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Crue de l’Ouémé : plus de 11 écoles fermées, des hectares de cultures engloutis à Adjohoun

Crue de l’Ouémé : plus de 11 écoles fermées, des hectares de cultures engloutis à Adjohoun

La montée des eaux du fleuve Ouémé prend une tournure préoccupante dans la commune d’Adjohoun. Plusieurs villages sont touchés, des exploitations agricoles sont dévastées et plus de 11 écoles ont dû fermer leurs portes. Face à cette situation, le maire Félicien Hounkanrin appelle les populations à la vigilance et sollicite la solidarité pour venir en aide aux sinistrés.

La situation devient de plus en plus préoccupante dans la basse vallée de l’Ouémé. À Adjohoun, la montée des eaux perturbe les activités économiques, fragilise les conditions de vie des populations et menace la continuité des activités scolaires. Invité de Dr Thanguy Agoï, le maire Félicien Hounkanrin a dressé un tableau alarmant des conséquences de cette crue, qui touche désormais des localités habituellement moins exposées.

« Plusieurs arrondissements sont touchés, d’autres sont complètement dans l’eau », a-t-il expliqué. Au-delà des dégâts matériels, les habitants subissent la destruction de leurs récoltes et la perte de leurs biens, parfois après avoir été surpris pendant la nuit par l’envahissement des eaux dans leurs habitations. Une situation qui accentue la vulnérabilité des familles, notamment celles dont les revenus dépendent essentiellement de l’agriculture.

Une crue particulièrement forte, l’alerte passe au rouge

Le niveau de risque s’est aggravé au fil des jours. Alors que l’alerte était encore orange lors de la première descente du maire sur le terrain, elle est désormais passée au rouge. Selon Félicien Hounkanrin, certains dispositifs d’alerte précoce sont eux-mêmes submergés par les eaux.

« Cette année, particulièrement, c’est la grande crue, comme on le dit dans le milieu », a-t-il souligné.

Cette évolution traduit l’ampleur du phénomène et complique les efforts de prévention. Lorsque les systèmes de surveillance sont submergés, l’anticipation devient plus difficile et les populations disposent de moins de repères pour évaluer le danger. La situation exige donc une vigilance renforcée, surtout dans les zones où l’eau progresse rapidement.

Le maire indique qu’environ 40 villages sur les 66 que compte la commune sont touchés, à des degrés divers. Face à cette progression, la mairie multiplie les actions de sensibilisation avec les chefs de village, les relais communautaires, les conseils locaux et les services de protection civile. Les personnes les plus vulnérables, notamment les enfants, les personnes âgées, les femmes enceintes et les personnes en situation de handicap, font l’objet d’une attention particulière.

Maïs, manioc, piment : les producteurs paient un lourd tribut

À Adjohoun, les inondations frappent de plein fouet le secteur agricole. Les premières estimations communiquées par le maire font état de plus de 80 hectares de maïs, de 67 hectares de manioc et de 90 hectares de piment détruits ou affectés par les eaux.

Ces pertes représentent un coup dur pour les producteurs, dont les récoltes constituent souvent la principale source de revenus. La destruction des champs menace non seulement les ressources des ménages, mais aussi leur capacité à financer la prochaine campagne agricole. Elle pourrait également accentuer les difficultés économiques des familles si les eaux tardent à se retirer.

Le recensement des dégâts se poursuit avec la plateforme communale de réduction des risques de catastrophe. « Les dégâts s’augmentent chaque jour parce que ça continue et les victimes s’ajoutent chaque jour que Dieu fait », a déclaré Félicien Hounkanrin.

Autre motif d’inquiétude : certaines zones qui échappaient habituellement aux inondations sont désormais touchées. Cette extension du phénomène surprend les producteurs et complique leur capacité à anticiper les pertes.

Plus de 11 écoles fermées, près de 500 apprenants concernés à Danou

Les conséquences de la crue dépassent le seul cadre agricole. L’éducation est également affectée, alors que les élèves viennent à peine de reprendre le chemin de l’école. À ce jour, plus de 11 établissements scolaires ont été fermés dans la commune, selon le maire, en raison des risques liés à la montée des eaux.

À Danou, près de 500 apprenants seraient concernés par la suspension des cours, d’après les informations évoquées lors de l’entretien. La fermeture des écoles répond à une nécessité évidente : éviter que les élèves et les enseignants ne soient exposés au danger. Mais cette mesure fait planer une nouvelle menace sur le déroulement normal de l’année scolaire.

Pour limiter le retard, des concertations ont déjà été engagées avec les enseignants et leurs responsables. « Au retrait de l’eau, ils pourront ajuster leurs calendriers et leurs agendas pour rattraper le retard constaté », a assuré le maire.

Cette perspective reste toutefois conditionnée à la durée de la crue. Plus les écoles resteront fermées, plus le rattrapage des cours exigera une organisation rigoureuse, particulièrement pour les candidats aux examens nationaux.

Les populations hésitent à quitter leurs habitations

Malgré les risques, certaines familles refusent encore de quitter leurs habitations inondées. Pour le maire, cet attachement au cadre de vie habituel, combiné au manque de sites d’accueil adaptés, explique en partie cette résistance.

« Quand vous devez déplacer 5 000 personnes, 10 000 personnes, même 20 000 personnes, il faut apprêter des locaux et des cadres pour leur permettre d’être dans des conditions d’hygiène et de vie agréables », a-t-il expliqué.

L’absence de centres d’accueil suffisamment équipés constitue ainsi un obstacle majeur aux opérations de mise en sécurité. Certaines personnes préfèrent rester dans des zones dangereuses plutôt que de rejoindre des écoles ou des maisons des jeunes, notamment lorsqu’elles ne disposent pas de proches sur la terre ferme.

Pourtant, le danger ne concerne pas seulement les biens matériels. Le maire affirme qu’aucune perte en vie humaine n’avait encore été enregistrée dans la commune au moment de son intervention. Préserver ce bilan humain demeure une priorité, alors que les eaux continuent de progresser.

Un retrait des eaux espéré d’ici fin novembre

Habituellement, la période de crue s’étend de la fin juillet à la fin octobre, selon le maire. Cette année, cependant, la montée des eaux a connu un retard inhabituel. Au lieu d’amorcer leur retrait en octobre, les eaux ont gagné en puissance durant ce mois.

« Nous espérons que ça ne va pas traîner autant et qu’à partir de mi-novembre, fin novembre au plus tard, nous puissions retrouver nos terres agricoles et reprendre la production », a indiqué Félicien Hounkanrin.

Cette échéance demeure un espoir, et non une certitude. La durée réelle des inondations dépendra de l’évolution du niveau du fleuve. En attendant, les producteurs, les familles sinistrées et les élèves restent suspendus à l’évolution de la situation.

En conclusion, le maire lance un appel à la solidarité des personnes de bonne volonté et des organisations susceptibles d’apporter une assistance aux populations en détresse. Il invite également les habitants à respecter les consignes de sécurité et à rejoindre les zones non inondées lorsque leur situation l’exige.

À Adjohoun, l’urgence est double : protéger les vies humaines et préparer la reprise des activités après le retrait des eaux. La mobilisation des autorités, des communautés et des partenaires sera déterminante pour limiter les conséquences de cette crue.

Firmin DANNON

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