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Bénin : Wadagni met le numérique sous haute surveillance

Le président de la République, Romuald Wadagni, a créé un Comité national du numérique pour coordonner les projets digitaux de l’État. Cette nouvelle instance devra notamment encadrer les investissements numériques, suivre la modernisation de l’administration et anticiper les évolutions liées à l’intelligence artificielle et à la cybersécurité.

Le Bénin franchit une nouvelle étape dans la gouvernance de sa transformation numérique. Par le décret n° 2026-579 du 2 septembre 2026, le président de la République, Romuald Wadagni, a institué un Comité national du numérique. Sa mission : donner une orientation claire aux projets numériques de l’État, assurer leur suivi et renforcer leur cohérence. Derrière cette décision se pose un enjeu majeur : faire du numérique un véritable outil d’efficacité administrative, plutôt qu’une simple accumulation de plateformes et de services informatiques.

Un pilotage centralisé pour éviter la dispersion

Le Comité national du numérique aura pour responsabilité d’orienter, de piloter et de suivre la transformation numérique de l’État. Il devra également examiner les projets numériques structurants avant leur mise en œuvre. Cette mission est importante, car la multiplication des initiatives technologiques peut entraîner des dépenses redondantes, des systèmes incompatibles et une utilisation peu optimale des ressources publiques.

En centralisant le suivi de ces projets, les autorités entendent disposer d’une vision globale des actions engagées par les différentes structures publiques. L’objectif est de mieux coordonner les investissements, de définir des priorités et de suivre les résultats obtenus. Toutefois, l’efficacité du dispositif dépendra de sa capacité à transformer ces orientations en décisions concrètes et en améliorations perceptibles pour les citoyens.

Intelligence artificielle et cybersécurité au cœur des priorités

Le nouveau comité devra également assurer une veille technologique afin d’identifier les innovations susceptibles d’avoir des conséquences sur le Bénin. L’intelligence artificielle occupe une place particulière dans cette mission. Son développement ouvre des possibilités pour automatiser certaines tâches, améliorer le traitement des données et accélérer les services administratifs. Mais il soulève aussi des questions liées à la protection des données personnelles, à la fiabilité des informations et à la responsabilité dans la prise de décision.

La cybersécurité constitue un autre volet essentiel. Plus l’administration dépend des outils numériques, plus la protection des systèmes informatiques et des informations des citoyens devient déterminante. Les missions confiées au comité devront donc contribuer à mieux anticiper les risques, sans perdre de vue la nécessité de rendre les services publics accessibles et fiables.

Une organisation placée sous l’autorité du chef de l’État

Le Comité national du numérique sera présidé par le chef de l’État ou son représentant. Il réunira notamment le ministre chargé de la Transformation digitale, les directeurs généraux de l’Agence des systèmes d’information et du numérique, du Centre national d’investigations numériques et de l’Agence nationale de cybersécurité et de résilience. Trois personnalités seront également désignées en raison de leurs compétences.

Cette composition rassemble des responsables politiques et des acteurs institutionnels directement concernés par les enjeux numériques. Elle doit favoriser la coordination entre les structures chargées de concevoir, de déployer et de sécuriser les solutions technologiques publiques. La présence de personnalités qualifiées peut aussi contribuer à enrichir les réflexions, à condition que leur expertise soit pleinement mobilisée dans les décisions.

Le comité se réunira une fois par trimestre. Un secrétariat permanent sera chargé de suivre l’évolution des projets au moyen d’un tableau de bord actualisé chaque trimestre. Cet outil doit permettre d’identifier les avancées, les retards et les difficultés rencontrées. Au-delà du calendrier des réunions, la régularité de ce suivi sera déterminante pour mesurer les progrès réellement accomplis.

La dématérialisation, prochain test de cette stratégie

La création de cette instance s’inscrit dans une dynamique de modernisation administrative déjà engagée. Depuis son investiture, le 24 mai 2026, Romuald Wadagni a notamment mis en place un ministère de la Transformation digitale et de l’Innovation, confié à Mahuna Akplogan, avec un volet consacré à l’intelligence artificielle.

En juillet, une circulaire a également engagé la dématérialisation progressive des documents administratifs dans les services de l’État. Cette démarche vise à réduire l’utilisation du papier et les dépenses de fonctionnement. Elle pourrait aussi faciliter les démarches des usagers, limiter les déplacements et accélérer le traitement de certains dossiers, si les outils déployés répondent effectivement aux besoins du terrain.

Le défi sera toutefois de garantir un accès équitable à ces services. La modernisation numérique ne peut produire tous ses effets si une partie de la population rencontre des difficultés d’accès à Internet, manque d’équipements ou ne maîtrise pas les outils numériques. L’accompagnement des usagers et la formation des agents publics devront donc rester des préoccupations centrales.

Avec le Comité national du numérique, le Bénin se dote d’un mécanisme supplémentaire pour coordonner sa transformation digitale. Reste désormais à mesurer les effets de cette nouvelle organisation : meilleure maîtrise des dépenses, réduction des délais administratifs, sécurité renforcée et services publics plus accessibles. C’est sur ces résultats concrets, davantage que sur la création d’une nouvelle structure, que se jugera la portée de cette initiative.

Firmin DANNON

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