Un dossier spécial a été consacré aux inondations majeures qui ont marqué l’histoire récente du Bénin de 1990 à nos jours. À travers une analyse rétrospective présentée par Donatien Fernando Sowanou, l’accent a été mis sur l’évolution des dégâts matériels, humains et agricoles, ainsi que sur la mutation progressive de la riposte des pouvoirs publics face à la furie de la nature.
Le Bénin fait face de manière récurrente à des crises hydrologiques d’envergure, dont l’acuité s’est intensifiée au fil des décennies sous l’effet combiné de la variabilité climatique et de la pression anthropique. D’abord 1991, les crues dans la région du Sud et le long des vallées affectent près de 400 000 sinistrés, nécessitant une aide humanitaire d’urgence face aux pertes de récoltes et au besoin pressant d’abris. Ensuite 2008, Cotonou, la vallée de l’Ouémé et le département du Mono enregistrent plus de 150 000 déplacés, une épidémie de choléra (192 cas déclarés), 18 000 maisons inondées et 25 000 hectares de cultures détruits.
Puis 2010, le pays frôle le paroxysme avec 55 communes touchées sur 77, faisant 43 morts, 680 000 personnes affectées et 150 000 déplacés. Plus de 55 000 habitations sont détruites et 500 000 hectares de cultures ravagés, pour des dégâts estimés à 127 milliards de francs CFA.
2012 : Principalement concentrées dans le nord (Karimama et Malanville) par la crue du fleuve Niger, les inondations font 15 morts, plus de 43 000 sinistrés et 3 000 habitations détruites, sur fond de recrudescence des maladies hydriques. En 2022, 40 communes touchées, 112 690 personnes sinistrées, plus de 1 300 ménages sans abri et des dizaines d’écoles submergées. Enfin 2026 (Bilan d’octobre), 52 communes affectées, 349 580 personnes touchées, de multiples ruptures de ponts et d’infrastructures pour des dommages provisoires évalués à 112,6 milliards de francs Cfa.
Face à ces catastrophes à répétition, la stratégie des pouvoirs publics a longtemps péché par son caractère essentiellement réactif et humanitaire, tributaire des aides internationales d’urgence jusqu’aux environs de 2015. Toutefois, un cap décisif a été franchi avec la mise en œuvre de projets structurants d’envergure, à l’instar du Programme d’Assainissement Pluvial de Cotonou (PAPC) doté de 264 milliards de francs CFA. Ce programme constitue aujourd’hui le pivot majeur des efforts de résilience urbaine pour endiguer les crues dans la métropole économique et ses environs.
Au-delà des infrastructures, les inondations frappent de plein fouet le secteur éducatif. Dans les zones critiques telles que la vallée de l’Ouémé ou le Mono, les cours sont totalement paralysés pendant des semaines : salles de classe inondées, manuels scolaires détruits, archives administratives ravagées et mobilier endommagé. Pis, de nombreux établissements épargnés par les eaux sont réquisitionnés pour servir de centres d’hébergement d’urgence aux familles sinistrées, retardant d’autant la rentrée académique.
À moyen terme, ces chocs récurrents alimentent le décrochage scolaire, l’échec aux examens et la baisse générale du niveau des élèves, piégeant les enfants des zones vulnérables dans un cycle de précarité. Sur le plan sanitaire, la promiscuité et la stagnation des eaux exposent les plus jeunes aux infections cutanées, au paludisme et aux maladies hydriques, alourdissant le tribut payé par les populations à chaque saison des pluies.
Donatien Fernando SOWANOU









