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Maraîchage au Bénin : les bio-intrants, une alternative pour produire mieux et durablement

Face aux risques liés aux intrants chimiques, les bio-intrants apparaissent comme une solution pour améliorer la qualité des légumes, préserver les sols et renforcer l’autonomie des producteurs. Mais leur adoption à grande échelle reste confrontée à des défis de disponibilité, de coût et d’efficacité immédiate.

Longtemps moins médiatisé que le coton, l’anacarde ou l’ananas, le maraîchage occupe pourtant une place importante dans l’agriculture béninoise. Tomate, piment, carotte et légumes-feuilles sont indispensables à l’alimentation des ménages et contribuent aux échanges commerciaux avec les pays voisins. Pour renforcer cette filière tout en préservant la santé des consommateurs et l’environnement, les bio-intrants constituent une piste prometteuse. C’est l’analyse du Dr Armel Mensah, chercheur spécialisé en cultures maraîchères à l’Institut national des recherches agricoles du Bénin (INRAB), reçu par le Dr Thanguy AGOÏ sur le plateau d’Actu Matin.

Le maraîchage, une filière qui compte dans l’agriculture béninoise

Contrairement à certaines perceptions, le maraîchage ne serait pas délaissé par les politiques agricoles nationales. Selon le Dr Armel Mensah, plusieurs programmes ont soutenu son développement, notamment le Projet d’appui au développement du maraîchage (PADMA) et le Programme national de développement des cultures maraîchères.

Ces initiatives visent notamment à améliorer la productivité, à faciliter l’accès à l’irrigation, à introduire des variétés améliorées et à renforcer l’accompagnement technique des producteurs. Pour le chercheur, ces efforts témoignent de la volonté de faire du maraîchage une véritable filière de développement agricole.

Au-delà des investissements, l’enjeu est aussi économique et alimentaire. Si les cultures de rente contribuent aux recettes d’exportation, les produits maraîchers répondent directement aux besoins quotidiens des populations. Leur disponibilité influence les habitudes alimentaires, les revenus des producteurs et les prix sur les marchés.

Le chercheur souligne également les progrès enregistrés dans l’organisation des acteurs et l’amélioration des pratiques de production. Il estime que la contribution du maraîchage au produit intérieur brut (PIB) avoisinerait 3 %. Ce chiffre mérite toutefois d’être confirmé par des données statistiques officielles précisant le périmètre retenu pour ce secteur.

Les risques des intrants chimiques au cœur des préoccupations

La question des intrants est devenue incontournable dans le développement du maraîchage. Pour lutter contre les ravageurs et améliorer les rendements, certains producteurs recourent à des produits chimiques dont l’utilisation inappropriée peut présenter des risques pour la santé humaine et l’environnement.

La situation est particulièrement préoccupante pour les légumes consommés frais. Lorsque les produits phytosanitaires sont mal choisis, mal dosés ou appliqués sans respecter les délais avant récolte, des résidus peuvent subsister sur les aliments. La mauvaise qualité de l’eau d’irrigation peut également favoriser la contamination des cultures.

Pour le Dr Armel Mensah, il devient donc nécessaire de promouvoir des solutions capables de réduire progressivement la dépendance aux intrants chimiques, sans compromettre la productivité des exploitations.

C’est dans cette perspective que les bio-intrants retiennent l’attention. Ils regroupent notamment des biofertilisants, des biostimulants et des amendements organiques. Selon leur nature, ils peuvent contribuer à nourrir les plantes, à améliorer la structure du sol ou à renforcer son activité biologique.

Toutefois, leur utilisation ne dispense pas les producteurs de respecter les bonnes pratiques agricoles. Les bio-intrants doivent être adaptés aux cultures, utilisés selon des doses appropriées et associés à une gestion rigoureuse de l’eau et des ravageurs.

Des résultats moins immédiats, mais des bénéfices à long terme

L’un des principaux obstacles à l’adoption des biofertilisants reste la lenteur de leur action. Contrairement aux engrais minéraux solubles, certains produits organiques doivent se décomposer avant de libérer progressivement les éléments nutritifs nécessaires aux plantes.

Cette différence peut décourager les maraîchers, particulièrement ceux qui cultivent des espèces à cycle court et recherchent des résultats rapides. Dans une activité où le temps de production influence directement les revenus, la rapidité d’action des intrants constitue un critère de choix important.

Le Dr Armel Mensah invite cependant à dépasser cette comparaison immédiate. Selon lui, les bio-intrants contribuent à améliorer la structure du sol et sa capacité à retenir les éléments minéraux et l’eau. Ces effets peuvent favoriser une fertilité plus durable, à condition que les produits soient de bonne qualité et correctement utilisés.

À l’inverse, l’emploi excessif ou inadapté d’engrais chimiques peut entraîner des pertes de nutriments et accentuer certains déséquilibres environnementaux. L’efficacité d’une fertilisation ne dépend donc pas uniquement de la rapidité avec laquelle un produit agit, mais aussi de sa capacité à répondre durablement aux besoins de la plante.

Pour les cultures maraîchères, la solution pourrait ainsi reposer sur une combinaison raisonnée des pratiques : fertilisation adaptée, amélioration de la matière organique, irrigation maîtrisée et lutte intégrée contre les ravageurs. Les bio-intrants ne remplacent pas systématiquement tous les intrants chimiques, mais ils peuvent contribuer à en réduire l’usage lorsque les conditions techniques le permettent.

Changement climatique : miser davantage sur les ressources locales

L’irrégularité des pluies, les difficultés d’accès à certains intrants et les effets du changement climatique compliquent le travail des maraîchers. Dans ce contexte, la capacité des producteurs à fabriquer ou à se procurer localement des bio-intrants représente un enjeu stratégique.

Le chercheur estime que les résidus agricoles, les matières organiques et certains sous-produits agro-industriels peuvent servir de ressources pour produire des amendements et des fertilisants organiques, après un traitement adapté.

Le compostage et le paillage peuvent également contribuer à préserver l’humidité du sol et à limiter son exposition directe au soleil. Ces pratiques sont particulièrement intéressantes lorsque les ressources en eau deviennent plus difficiles à mobiliser.

L’intérêt est double : réduire une partie de la dépendance aux approvisionnements extérieurs et valoriser des matières disponibles localement. Mais cette autonomie suppose un savoir-faire technique, un contrôle de la qualité et une production suffisamment régulière pour répondre aux besoins des exploitations.

Produire à grande échelle, le défi de l’industrialisation

Si les bio-intrants présentent des avantages potentiels, leur adoption massive se heurte encore à une difficulté majeure : les quantités nécessaires. Le Dr Armel Mensah rappelle que certains amendements organiques peuvent nécessiter des doses de l’ordre de 10 à 20 tonnes par hectare, selon le produit et les conditions d’utilisation.

Pour une exploitation de plusieurs dizaines d’hectares, les besoins deviennent considérables. La disponibilité des matières premières, le transport, le stockage, la transformation et le coût de la main-d’œuvre peuvent alors peser sur la rentabilité de la production.

La fabrication artisanale ne suffira donc pas nécessairement à répondre aux besoins des grandes exploitations. Il faudra structurer des unités de production capables de fournir des produits homogènes, accessibles et disponibles au bon moment.

C’est précisément l’un des objectifs de l’atelier régional consacré aux bio-intrants, ouvert à Cotonou le 19 octobre 2026, selon les informations présentées lors de l’émission. À l’initiative du Fonds international de développement agricole (FIDA), avec l’INRAB chargé de l’exécution de l’atelier, cette rencontre réunit des acteurs de la recherche, des producteurs, des entreprises privées, des ONG et des start-up venus de plusieurs pays.

Les échanges portent notamment sur les moyens de développer la production locale et de faciliter l’utilisation de ces solutions à plus grande échelle. L’accompagnement des jeunes entreprises et l’homologation des produits figurent parmi les leviers évoqués par le chercheur.

L’homologation est essentielle : elle permet de vérifier que les produits répondent aux exigences réglementaires applicables avant leur commercialisation. Elle doit aller de pair avec des essais d’efficacité, des contrôles de qualité et une information claire des utilisateurs.

Un changement de pratiques à construire avec les producteurs

Au Bénin, le développement des bio-intrants ne dépendra pas uniquement de la recherche ou de la volonté des pouvoirs publics. Les maraîchers devront aussi être convaincus de leur intérêt et disposer de conseils adaptés à leurs réalités.

Les producteurs ont besoin de connaître les doses à appliquer, les périodes d’utilisation, les cultures concernées et les résultats qu’ils peuvent raisonnablement espérer. Sans accompagnement technique ni démonstrations sur le terrain, la lenteur de certains effets et les volumes nécessaires risquent de freiner leur adoption.

La réussite de cette transition exige donc une approche progressive, fondée sur des résultats mesurables et des solutions économiquement viables. Elle suppose également de rendre les produits accessibles aux petits producteurs, qui jouent un rôle essentiel dans l’approvisionnement des marchés.

En définitive, les bio-intrants offrent au maraîchage béninois une possibilité de produire en préservant davantage les sols et les ressources naturelles. Mais leur potentiel ne se concrétisera que si la qualité, le coût, la disponibilité et l’efficacité des produits sont au rendez-vous. Pour le Bénin, l’enjeu est désormais de transformer cette alternative prometteuse en une solution concrète, accessible et durable pour les producteurs comme pour les consommateurs.

Firmin DANNON

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