Entre les longues études universitaires et l’apprentissage d’un métier, les jeunes font face à des réalités différentes sur le chemin de l’insertion professionnelle. À Cotonou, Caleb Assogba, artisan cordonnier, et K.M., titulaire d’une licence en économie, racontent deux expériences qui se croisent autour d’une même préoccupation : trouver sa place dans le monde du travail. Au micro de la rédaction d’Inf’au Zénith, leurs témoignages interrogent la valeur des diplômes, l’importance de la formation professionnelle et les véritables conditions d’accès à l’emploi.
Obtenir un diplôme universitaire ne garantit pas toujours une insertion professionnelle rapide. K.M. en fait l’expérience depuis 2024, année d’obtention de sa licence en économie. Plus de deux ans après, le jeune diplômé poursuit toujours ses recherches. Son quotidien est rythmé par la consultation des plateformes d’emploi, la constitution de dossiers de candidature et les déplacements auprès des entreprises. Une démarche qui demande du temps, mais aussi des moyens financiers. Entre les frais de transport depuis Abomey-Calavi, les connexions Internet et les appels téléphoniques pour relancer les recruteurs, chercher du travail devient également une dépense.
« Rien que pour bouger entre Abomey-Calavi et le centre de Cotonou, le budget transport pèse lourd. Il faut compter les unités d’appel pour relancer les contacts, les connexions Internet pour surveiller les offres. On dépense de l’argent qu’on n’a pas vraiment, avec l’espoir qu’un investissement portera ses fruits », confie K.M.
À cette difficulté s’ajoute une exigence souvent décourageante : justifier de deux ou trois années d’expérience pour accéder à certains postes pourtant présentés comme destinés aux débutants. « Parfois, vous répondez à une annonce, on vous convoque pour un entretien et, au bout du compte, on vous demande deux ou trois ans d’expérience pour un poste dit junior. Comment fait-on quand on vient de sortir de l’université ? », s’interroge-t-il. Un paradoxe qui place de nombreux jeunes diplômés devant une équation difficile : comment acquérir de l’expérience lorsqu’aucune première chance ne leur est accordée ?
Pour autant, K.M. refuse de renoncer à ses ambitions. Conscient des réalités économiques, il observe que plusieurs de ses camarades se tournent vers le commerce en ligne, la livraison et les petites activités de services pour subvenir à leurs besoins. « Baisser les bras, ce n’est pas une option, parce que la famille compte sur nous et surtout, on a de l’énergie à revendre. Beaucoup de mes promotionnaires se sont lancés dans le commerce en ligne, la livraison ou de petits business de services pour survivre et garder un minimum d’autonomie. Mais mon ambition première reste de valoriser mon cursus », explique-t-il.
Son parcours illustre ainsi le décalage qui peut exister entre les qualifications universitaires et les possibilités concrètes d’emploi.
De l’université à l’atelier, le choix d’un métier
L’histoire de Caleb Assogba prend une autre direction. Après son baccalauréat, il s’inscrit en filière MIA à la faculté. Mais après un premier échec et une reprise des études, il décide finalement d’abandonner. Il reconnaît que de meilleures conditions financières et une orientation adaptée auraient peut-être changé son parcours.
« Si j’avais les moyens et les bonnes orientations, sûrement que je n’allais pas faire la fac et que je ne serais pas artisan aujourd’hui », reconnaît-il.
Plutôt que de rester sans activité, il explore d’abord plusieurs pistes commerciales : produits cosmétiques, articles capillaires, tissus, chaussures, montres et appareils électroménagers. Une diversification qui ne lui permet cependant pas de progresser comme il le souhaite.
« J’ai fait beaucoup de choses à la fois, mais je ne progressais pas. J’ai donc décidé de me concentrer sur une seule chose et de voir ce que cela allait donner », raconte-t-il.
Il fait alors le choix de se concentrer sur un seul domaine : la cordonnerie. Cette formation professionnelle répond à une volonté simple, mais déterminante : apprendre à fabriquer quelque chose de ses propres mains et disposer d’un savoir-faire exploitable. « Je me suis fait former en cordonnerie parce que je voulais savoir faire quelque chose moi-même », précise Caleb.
Aujourd’hui artisan, il ne se considère pas encore financièrement autonome. Toutefois, son métier lui permet de joindre les deux bouts, malgré les difficultés. Il lui a également ouvert des portes et permis de rencontrer des personnes qui lui offrent des opportunités.
« Autonome financièrement, je ne le suis pas encore. Je continue toujours de me chercher. Mais mon métier m’a permis de rencontrer beaucoup de personnes exceptionnelles qui me donnent des opportunités et m’aident beaucoup. Grâce à lui, je m’en sors pas mal dans la vie de tous les jours. J’arrive à joindre les deux bouts, même si ce n’est pas toujours facile », confie-t-il.
Deux chemins, une même exigence : saisir les opportunités
Faut-il alors opposer université et formation professionnelle ? Caleb Assogba récuse cette comparaison. Pour lui, aucun parcours ne garantit à lui seul la réussite.

« L’un ne prime pas sur l’autre. Si vous êtes bien orienté et que vous avez les moyens à disposition, vous pouvez faire de très grandes choses avec les diplômes universitaires. De même pour les formations professionnelles. Les opportunités sont partout, il faut juste être dans les bonnes conditions pour les avoir », estime-t-il.
Au fond, ces deux témoignages révèlent une réalité essentielle : le problème de l’insertion des jeunes ne se résume pas au choix d’une filière. L’orientation, les ressources financières, l’expérience pratique, l’accompagnement et l’accès aux opportunités pèsent également dans la balance. Le diplôme peut ouvrir une porte, tandis qu’un savoir-faire peut permettre de créer sa propre activité. Mais dans les deux cas, encore faut-il trouver un environnement favorable pour avancer.
Entre l’attente d’un premier emploi et l’apprentissage d’un métier pour gagner sa vie, deux trajectoires se dessinent. Elles rappellent surtout qu’au-delà des parchemins et des compétences, la jeunesse a besoin de perspectives concrètes pour transformer ses efforts en réussite.
Firmin DANNON








