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Cancer du sein chez l’homme : le mal silencieux qui inquiète au Bénin

Souvent associé aux femmes, le cancer du sein touche également les hommes. Au Bénin, le manque de données précises, les préjugés et la peur du regard des autres compliquent la sensibilisation et retardent parfois les consultations. Invité de l’émission Actu Matin, Barnabé AWOUDE, infirmier d’État et spécialiste des soins palliatifs au service du CHD Zou, alerte sur les signes à surveiller et l’importance d’un diagnostic précoce.

Le cancer du sein n’est pas exclusivement une maladie de femmes. Pourtant, cette idée reste profondément ancrée dans les mentalités. À l’occasion d’Octobre Rose, mois consacré à la lutte contre cette maladie, le journaliste sportif et chroniqueur santé Firmin DANNON a consacré un dossier de l’émission Actu Matin, présentée par le Dr Thanguy AGOÏ, à une réalité encore peu connue du grand public : le cancer du sein chez les hommes. Au-delà de sa rareté, cette maladie pose un véritable problème de santé publique, notamment en matière d’information, de prévention et de prise en charge.

Au Bénin, des cas encore peu documentés

Le cancer du sein chez l’homme reste relativement rare, mais il existe bel et bien. Lors de son intervention, Barnabé AWOUDE a souligné les difficultés liées à la disponibilité des données nationales. « Au Bénin, les chiffres sont peu connus », a-t-il expliqué, regrettant que les hommes soient parfois exclus de certaines études consacrées à cette maladie.

Pour illustrer cette réalité, l’infirmier d’État a évoqué des données internationales et africaines, avant de mentionner une recherche ayant recensé quatre cas au Centre national hospitalier de Cotonou. Ces chiffres, présentés au cours de l’émission, doivent toutefois être interprétés avec prudence : ils ne permettent pas, à eux seuls, de mesurer le nombre total de cas au Bénin.

Cette insuffisance de données révèle un problème plus profond. Lorsqu’une maladie est presque systématiquement associée à une catégorie de personnes, les autres populations concernées risquent de passer au second plan. Or, l’absence de statistiques complètes ne signifie nullement l’absence de malades. Elle souligne plutôt la nécessité d’améliorer le dépistage, la documentation des cas et la sensibilisation du public.

Une boule au sein, un mamelon rétracté : les signes à ne pas négliger

Chez l’homme, certains changements au niveau du sein doivent attirer l’attention. Selon Barnabé AWOUDE, la vigilance commence par l’observation de toute modification inhabituelle, même lorsqu’elle ne provoque aucune douleur.

« Vous sentez un petit boule qui est dure », a-t-il expliqué en décrivant l’un des signes possibles. Il a également cité la rétraction du mamelon, c’est-à-dire lorsque celui-ci rentre vers l’intérieur, ainsi que les écoulements anormaux, qui peuvent parfois contenir du sang.

La présence de petites masses au niveau des aisselles peut également constituer un signe d’alerte, notamment lorsqu’il s’agit de ganglions inhabituels. Ces manifestations ne signifient pas automatiquement qu’il s’agit d’un cancer. Cependant, elles justifient une consultation médicale rapide afin d’en déterminer la cause.

L’enjeu est donc de ne pas attendre que la douleur apparaisse ou que la situation s’aggrave avant de consulter. Une anomalie persistante du sein chez un homme mérite une évaluation médicale. Seul un professionnel de santé, à l’aide des examens nécessaires, peut établir un diagnostic fiable.

L’âge et les antécédents familiaux parmi les facteurs de risque

Le cancer du sein chez l’homme survient plus fréquemment à un âge avancé. Au cours de l’entretien, Barnabé AWOUDE a notamment évoqué les hommes de plus de 60 ans. Il a aussi insisté sur le rôle des facteurs génétiques et des antécédents familiaux.

Lorsqu’un cancer du sein a déjà touché un membre de la famille, le risque peut être plus élevé, en particulier dans certaines familles porteuses de prédispositions génétiques. Toutefois, l’absence d’antécédents familiaux ne garantit pas une protection absolue.

« On peut ne pas avoir les facteurs de risque et pourtant bien développer » la maladie, a rappelé le spécialiste. Cette précision est essentielle : connaître les facteurs de risque aide à mieux comprendre la maladie, mais ne permet pas de prédire avec certitude qui sera touché.

Le professionnel a également abordé l’exposition aux rayonnements et certaines particularités hormonales. Ces éléments doivent néanmoins être considérés avec discernement. Tous les travailleurs exposés à des risques professionnels ne développeront pas un cancer, et la présence de seins plus développés chez un homme ne signifie pas systématiquement qu’il est atteint de cette maladie.

Gynécomastie et cancer : deux réalités à ne pas confondre

Au cours de l’émission, la question du développement des seins chez certains hommes a également été soulevée. Ce phénomène, appelé gynécomastie, correspond à une augmentation du tissu glandulaire mammaire masculin. Il peut notamment être lié à un déséquilibre hormonal, à certains médicaments ou à des problèmes de santé.

Barnabé AWOUDE a évoqué le syndrome de Klinefelter, une particularité chromosomique généralement caractérisée par la présence d’un chromosome X supplémentaire chez un homme, le plus souvent avec un caryotype XXY. Cette condition peut s’accompagner de modifications hormonales et d’un développement mammaire.

Il convient toutefois de faire une distinction importante : la gynécomastie n’est pas un cancer et ne signifie pas automatiquement qu’un cancer va apparaître. Les deux situations peuvent présenter certaines ressemblances, d’où l’intérêt d’un examen médical lorsqu’une modification du sein est constatée.

Cette distinction permet d’éviter deux erreurs : banaliser une anomalie potentiellement sérieuse ou, à l’inverse, considérer toute augmentation du volume des seins chez un homme comme un signe de cancer. Dans les deux cas, l’examen médical reste la meilleure démarche.

La honte et les préjugés retardent les consultations

Au-delà des aspects médicaux, le regard de la société constitue un obstacle majeur. Dans un environnement où l’homme est souvent présenté comme celui qui doit être fort et ne jamais montrer ses fragilités, parler d’une maladie associée aux seins peut devenir difficile.

« Notre société est patriarcale, l’homme doit rester fort, l’homme est le pilier du foyer », a relevé Barnabé AWOUDE. Selon lui, cette conception contribue à la réticence de certains hommes à consulter lorsqu’ils constatent une anomalie au niveau de leur poitrine.

À cette pression sociale s’ajoute la croyance selon laquelle le cancer du sein serait exclusivement féminin. Certains hommes préfèrent alors garder le silence, recourir à des pommades ou à des remèdes traditionnels, plutôt que de se rendre dans un centre de santé. Le spécialiste a déploré que des patients finissent parfois par consulter tardivement.

Ce comportement peut avoir des conséquences importantes. Lorsqu’un cancer est diagnostiqué à un stade avancé, les possibilités de traitement peuvent être plus limitées et la prise en charge plus complexe. Briser le silence devient donc une nécessité sanitaire, mais aussi sociale. Un homme qui consulte pour un problème au sein ne doit faire l’objet ni de moqueries ni de jugements.

Octobre Rose doit aussi parler aux hommes

La sensibilisation contre le cancer du sein ne doit pas s’arrêter aux femmes. Si celles-ci représentent la grande majorité des personnes touchées, les hommes doivent également recevoir une information claire sur les signes d’alerte, les facteurs de risque et les possibilités de prise en charge.

Pour le Bénin, l’enjeu consiste notamment à renforcer les campagnes d’information, à encourager les consultations précoces et à mieux documenter les cas masculins. Les professionnels de santé, les médias et les familles ont chacun un rôle à jouer pour faire reculer les idées reçues.

Le message à retenir est simple : un homme peut développer un cancer du sein, même s’il ne présente aucun antécédent familial connu. Une boule inhabituelle, un mamelon qui se rétracte ou un écoulement anormal ne doivent pas être ignorés.

À travers ce dossier d’Actu Matin, Firmin DANNON et son invité Barnabé AWOUDE rappellent ainsi que la lutte contre le cancer du sein exige de dépasser les stéréotypes. Octobre Rose ne doit pas seulement inviter les femmes à prendre soin de leur santé. Il doit aussi encourager les hommes à regarder la réalité en face, à consulter sans honte et à comprendre qu’en matière de santé, demander de l’aide est un acte de responsabilité.

Firmin DANNON

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