Onze ans après la disparition de Mathieu Kérékou, son nom continue de circuler dans les familles, les discussions et les souvenirs transmis d’une génération à l’autre. À Cotonou, Michel, Estelle, Léontine, jeune élève, et Loïc livrent leurs perceptions de l’ancien président. Leurs témoignages soulèvent une question essentielle : comment transmettre l’histoire politique du Bénin à ceux qui ne l’ont pas vécue ?
Décédé le 14 octobre 2015, Mathieu Kérékou a marqué plusieurs décennies de la vie politique nationale, entre régime révolutionnaire et renouveau démocratique. Onze ans après sa disparition, une partie de la jeunesse béninoise connaît surtout son nom, son surnom ou quelques épisodes de son parcours, sans avoir vécu son passage au pouvoir.
Mais connaître son nom ne signifie pas nécessairement maîtriser son histoire. À travers les témoignages recueillis à Cotonou, une préoccupation se dessine : celle de mieux faire connaître aux jeunes les événements, les décisions et les personnalités qui ont façonné le pays.
Michel découvre Kérékou à travers les récits familiaux
Michel reconnaît que ses connaissances sur l’ancien président proviennent principalement de ses parents. N’ayant pas de souvenirs précis de son passage au pouvoir, il s’appuie sur les récits familiaux pour comprendre la place qu’il occupe dans l’histoire du Bénin.
« Je n’étais pas assez grand pour vraiment connaître Mathieu Kérékou. C’est surtout à travers mes parents que j’entends parler de lui. Ils me disent qu’il a beaucoup compté dans l’histoire du pays et qu’il avait une personnalité particulière. Mais j’aimerais en apprendre davantage sur son parcours », confie-t-il.
Son témoignage illustre le rôle des familles dans la transmission de la mémoire collective. Toutefois, les souvenirs personnels, aussi précieux soient-ils, gagnent à être complétés par des documents historiques et des témoignages variés. C’est à cette condition que les jeunes peuvent se construire une connaissance plus complète du passé.
Estelle connaît surtout le surnom du « Caméléon »
Pour Estelle, Mathieu Kérékou est notamment associé au surnom de « Caméléon ». Elle connaît quelques éléments de son parcours, mais reconnaît ne pas en maîtriser toutes les étapes.
« Je connais Mathieu Kérékou à travers son surnom, le Caméléon. J’ai entendu dire qu’il avait changé de position politique au cours de sa carrière. Je sais aussi qu’il a dirigé le Bénin pendant longtemps. Mais je ne connais pas tous les détails de son histoire », explique-t-elle.
Ce surnom, souvent associé à la capacité de l’ancien président à s’adapter aux changements politiques, témoigne de la place qu’il occupe dans l’imaginaire collectif. Mais réduire son parcours à cette seule appellation risquerait de masquer la complexité de son action et les différentes périodes de sa présidence.
Léontine souhaite que l’histoire soit davantage enseignée
Jeune élève, Léontine connaît Mathieu Kérékou comme un ancien président du Bénin, sans avoir vécu son époque. Pour elle, les établissements scolaires et les médias ont un rôle à jouer dans la transmission de son histoire.
« Je connais son nom et je sais qu’il a été président du Bénin. Mais je n’ai pas vécu cette période, donc je me base surtout sur ce que j’entends autour de moi. Je pense qu’il faudrait davantage parler de son histoire dans les écoles et les médias pour que les jeunes comprennent ce qu’il a apporté au pays, mais aussi les erreurs de son époque », estime-t-elle.
Cette demande souligne un enjeu majeur : enseigner l’histoire politique sans la transformer en célébration d’un dirigeant ou en procès systématique. Présenter les faits, expliquer leur contexte et confronter plusieurs points de vue permet aux élèves de développer leur esprit critique.
Loïc plaide pour une mémoire complète
Loïc estime, lui aussi, que les jeunes doivent aller au-delà du nom de Mathieu Kérékou pour mieux comprendre son parcours et son influence sur le Bénin.
« Pour ma génération, Mathieu Kérékou est surtout une figure historique. On voit son nom associé au stade de l’Amitié et on l’entend dans les discussions politiques. Mais connaître son nom ne signifie pas forcément connaître son histoire. Il faut donner la parole aux personnes qui l’ont côtoyé et consulter les archives pour transmettre aux jeunes une mémoire complète, sans cacher les pages difficiles », affirme-t-il.
Son propos renvoie à la responsabilité des médias, des historiens et des institutions éducatives. Les témoignages des anciens, les archives et les recherches historiques peuvent aider à distinguer les faits établis des souvenirs personnels et des interprétations politiques.
Onze ans après la disparition de Mathieu Kérékou, les perceptions de Michel, Estelle, Léontine et Loïc révèlent un défi de transmission. Son histoire ne doit pas rester l’affaire des seules générations qui l’ont connu. La faire comprendre aux plus jeunes suppose de présenter son parcours dans toute sa complexité, avec ses avancées, ses contradictions et ses zones d’ombre. Car connaître le passé, c’est aussi se donner les moyens de mieux comprendre le présent et de préparer l’avenir du Bénin.
Firmin DANNON








