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Pisciculture au Bénin : pourquoi le pays importe encore autant de poissons malgré son potentiel ?

La pisciculture représente une possibilité de création d’emplois et de réduction des importations de poissons au Bénin. Pourtant, la production reste insuffisante face à la demande nationale. Coût élevé de l’alimentation des poissons, accès difficile au financement et mortalité dans les élevages freinent encore le développement de la filière, selon Casimir Loko Danon, technicien en pisciculture.

Le Bénin dispose d’un potentiel pour développer la production locale de poissons. Pourtant, les étals continuent de dépendre en partie des importations pour satisfaire les besoins des consommateurs. Si la pisciculture suscite un intérêt croissant auprès des entrepreneurs, notamment des jeunes, elle peine encore à occuper une place suffisante dans l’approvisionnement du marché national.

Intervenant au téléphone dans l’émission animée par Dr Thanguy Agoï, Casimir Loko Danon, technicien en pisciculture à la ferme Africa Profish, à Ouidah, a expliqué les limites actuelles du secteur. Son constat est sans détour : la production nationale reste loin de couvrir la demande.

Une production locale encore insuffisante

Selon Casimir Loko Danon, la production nationale de poissons ne couvre qu’environ 40 % de la demande. Il précise que cette part provient principalement de la pêche maritime, de la pêche continentale et de la pisciculture.

« La production actuelle ne peut pas répondre à la demande sur place. Elle ne répond qu’à environ 40 % de la demande en poisson », a-t-il expliqué, avant de préciser que la pisciculture ne représenterait qu’environ 10 % de la demande nationale, selon son estimation.

Ces chiffres mettent en évidence le défi auquel fait face la filière. La pisciculture ne peut pas encore compenser la dépendance du pays aux poissons importés. Pourtant, son développement pourrait contribuer à renforcer l’offre locale, à créer des emplois et à générer des revenus pour les exploitants.

L’enjeu consiste donc à augmenter progressivement les volumes produits, sans négliger la qualité des poissons ni la rentabilité des fermes. Une production plus importante permettrait aussi de mieux répondre aux besoins des consommateurs, à condition que les poissons d’élevage restent accessibles financièrement.

L’aliment des poissons, le principal obstacle financier

Parmi les difficultés rencontrées par les pisciculteurs, le coût de l’alimentation arrive en tête. Selon le technicien, cette dépense représente environ 70 % des charges d’exploitation.

« Nous avons des problèmes pour accéder aux aliments de qualité et à bon prix », a-t-il indiqué.

Cette contrainte pèse directement sur les bénéfices des producteurs. Plus l’aliment coûte cher, plus il devient difficile de produire à un prix compétitif. Les exploitants doivent alors trouver un équilibre entre la quantité de nourriture nécessaire à la croissance des poissons, les dépenses engagées et le prix de vente final.

La question de l’alimentation est donc centrale pour l’avenir de la filière. Le développement d’aliments locaux de bonne qualité, proposés à des prix accessibles, pourrait réduire les coûts de production. Il permettrait également de rendre les exploitations moins dépendantes des produits coûteux disponibles sur le marché.

À cette difficulté s’ajoutent le prix des infrastructures, l’accès limité au financement et les problèmes de mortalité des poissons. Autant de facteurs qui fragilisent les exploitations, particulièrement celles qui disposent de moyens financiers réduits.

La pisciculture est-elle rentable pour les jeunes ?

Malgré ces obstacles, la pisciculture peut constituer une activité économique intéressante, selon Casimir Loko Danon. Pour illustrer son propos, il prend l’exemple d’un élevage de tilapias sur un cycle de six mois.

« Avec un investissement de 900 000 francs CFA, vous pouvez générer jusqu’à 1 200 000 ou 1 300 000 francs CFA à la fin du cycle de six mois », a-t-il avancé.

Il précise toutefois qu’il s’agit d’un exemple et que des investissements plus modestes peuvent également permettre de démarrer une activité.

« Même avec 50 000 francs CFA, vous pouvez commencer. Même avec 100 000 francs CFA, vous pouvez commencer », a-t-il affirmé.

Ces montants doivent néanmoins être considérés comme des exemples avancés par le technicien, et non comme une garantie de bénéfice. La rentabilité dépend notamment du coût des alevins, de l’alimentation, des installations, du suivi technique, du taux de survie des poissons et du prix de vente.

Pour un jeune qui souhaite se lancer, l’essentiel est donc de préparer un budget réaliste et de maîtriser les bases de l’élevage avant d’engager ses économies. Commencer petit peut limiter les risques, mais ne dispense pas d’une bonne formation ni d’un suivi rigoureux.

Les associations, un levier pour renforcer les producteurs

Au-delà des moyens financiers, l’organisation des pisciculteurs représente un autre défi. Selon Casimir Loko Danon, certains producteurs préfèrent travailler seuls, notamment en raison d’intérêts individuels.

« Il y a les égoïsmes personnels qui font que beaucoup de pisciculteurs préfèrent être en solo », a-t-il regretté.

Pourtant, le regroupement des acteurs pourrait faciliter les achats d’aliments en quantité, le partage d’expériences, l’accès à la formation et les démarches auprès des structures de financement. En se réunissant, les producteurs auraient également davantage de poids pour défendre leurs intérêts.

Le technicien souligne cependant que des associations de pisciculteurs commencent à se développer dans plusieurs localités. Cette dynamique pourrait favoriser une meilleure structuration de la filière, à condition que les organisations dépassent le cadre formel et proposent des services concrets à leurs membres.

Quel rôle pour l’État dans le développement de la filière ?

Casimir Loko Danon reconnaît les efforts déjà engagés pour promouvoir la pisciculture au Bénin. Il cite notamment des projets d’accompagnement, dont le ProMAC, ainsi que les initiatives visant à améliorer la disponibilité de l’alimentation produite localement.

« Il y a déjà plusieurs projets […] à partir desquels des efforts sont faits pour la production de l’aliment local pour les pisciculteurs », a-t-il souligné.

Il estime néanmoins que les interventions doivent davantage se traduire par un accompagnement concret sur le terrain. Pour les producteurs, l’enjeu ne se limite pas à l’existence de programmes : il faut aussi pouvoir accéder aux dispositifs proposés, obtenir des conseils techniques et bénéficier de solutions adaptées aux réalités des exploitations.

Un soutien plus accessible au financement, une meilleure disponibilité des aliments et un accompagnement technique régulier pourraient aider les exploitants à augmenter leur production. La lutte contre la mortalité des poissons et l’amélioration des infrastructures restent également essentielles.

Changer les habitudes de consommation pour soutenir la production locale

Le développement de la pisciculture dépend aussi de la demande. Pour prospérer, les producteurs doivent trouver des débouchés réguliers et convaincre davantage de consommateurs d’acheter les poissons issus de l’élevage.

Casimir Loko Danon évoque les actions de sensibilisation organisées autour des produits halieutiques, notamment les journées consacrées à la promotion du poisson. Il mentionne également les obstacles culturels et religieux qui, selon lui, limitent la consommation de certaines espèces dans certaines communautés.

Cette réalité rappelle que l’augmentation de la production ne suffit pas à elle seule. Les acteurs doivent aussi travailler sur la commercialisation, la qualité des produits, leur disponibilité et leur accessibilité financière. Une meilleure information des consommateurs pourrait contribuer à élargir les débouchés, tout en respectant les habitudes et les convictions de chacun.

La pisciculture, une opportunité à transformer en résultats

Au Bénin, la pisciculture offre des perspectives pour l’entrepreneuriat, l’emploi des jeunes et le renforcement de la production nationale. Mais le potentiel ne deviendra une véritable réponse aux importations que si les producteurs parviennent à réduire leurs coûts, à améliorer leurs techniques et à sécuriser leurs débouchés.

Pour Casimir Loko Danon, les initiatives existantes doivent se poursuivre et se renforcer sur le terrain. La mobilisation des pouvoirs publics, des organisations professionnelles et des entrepreneurs sera déterminante.

L’objectif est clair : produire davantage de poissons au Bénin, dans de meilleures conditions et à des prix compétitifs. Pour y parvenir, la filière devra dépasser les difficultés actuelles et transformer les possibilités offertes par la pisciculture en résultats concrets pour les producteurs comme pour les consommateurs.

Firmin DANNON

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