Invité de l’émission Actu Matin sur Canal 3 Bénin, le graphiste Paterne Laleye voit dans l’intelligence artificielle un outil de création et de productivité. Mais pour rester compétitifs, les professionnels devront se former, cultiver leur originalité et apprendre à vendre leurs services.
Le graphisme entre dans une nouvelle ère. En quelques secondes, l’intelligence artificielle (IA) peut générer des images, proposer des compositions visuelles et faciliter la réalisation de supports publicitaires. Cette évolution bouleverse les habitudes de travail, mais ne signe pas nécessairement la fin du métier de graphiste. C’est le regard défendu par Paterne Laleye, graphiste invité dans Actu Matin, lors d’un échange conduit par le Dr Thanguy Agoï, avec la participation de Firmin Dannon.
Pour le professionnel, l’un des principaux avantages de l’IA réside dans le gain de temps. Elle permet d’explorer rapidement plusieurs pistes créatives et de consacrer davantage d’énergie à la conception. « L’IA, pour ma part, permet de gagner du temps et de mettre notre imagination et esprit créatif plus en valeur », explique-t-il. Autrement dit, la technologie peut accélérer l’exécution, mais la pertinence du résultat dépend encore de la capacité du graphiste à comprendre un besoin et à lui apporter une réponse originale.
Une solution pratique pour les clients
Paterne Laleye illustre cette utilité par une expérience professionnelle. Il a récemment travaillé sur un projet destiné à mettre en valeur un produit dont le client ne disposait pas encore de photographies. Grâce à l’intelligence artificielle, il a pu présenter le produit en situation d’utilisation.
Cet exemple montre comment l’IA peut répondre à certaines contraintes de production, notamment le manque de visuels ou les délais serrés. Pour les entreprises, les commerçants et les petites initiatives qui disposent de moyens limités, ces possibilités peuvent faciliter la création de contenus promotionnels. Toutefois, les images générées doivent rester fidèles au produit réel et ne pas induire le consommateur en erreur.
Le graphiste doit apporter davantage que la machine
L’arrivée de ces outils soulève une inquiétude légitime : les clients finiront-ils par se passer des professionnels ? Paterne Laleye ne considère pas l’IA comme une menace automatique. Il estime plutôt qu’elle accentuera les écarts entre les graphistes capables d’évoluer et ceux qui conserveront les mêmes méthodes.
« Le graphiste qui ne se perfectionne pas aura tendance à produire des résultats identiques à ce que l’IA produit », prévient-il. Le risque se situe donc moins dans l’existence de la technologie que dans l’incapacité à proposer une véritable valeur ajoutée. Compréhension du brief, sens artistique, cohérence visuelle et adaptation aux objectifs du client restent déterminants.
La question du droit d’auteur mérite également une attention particulière. L’invité recommande de vérifier les conditions d’utilisation des plateformes avant d’exploiter commercialement les contenus générés. Il cite notamment Gemini, Flow et ChatGPT dans leurs offres payantes. Cependant, un abonnement ne garantit pas automatiquement un droit d’auteur exclusif sur chaque création : les conditions contractuelles, les règles applicables et les éventuels droits de tiers doivent être examinés.
La formation et la vente, deux leviers essentiels
Aux jeunes Béninois désireux d’embrasser ce métier, Paterne Laleye conseille de rechercher des formations actualisées, de disposer d’un ordinateur adapté et d’une connexion internet fiable. Ceux qui manquent de moyens peuvent commencer par des ressources gratuites, notamment sur YouTube, avant de progresser par la pratique.
« Plus tu t’exerces, plus ta créativité augmente », insiste-t-il. Il invite aussi les professionnels à développer leurs compétences commerciales. Savoir prospecter, présenter une offre et fidéliser un client devient aussi important que maîtriser les logiciels.
Le motion design et la création de vidéos publicitaires peuvent, selon lui, enrichir les services proposés. Dans un marché où les outils deviennent accessibles, la différence se jouera sur la qualité, l’originalité et la relation avec le client.
L’intelligence artificielle ne condamne donc pas le graphisme. Elle en relève les exigences. Aux professionnels de transformer cette mutation en avantage plutôt que de la subir.
Firmin DANNON









