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Journée mondiale de la sage-femme : à Cotonou, ces héroïnes de l’ombre que tout le monde connaît sans toujours les reconnaître

Cotonou, 5 mai 2026. Dans les maternités, elles sont partout. Pourtant, elles restent souvent dans l’angle mort de la reconnaissance sociale. À l’occasion de la Journée mondiale de la sage-femme, nous sommes allés à la rencontre des habitants de Cotonou pour recueillir leurs perceptions. Entre gratitude sincère et prise de conscience tardive, la parole se libère.

« Sans elle, je ne serais peut être pas en vie »

Sous le soleil déjà lourd de la matinée, devant une clinique de la place, Clarisse, 32 ans, serre son bébé contre elle. Son regard s’illumine lorsqu’elle évoque celle qui l’a assistée à l’accouchement.

« La sage-femme m’a soutenue du début à la fin. Elle m’encourageait, elle me parlait doucement… Franchement, sans elle, je ne serais peut être pas en vie aujourd’hui. »

Comme elle, plusieurs jeunes mères rencontrées racontent un accompagnement qui dépasse le simple geste médical. Patience, écoute, réconfort : des qualités humaines qui marquent durablement.

« Elles travaillent trop, dans des conditions difficiles »

À quelques rues de là, Jonas, conducteur de taxi moto, observe les allées et venues devant un centre de santé. Pour lui, le problème est ailleurs.
« On ne parle pas assez d’elles. Elles travaillent jour et nuit. Parfois il n’y a même pas le matériel qu’il faut. Mais elles continuent quand même. »

Un constat partagé par Mireille, vendeuse au marché à fifadji

« Ma sœur est sage-femme. Elle rentre souvent épuisée. Elles font un travail dur, mais on dirait que ça passe inaperçu. »

Entre vocation et sacrifice

Derrière chaque blouse, une réalité faite de pression, d’urgence et de responsabilités lourdes. Dans les discussions, un mot revient souvent : courage.

« Il faut aimer ce métier pour le faire ici », glisse un étudiant en médecine croisé près d’un centre hospitalier. « Ce n’est pas seulement une profession, c’est une vocation. »

Une reconnaissance encore timide

Si les témoignages recueillis traduisent une réelle admiration, ils révèlent aussi un paradoxe : celui d’un métier indispensable mais insuffisamment valorisé.

« On les remercie le jour de l’accouchement, puis on oublie », reconnaît Awa, mère de trois enfants. « Pourtant, elles sauvent des vies tous les jours. »

Redonner leur juste place

À Cotonou, comme dans de nombreuses villes africaines, les sages-femmes sont au cœur du système de santé maternelle. Elles accompagnent, rassurent, interviennent souvent dans l’urgence. Mais leur engagement reste encore trop discret aux yeux du grand public.

En cette journée dédiée, les voix recueillies dans les rues de la capitale économique sonnent comme un rappel : reconnaître leur rôle, c’est aussi valoriser celles qui veillent, dans l’ombre, sur les premières respirations de la vie.

✍️ Firmin DANNON

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