Entretien avec une sage-femme au cœur du combat contre la mortalité maternelle
Dans les salles d’accouchement, chaque minute compte. Chaque geste peut faire la différence entre la vie et la mort. À l’occasion de la Journée mondiale de la sage-femme, nous avons rencontré Aminata S., sage-femme depuis neuf ans dans un centre de santé public à Cotonou. Souriante, énergique, mais lucide, elle raconte un métier exigeant, au cœur des enjeux de santé publique.
Quel est, selon vous, le rôle réel d’une sage-femme aujourd’hui ?
Aminata S. :
Beaucoup pensent qu’on est là uniquement pour « faire accoucher ». En réalité, notre rôle commence bien avant et continue après. On suit la femme pendant la grossesse, on détecte les risques, on conseille, on rassure. Et le jour de l’accouchement, on doit être prêtes à agir très vite. Une complication peut survenir à tout moment.
On parle beaucoup de mortalité maternelle en Afrique. Concrètement, où se situe le problème ?
Aminata S. :
Le vrai problème, c’est souvent le retard. Retard à venir à l’hôpital, retard à reconnaître le danger, retard à intervenir. Certaines femmes arrivent trop tard, parfois après des heures de travail à domicile. Et là, même avec toute la volonté du monde, ça devient compliqué.
En quoi la présence d’une sage-femme change-t-elle la donne ?
Aminata S. :
Énormément. Une sage-femme formée sait reconnaître les signes d’alerte : une hémorragie, une souffrance du bébé, une tension élevée… On peut agir immédiatement ou référer à temps. Franchement, une bonne prise en charge dès le départ peut éviter beaucoup de drames.
Avez-vous déjà vécu des situations où tout s’est joué à peu de choses ?
Aminata S. :
(Elle marque une pause) Oui… très souvent. Je me souviens d’une jeune femme arrivée en urgence, très affaiblie. Il a fallu agir vite, coordonner avec les médecins, rassurer la famille. Finalement, elle et son bébé s’en sont sortis. Ce sont des moments qui restent gravés.
Quelles sont les principales difficultés que vous rencontrez sur le terrain ?
Aminata S. :
Le manque de moyens, parfois. Le nombre de patientes aussi. On peut être débordées, surtout la nuit. Et puis il y a la fatigue. Mais malgré tout, on reste concentrées, parce qu’on sait ce qui est en jeu.
Que faudrait-il améliorer pour réduire réellement la mortalité maternelle ?
Aminata S. :
D’abord, sensibiliser davantage les femmes à faire leurs consultations prénatales. Ensuite, renforcer les centres de santé, former encore plus de sages-femmes et améliorer les conditions de travail. C’est un ensemble.
Qu’est-ce qui vous motive à continuer malgré tout ?
Aminata S. :
Quand un bébé naît et pleure, que la maman sourit… ça n’a pas de prix. On se dit qu’on a contribué à quelque chose de grand. C’est ça qui nous donne la force.
Une bataille quotidienne, loin des projecteurs
Dans les discours comme dans les faits, les sages-femmes apparaissent comme un maillon essentiel de la lutte contre la mortalité maternelle et néonatale. Leur expertise, leur vigilance et leur engagement sauvent des vies, souvent dans des conditions difficiles.
À Cotonou, comme ailleurs, leur voix mérite d’être entendue. Car derrière chaque naissance réussie, il y a presque toujours une sage-femme qui a su, au bon moment, prendre la bonne décision.
✍️ Firmin DANNON









