques.

Le carburant devient un luxe pour de nombreux Béninois. Depuis plusieurs semaines, la hausse des prix de l’essence dans le circuit informel complique les déplacements et fragilise les activités économiques. À Parakou, dans le département du Borgou, le litre se négocie entre 800 et 1 000 FCFA. La situation est encore plus préoccupante dans certaines communes de l’Atacora et de la Donga, où les prix atteignent 2 000 FCFA, voire 2 500 FCFA dans certaines localités, selon Jacques Degbey, journaliste intervenu depuis Parakou sur Canal 3 Bénin.

Cette flambée contraste avec les tarifs pratiqués quelques semaines auparavant, lorsque le litre se vendait généralement entre 600 et 700 FCFA sur le marché informel. Désormais, les consommateurs doivent dépenser davantage pour une même quantité de carburant. Pour les travailleurs qui dépendent quotidiennement de leur moto ou de leur véhicule, cette hausse réduit directement le budget disponible pour l’alimentation, les soins et les autres besoins essentiels.

Des stations-service prises d’assaut

Face à la cherté de l’essence vendue dans le circuit informel, de nombreux usagers se tournent vers les stations-service. Mais cette solution ne garantit pas un approvisionnement rapide. À Parakou, de longues files d’attente sont observées devant les pompes, avec parfois des ruptures temporaires.

« Au niveau des stations, la situation est beaucoup plus reluisante », explique Jacques Degbey, qui évoque néanmoins une augmentation de 25 FCFA sur le litre, passé de 725 à 750 FCFA à la pompe, selon les données rapportées lors de son intervention.

Le problème se situe donc à deux niveaux : le prix élevé de l’essence dans le circuit informel et les difficultés d’accès au carburant réglementé. Cette combinaison place les usagers devant un choix difficile : payer plus cher auprès des vendeurs informels ou patienter longuement dans les stations-service, sans certitude d’être servi.

Le porte-parole du gouvernement et le responsable du secteur pétrolier évoqués au cours de l’émission ont, pour leur part, expliqué les tensions dans les stations par une demande exceptionnellement élevée. Des consommateurs habituellement approvisionnés dans le circuit informel se seraient reportés vers les pompes. Cette explication permet de distinguer les tensions d’approvisionnement observées sur le terrain d’une éventuelle pénurie générale dans le circuit officiel.

Les transporteurs travaillent à perte

Les conducteurs de taxi-moto, les chauffeurs de taxi interurbain et les autres professionnels du transport figurent parmi les premières victimes de cette crise. Leur activité dépend directement du prix du carburant. Lorsque celui-ci augmente brutalement, ils doivent choisir entre relever leurs tarifs, au risque de perdre des clients, ou maintenir des prix qui ne couvrent plus leurs dépenses.

Au parc automobile B de Parakou, également connu sous le nom d’autogare de Tiarou, Jacques Degbey dit avoir constaté une baisse de la fréquentation et l’immobilisation de certains véhicules. « Certains m’ont confié avoir carrément garé leurs véhicules pour ne pas continuer à tourner à perte », rapporte-t-il.

Cette situation révèle le cercle vicieux dans lequel se retrouvent les transporteurs. Le carburant coûte plus cher, les frais d’exploitation augmentent et les voyageurs, eux-mêmes confrontés à la hausse du coût de la vie, refusent ou ne peuvent pas supporter les nouveaux tarifs. Résultat : les recettes diminuent alors que les dépenses progressent.

Les conséquences dépassent les seules difficultés des conducteurs. Moins de véhicules en circulation peut signifier des déplacements plus compliqués pour les travailleurs, les commerçants, les élèves et les personnes qui doivent rejoindre une autre ville pour des raisons familiales ou professionnelles.

Les voyageurs et les commerçants également touchés

La crise affecte aussi les voyageurs, dont certains renoncent à leurs déplacements ou revoient leurs budgets. D’autres maintiennent leurs projets par nécessité, mais doivent consentir des dépenses supplémentaires.

« Cette inflation n’arrange personne, ni chauffeur, ni conducteur de taxi-moto, ni passager, encore moins commerçant », résume le journaliste Jacques Degbey.

Pour les commerçants, la hausse du carburant renchérit le transport des marchandises. Les produits acheminés depuis d’autres villes peuvent ainsi coûter plus cher, en particulier lorsque les frais de déplacement représentent une part importante du prix final. Si ces surcoûts sont répercutés sur les prix de vente, les consommateurs subissent une deuxième conséquence de la crise : la hausse des denrées et des produits de première nécessité.

Les ménages modestes sont particulièrement exposés. Contraints de consacrer une part plus importante de leurs revenus au transport et à l’alimentation, ils disposent de moins de moyens pour les autres dépenses. Cette pression peut également ralentir les activités commerciales et les services qui dépendent des déplacements.

Le Nigeria et les difficultés d’approvisionnement en cause

Interrogé sur les origines de cette flambée, Jacques Degbey cite plusieurs facteurs. Le premier est la suppression de la subvention sur les carburants au Nigeria, décidée par le président Bola Ahmed Tinubu dès son arrivée au pouvoir, le 29 mai 2023. Cette décision a profondément modifié les conditions du marché pétrolier nigérian et influencé les prix dans les pays voisins qui dépendent en partie de ce circuit d’approvisionnement.

Le journaliste évoque également les tensions géopolitiques au Moyen-Orient, les fluctuations des cours internationaux du pétrole et les difficultés de transport liées à la saison pluvieuse. Les pluies et la montée des eaux peuvent compliquer l’acheminement du carburant depuis le Nigeria vers certaines localités béninoises. Les tracasseries aux frontières sont aussi citées parmi les difficultés rapportées par les acteurs du secteur informel.

Ces éléments doivent toutefois être distingués : la suppression d’une subvention, les variations des cours mondiaux et les difficultés logistiques n’agissent pas de la même manière. Leur poids respectif dans la hausse actuelle nécessite des données complémentaires sur les circuits d’approvisionnement et les coûts pratiqués.

Le journaliste rappelle par ailleurs que la raffinerie Dangote, située au Nigeria, constitue un élément important de l’évolution du marché régional. Cependant, le développement du raffinage local ne suffit pas, à lui seul, à garantir des prix bas dans les pays voisins. La disponibilité des produits, les coûts de distribution, les règles commerciales et les conditions de transport restent déterminants.

Une réponse attendue pour protéger le pouvoir d’achat

La hausse du carburant ne se limite pas à une difficulté ponctuelle à la pompe. Elle peut se transmettre à l’ensemble de l’économie, en augmentant le coût des transports, de la production et de la distribution. Les entreprises doivent alors absorber des dépenses supplémentaires ou les répercuter sur leurs clients.

Face à cette situation, Jacques Degbey estime qu’une réflexion des autorités est nécessaire pour atténuer les difficultés des populations, notamment les plus modestes. Toute réponse devra cependant tenir compte de plusieurs impératifs : garantir l’approvisionnement des stations, améliorer la distribution, surveiller les pratiques spéculatives et limiter les effets de la hausse sur les ménages.

La crise pose ainsi une question essentielle : comment garantir un accès régulier au carburant à un coût supportable, sans créer de déséquilibres supplémentaires pour les finances publiques ?

En attendant une amélioration, transporteurs, voyageurs et commerçants continuent de subir les effets d’un carburant devenu trop cher pour de nombreux usagers. Et lorsque le transport devient plus coûteux, c’est toute la chaîne économique, du producteur au consommateur, qui en ressent les conséquences.

Firmin DANNON

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