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Santé mentale : le silence qui fragilise les Béninois de la diaspora

Pression familiale, solitude, difficultés financières et incertitude administrative : les Béninois établis à l’étranger affrontent des épreuves souvent invisibles. Invités du Dr Thanguy AGOÏ, Lucinda Balogoun et Zidane Satignon appellent à briser le silence.

Derrière les réussites affichées se cachent parfois des souffrances profondes. Pour certains Béninois partis étudier ou travailler à l’étranger, construire un avenir meilleur devient un parcours éprouvant. En France notamment, les difficultés financières, l’éloignement familial et la peur de l’échec peuvent fragiliser la santé mentale.

Lors d’un entretien consacré à cette réalité, le Dr Thanguy AGOÏ a reçu Lucinda Balogoun, chargée d’affaires, et Zidane Satignon, président de l’Association des Béninois d’Île-de-France. Tous deux ont souligné l’urgence de libérer la parole.

Réussir à tout prix, une pression permanente

Pour Lucinda Balogoun, il faut déconstruire l’idée selon laquelle les Africains seraient naturellement plus résistants aux difficultés. « Il ne faut pas confondre la résilience avec l’obligation de toujours tenir, quelles que soient les circonstances », explique-t-elle.

Derrière chaque départ, il y a parfois les sacrifices de toute une famille. Trouver un logement, financer ses études ou décrocher un emploi devient alors une obligation morale. Lorsque les résultats tardent, la culpabilité et la honte s’installent. Certains préfèrent cacher leurs difficultés plutôt que d’inquiéter leurs proches.

Zidane Satignon souligne également la rupture avec l’environnement social d’origine. « Ce n’est pas du tout notre esprit qui s’affaiblit, c’est l’environnement qui change radicalement », résume-t-il. L’absence de repères familiers et la difficulté à reconstruire un réseau social renforcent l’isolement.

L’angoisse administrative, un poids supplémentaire

Le président associatif insiste sur les conséquences psychologiques de l’incertitude liée au séjour en France. Les retards, les démarches et les menaces d’expulsion peuvent compromettre les projets d’études et d’insertion professionnelle.

Il évoque le cas d’un compatriote confronté à une obligation de quitter le territoire français malgré de bons résultats universitaires. Pour lui, ces situations illustrent une réalité difficile : réussir ses études ne garantit pas de vivre sereinement son parcours migratoire.

Les associations pour rompre l’isolement

Face à ces difficultés, Lucinda Balogoun mise sur l’action collective. Coprésidente de l’association Cap Ali, créée en avril 2026 avec Jessica Duran, elle participe à des initiatives consacrées à la santé mentale, notamment auprès des femmes béninoises. L’association propose aussi des cellules d’écoute à distance.

De son côté, Zidane Satignon met en avant les journées d’accueil, le livret Kwabo et le programme de parrainage Alogo de son association. Ces initiatives visent à orienter les nouveaux arrivants et à recréer des liens de solidarité.

Il déplore toutefois le manque de réactivité qu’il dit avoir constaté auprès des institutions diplomatiques béninoises lors de sollicitations liées à l’accueil des nouveaux arrivants.

Demander de l’aide n’est pas une faiblesse

Les deux invités appellent les familles à s’intéresser davantage au bien-être de leurs proches expatriés, au-delà des diplômes et des attentes financières.

« Demander de l’aide ne vous rend pas faible », insiste Zidane Satignon. Lucinda Balogoun encourage également les Béninois de l’extérieur à parler de leurs difficultés et à rechercher un accompagnement adapté.

Le message est clair : derrière chaque projet migratoire, il y a une personne, avec ses limites et ses besoins. La réussite ne devrait jamais se construire au prix de la santé mentale. Briser le silence, renforcer les solidarités et faciliter l’accès à l’information sont autant de pistes pour éviter que l’éloignement ne devienne une souffrance solitaire.

Firmin DANNON

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