De l’INRAB aux installations de Biophyto Bénin, jusqu’aux plantations d’ananas biologiques de Zè, les participants à l’Atelier immersif régional BIO-PACT ont découvert, mercredi 21 octobre 2026, des solutions pour améliorer la production agricole. Mais derrière les promesses des bio-intrants, les producteurs font face à des défis de coût, de rendement et de préservation durable des sols.
Comment produire davantage sans épuiser les terres agricoles ni exposer les producteurs aux dangers de certains produits chimiques ? Cette question a guidé la troisième journée de l’Atelier immersif régional organisé dans le cadre du projet BIO-PACT, consacré au partenariat Sud-Sud sur les bio-intrants. Le mercredi 21 octobre 2026, les participants ont quitté les salles de discussion pour se rendre sur le terrain. Objectif : observer les technologies développées par la recherche, découvrir les procédés de fabrication des bio-intrants et apprécier leur utilisation dans les exploitations agricoles.

Cette immersion a conduit les délégations à l’Institut national des recherches agricoles du Bénin (INRAB), chez Biophyto Bénin S.A., puis sur un périmètre d’ananas biologiques à Zè. Trois étapes complémentaires pour comprendre une même réalité : la transition vers une agriculture plus durable dépend autant de l’innovation scientifique que de la capacité des producteurs à accéder aux solutions disponibles et à en tirer des revenus suffisants.
À l’INRAB, la recherche au service des producteurs
La première étape de cette visite de terrain s’est déroulée au Parc de technologies et d’innovations de l’INRAB, au Centre de recherches agricoles à vocation nationale basé à Niaouli. Les participants ont pu découvrir plusieurs variétés agricoles présentées dans les parcelles expérimentales de l’institution.

Ces installations illustrent le rôle essentiel de la recherche agronomique dans l’amélioration des systèmes de production. Face aux effets des changements climatiques, à la dégradation des terres et aux besoins alimentaires croissants, les chercheurs sont appelés à proposer des variétés adaptées aux réalités des producteurs. Le travail ne consiste donc pas seulement à obtenir de nouvelles semences, mais aussi à identifier celles qui offrent un meilleur compromis entre rendement, durée du cycle et résistance aux contraintes du milieu.
Parmi les variétés présentées figure le maïs hybride KABAMANOJ F1. Selon les indications affichées sur la parcelle, son cycle est de 105 jours et son rendement potentiel atteint 10 tonnes à l’hectare. Cette variété est également annoncée comme riche en provitamine A. Si ces caractéristiques se confirment dans les conditions réelles de culture, elles pourraient représenter un intérêt à la fois économique et nutritionnel.
Le rendement potentiel doit toutefois être interprété avec prudence. Il correspond à une performance attendue dans des conditions favorables et ne garantit pas que chaque agriculteur obtiendra dix tonnes à l’hectare. La qualité du sol, les pluies, l’entretien des cultures, la disponibilité des nutriments et la maîtrise des ravageurs influencent directement les résultats. L’enjeu est donc de rendre ces performances accessibles au plus grand nombre, notamment aux exploitations familiales.
La visite a également permis d’observer la variété de riz BRIZ-10B, dont le cycle est estimé entre 90 et 100 jours, avec un rendement potentiel de 3,5 tonnes à l’hectare. Elle est présentée comme aromatique, à grains fins et tolérante à la sécheresse. Des caractéristiques qui peuvent intéresser les producteurs confrontés à l’irrégularité des pluies et à la nécessité de mieux maîtriser leurs calendriers agricoles.
Le choix de variétés à cycle relativement court peut faciliter l’organisation des campagnes et contribuer à limiter certains risques climatiques. Il ne dispense cependant pas d’une bonne gestion de l’eau, des semences et de la fertilité des sols. Une variété performante ne donne pleinement sa mesure que lorsqu’elle est accompagnée de pratiques culturales adaptées.
Patate douce, soja et piment : diversifier pour mieux produire

Les parcelles de patate douce ont également retenu l’attention des visiteurs. Une variété locale, caractérisée par une chair orange sucrée et une peau rouge rosée, affiche un cycle de 90 jours et un rendement potentiel de 20 tonnes à l’hectare. Cette culture présente un intérêt alimentaire important et peut contribuer à diversifier les sources de revenus des exploitations.
La couleur orange de la chair constitue notamment un indice de la présence de caroténoïdes, dont certains, comme le bêta-carotène, sont des précurseurs de la vitamine A. La patate douce peut ainsi participer à l’amélioration de l’alimentation des ménages. Ses feuilles peuvent également être consommées dans certaines habitudes alimentaires ou valorisées dans l’alimentation animale, à condition de respecter les pratiques adaptées.
Le soja TGX1830-20E, dont le cycle est annoncé à 95 jours et le rendement potentiel à 2,5 tonnes à l’hectare, fait aussi partie des variétés observées. La non-déhiscence indiquée sur sa fiche constitue un caractère intéressant : elle limite l’ouverture spontanée des gousses et peut contribuer à réduire les pertes de graines avant ou pendant la récolte.
Au-delà de la production de grains, le soja mérite une attention particulière dans les systèmes agricoles durables. Comme les autres légumineuses, il peut contribuer à la fixation biologique de l’azote atmosphérique grâce à son association avec certaines bactéries du sol. Cet avantage dépend toutefois de plusieurs facteurs, notamment de la variété, de la présence de bactéries compatibles et des conditions de culture. La quantité d’azote réellement restituée au sol varie également selon la manière dont les résidus sont gérés et dont la récolte est conduite.
Le piment BENPIM-16, présenté avec un cycle de 105 jours et un rendement potentiel de 18 tonnes à l’hectare, est annoncé comme résistant à l’anthracnose, une maladie pouvant affecter les cultures de piment. La résistance variétale peut aider à réduire les pertes et la dépendance aux traitements. Elle doit néanmoins être intégrée à une stratégie plus large comprenant l’hygiène des parcelles, le suivi sanitaire et les bonnes pratiques agricoles.
Ces exemples montrent que la recherche peut apporter des réponses concrètes à plusieurs difficultés du monde rural. Mais pour transformer ces résultats en progrès durables, les producteurs doivent pouvoir accéder aux semences, comprendre les itinéraires techniques et bénéficier d’un accompagnement de proximité.
Biophyto Bénin : des solutions biologiques contre les ravageurs
Après l’étape consacrée à la recherche agricole, les délégations ont effectué une halte chez Biophyto Bénin S.A., à Allada Togoudo, en face du Centre marial. L’entreprise met en avant des produits destinés à la lutte biologique contre les nuisibles et les ravageurs, à la fertilisation et à la préservation des sols. Ses supports de présentation mentionnent également des produits contrôlés par Ecocert Intrants.
Cette visite a permis d’aborder un maillon essentiel de la transition agroécologique : la disponibilité de solutions utilisables directement par les exploitants. Les résultats de la recherche ne peuvent en effet produire un impact à grande échelle que si les technologies et les intrants adaptés sont accessibles, disponibles au bon moment et accompagnés de conseils d’utilisation.

Les bio-intrants regroupent plusieurs catégories de produits d’origine biologique ou naturelle. Certains contribuent à la nutrition des plantes, d’autres favorisent l’activité biologique des sols ou permettent de lutter contre certains organismes nuisibles. Leur composition et leur mode d’action varient selon les produits. Il importe donc de ne pas les considérer comme une catégorie uniforme.
Le recours à ces solutions peut contribuer à réduire l’utilisation de certains produits de synthèse, à condition que leur efficacité soit démontrée pour les usages concernés. Il ne suffit pas qu’un produit soit présenté comme naturel pour garantir automatiquement son innocuité ou son efficacité. Le respect des doses, des consignes d’application, des conditions de conservation et des règles de sécurité reste indispensable.
La préservation de la santé des agriculteurs constitue justement l’un des arguments mis en avant par Biophyto Bénin. Les producteurs sont parfois exposés aux pesticides lors de la préparation des mélanges, de la pulvérisation ou du stockage. Le développement de solutions présentant des risques réduits, lorsqu’ils sont établis, représente donc un intérêt réel. La formation des utilisateurs et le respect des mesures de protection demeurent néanmoins nécessaires.
L’autre enjeu concerne la fertilité des sols. Dans plusieurs systèmes de production, la répétition des cultures et l’exportation des récoltes peuvent entraîner une diminution progressive des éléments nutritifs disponibles. Les amendements organiques et les biofertilisants peuvent contribuer à améliorer certaines propriétés du sol, mais leur efficacité dépend de leur composition, des quantités apportées et des besoins des cultures.
Le défi pour les entreprises du secteur est donc double : proposer des produits fiables et les rendre économiquement accessibles. Pour un agriculteur qui calcule ses dépenses à la saison, le prix d’un intrant compte autant que les bénéfices annoncés. Sans démonstrations convaincantes, conseils techniques et mécanismes facilitant l’approvisionnement, l’adoption à grande échelle risque de rester limitée.
À Zè, l’ananas biologique face aux réalités économiques

La dernière étape de la journée a conduit les participants sur un périmètre d’ananas biologiques à Zè, associé à RePAB COOP-CA et à CAR ZE GOULO. Le site est présenté comme une exploitation d’ananas biologiques certifiée par Ecocert. Les échanges ont notamment porté sur la fertilisation, le prix d’achat des fruits, les contraintes d’entretien des parcelles et les perspectives de développement de la production biologique.
Selon les informations recueillies sur place, l’installation de la plantation visitée remonte à septembre 2025. Au moment de la visite, les producteurs n’avaient pas encore réalisé de récolte sur ce site. Cette situation rappelle qu’une conversion vers un système de production biologique exige du temps, des investissements et une organisation rigoureuse avant de générer des recettes.
L’entretien des parcelles représente une difficulté majeure. Les producteurs ont expliqué que le sarclage doit être répété à intervalles rapprochés, parfois toutes les trois semaines, pour maîtriser les mauvaises herbes. Cette fréquence alourdit la charge de travail, surtout lorsque les exploitants ne disposent pas d’équipements adaptés.
Dans les systèmes conventionnels, certains produits facilitent le contrôle des mauvaises herbes. En agriculture biologique, les méthodes autorisées et les solutions disponibles peuvent demander davantage de main-d’œuvre. Lorsque cette charge supplémentaire n’est pas compensée par un prix de vente intéressant, les producteurs peuvent se retrouver dans une situation économique fragile.
La fertilisation constitue un autre défi. Les échanges ont évoqué l’utilisation d’engrais biologiques et la nécessité de réaliser plusieurs apports au cours du cycle de l’ananas. Les quantités doivent être adaptées aux caractéristiques de la plantation, à la taille des rejets, aux besoins de la culture et aux recommandations techniques. Les chiffres avancés durant les discussions nécessitent toutefois une vérification avant de servir de référence générale, car les besoins varient selon les conditions de production et la composition des produits employés.
Un point technique important a également été soulevé : le suivi de la fertilité des sols sur plusieurs années. Une production biologique ne signifie pas nécessairement que le sol conservera indéfiniment tous ses nutriments. Les récoltes exportent de la matière et des éléments minéraux. Si les apports ne compensent pas suffisamment ces pertes, la fertilité peut progressivement diminuer, même lorsque les intrants utilisés sont organiques.

L’analyse du sol avant la mise en culture, puis à intervalles réguliers, permettrait de mieux suivre l’évolution des éléments nutritifs et d’ajuster les apports. L’analyse des fertilisants biologiques pourrait aussi aider à connaître leur teneur en azote, en phosphore, en potassium et en oligoéléments. Ces données sont essentielles pour éviter de fertiliser à l’aveugle et pour améliorer l’efficacité économique des apports.
Rotation des cultures : préserver les terres sur le long terme
Les discussions ont également mis en lumière l’intérêt de la rotation des cultures. Après un cycle d’ananas, l’introduction d’une légumineuse comme le soja peut être envisagée dans certaines conditions, afin de diversifier les cultures et de contribuer à la gestion de la fertilité. Cette pratique peut aussi interrompre certains cycles de ravageurs et de maladies.
La rotation ne doit toutefois pas être confondue avec la simple association de plusieurs plantes sur une même parcelle. Elle consiste à organiser, dans le temps, la succession de cultures ayant des besoins et des effets différents sur le sol. Son efficacité dépend du choix des espèces, de la durée des cycles, de la gestion des résidus et des contraintes propres à l’exploitation.
Sur le périmètre visité, les producteurs ont indiqué que les décisions relatives aux cultures et à leur succession s’inscrivent dans l’organisation de la filière et de la coopérative. Une planification collective pourrait permettre de mieux anticiper les besoins en semences, en intrants, en main-d’œuvre et en débouchés commerciaux.
Cette approche est d’autant plus importante que l’ananas est une culture exigeante en éléments nutritifs, notamment en potassium. Une gestion durable suppose donc de suivre l’évolution de la parcelle, de mesurer les résultats obtenus et d’adapter les pratiques en fonction des observations. La certification biologique ne remplace pas ce travail agronomique : elle s’inscrit dans un ensemble de règles et de contrôles qui doivent être accompagnés d’une gestion efficace de la production.
Un prix plus élevé, mais des coûts qui pèsent sur les producteurs
La question économique a occupé une place importante dans les échanges à Zè. Selon les chiffres communiqués pendant la visite, le prix d’achat de l’ananas biologique au producteur se situe autour de 100 à 110 FCFA, contre 65 à 80 FCFA pour l’ananas conventionnel. L’unité de référence et les conditions exactes de comparaison n’ayant pas été clairement établies dans les échanges, ces montants doivent être confirmés avant toute comparaison commerciale définitive.
Les participants ont également évoqué une différence de calibre entre certains fruits biologiques et conventionnels. Des fruits issus de cultures conventionnelles pourraient atteindre des poids plus élevés dans certaines conditions, tandis que les fruits biologiques présentés sur le site étaient décrits comme moins gros. Il serait toutefois imprudent d’attribuer cette différence au seul mode de production sans disposer de données comparatives sur les variétés, les conditions de culture et les pratiques de fertilisation.
Pour les producteurs, la difficulté centrale reste la rentabilité. Un prix d’achat supérieur ne signifie pas nécessairement un revenu meilleur si la production exige davantage de main-d’œuvre, des intrants plus coûteux et des opérations d’entretien répétées. Le calcul doit tenir compte de l’ensemble des dépenses, du rendement commercialisable et des pertes éventuelles.
Les échanges ont aussi fait ressortir le rôle de RePAB dans la commercialisation. Selon les informations présentées sur le site, une part importante des débouchés est orientée vers l’exportation. Cette ouverture peut offrir des perspectives intéressantes, mais elle impose des exigences en matière de qualité, de calibre, de traçabilité, de certification et de régularité des approvisionnements.
Le producteur d’ananas, Kouton Kpèdétin Pierre, a notamment participé aux échanges autour des difficultés rencontrées sur le terrain. L’accès aux intrants, leur coût et les contraintes de paiement ont été évoqués. Les produits et services proposés par les fournisseurs doivent souvent être payés comptant, ce qui peut compliquer leur acquisition pour des exploitants qui attendent encore leurs premières recettes.
La mise en place de mécanismes de financement adaptés, de paiements différés ou de partenariats commerciaux plus solides pourrait contribuer à desserrer cette contrainte. Une telle évolution suppose toutefois des accords clairs entre producteurs, coopératives, fournisseurs d’intrants et acheteurs. L’objectif serait de mieux répartir les risques et de permettre aux exploitants d’investir sans compromettre leur trésorerie.
BIO-PACT : transformer les innovations en solutions accessibles
Organisé du 19 au 23 octobre 2026 au Bénin, l’Atelier immersif régional BIO-PACT réunit des participants de huit pays : le Bénin, le Burkina Faso, le Liberia, le Kenya, le Malawi, le Mozambique, la Sierra Leone et le Togo. Il s’inscrit dans une dynamique de partenariat Sud-Sud destinée à favoriser les échanges de connaissances et d’expériences autour des bio-intrants.
Le projet associe notamment l’INRAB, ProCaR et le Fonds international de développement agricole (FIDA), avec l’implication du ministère de l’Agriculture, de l’Élevage et de la Pêche. La visite du troisième jour a donné une dimension concrète à cette coopération en rapprochant les participants des chercheurs, des entreprises et des producteurs.
L’intérêt d’une telle rencontre réside dans la confrontation des expériences. Une technologie efficace dans un contexte donné doit être évaluée au regard des sols, du climat, des cultures, des moyens financiers et des compétences disponibles dans les autres pays. Le partage d’expériences ne doit donc pas conduire à reproduire mécaniquement des modèles, mais à identifier les solutions qui peuvent être adaptées à chaque réalité agricole.
Les observations réalisées au Bénin font ressortir plusieurs priorités : renforcer les liens entre recherche et exploitations, mieux informer les producteurs sur l’utilisation des bio-intrants, rendre les analyses de sol plus accessibles, améliorer les circuits de distribution et soutenir la commercialisation des produits biologiques.
La transition vers une agriculture durable ne repose pas sur un produit miracle. Elle nécessite une combinaison de pratiques agronomiques, d’innovations adaptées, de suivi scientifique, de formation et de mesures économiques capables de soutenir les producteurs. Sans débouchés rémunérateurs, même une solution techniquement intéressante risque de ne pas être adoptée durablement.
À travers cette journée de terrain, BIO-PACT a ainsi mis en évidence une réalité essentielle : l’avenir des bio-intrants dépendra moins des promesses affichées que des résultats obtenus dans les champs. Améliorer les rendements, préserver les sols, protéger la santé des agriculteurs et garantir un revenu décent aux producteurs sont les conditions indispensables pour faire de l’agriculture durable une option viable, et non un luxe réservé à quelques exploitations.
Firmin DANNON








