Près de neuf ans après l’interdiction des sachets plastiques non biodégradables, le Bénin peine toujours à tourner la page du plastique à usage unique. Malgré la loi et les nouvelles ambitions gouvernementales en matière d’économie circulaire, la pollution plastique demeure un défi majeur. Entre habitudes de consommation, coût des alternatives et faibles capacités de recyclage, l’interdiction se heurte à une réalité difficile à transformer.
Promulguée le 26 décembre 2017, la loi n° 2017-39 interdit la production, l’importation, l’exportation, la commercialisation, la détention, la distribution et l’utilisation des sachets plastiques non biodégradables sur toute l’étendue du territoire national. Le texte est donc sans ambiguïté. Pourtant, son application reste une question préoccupante. Dans les habitudes commerciales et les circuits de distribution, les emballages plastiques continuent d’occuper une place importante.
Cette persistance révèle les limites d’une politique qui ne peut reposer uniquement sur l’interdiction. Pour les petits commerçants, les sachets plastiques représentent une solution pratique et peu coûteuse pour emballer les aliments et servir les clients. Leur remplacement suppose des alternatives accessibles, disponibles en quantité suffisante et adaptées aux réalités économiques des marchés. Sans cet accompagnement, les habitudes ont peu de chances de changer durablement.
Les chiffres donnent la mesure du problème. Selon la Banque africaine de développement (BAD), le Bénin produit environ 50 000 tonnes de déchets plastiques par an. Le pays doit également gérer près de 1 700 tonnes de déchets municipaux chaque jour. Une grande partie des plastiques produits échappe encore au recyclage. Au-delà de la pollution visuelle, ces déchets menacent les ouvrages d’assainissement, aggravent les risques d’inondation et dégradent le cadre de vie.

Face à cette situation, les autorités misent désormais sur une nouvelle approche. Le 4 février 2026, le ministère du Cadre de vie, avec l’appui de la BAD, a officialisé le Plan d’action national pour l’économie circulaire 2025-2035. Cette stratégie ambitionne notamment d’atteindre 25 % de recyclage, d’assurer la collecte de tous les déchets en milieu urbain et de soutenir la création de 300 entreprises spécialisées, contre 19 actuellement.
Mais les ambitions ne suffiront pas. Il faudra renforcer les contrôles, accompagner les commerçants, soutenir les entreprises de recyclage et sensibiliser les consommateurs. Les récupérateurs, souvent présents au premier maillon de la chaîne, devront également bénéficier de meilleures conditions de travail et d’une véritable reconnaissance économique.
Au fond, le défi béninois dépasse la simple disparition des sachets plastiques. Il s’agit de construire une véritable filière de gestion des déchets, capable de transformer les habitudes et de faire du recyclage une activité économiquement viable. Près de neuf ans après la loi, une question demeure : le Bénin parviendra-t-il enfin à faire respecter l’interdiction sur le terrain ?
Firmin DANNON









