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Liberté de la presse au Bénin: le diagnostic sans complaisance de Falilou Radji

Alors que le monde célébrait la Journée mondiale de la liberté de la presse ce 3 mai 2026, le constat reste amer pour de nombreux acteurs des médias béninois. Invité de l’émission matinale, Falilou Radji, porte-parole de la Cellule de fact-checking et d’investigation des journalistes (Cfij) de l’Alibori, dresse un bilan sombre d’une profession en quête de repères, entre pression législative et érosion de l’éthique.

« La liberté de la presse au Bénin ne se porte pas assez bien. »: c’est par ces mots que Falilou Radji a ouvert son analyse. S’appuyant sur les récents déclassements du Bénin par Reporters sans frontières (Rsf), l’acteur des médias pointe du doigt une « dégringolade » qui ne doit rien au hasard. Pour lui, le recul de 21 places dans le classement international est le symptôme d’un mal profond, nourri par un environnement juridique de plus en plus coercitif.

Au cœur des récriminations figure l’application rigoureuse du Code du numérique. Falilou Radji déplore l’absence de distinction claire, au sein de cette loi, entre le journaliste professionnel et l’internaute lambda. Cette confusion, couplée à des épisodes marquants comme la fermeture de certains médias ou l’extradition de journalistes, a fini par installer un climat de frilosité. « On ne peut pas être fier de voir des voisins comme le Burkina Faso nous devancer sur ce terrain », martèle-t-il, appelant à une révision des textes pour protéger spécifiquement l’exercice du métier.

Cependant, l’analyse de l’invité ne se limite pas à une charge contre le pouvoir public. Falilou Radji appelle la corporation à une véritable introspection. Il dénonce avec fermeté l’infiltration du métier par des « brebis galeuses » qui transforment l’information en instrument de chantage. « Certains préfèrent appeler une source pour monnayer le silence plutôt que de privilégier l’équilibre et la véracité », regrette le porte-parole de la Cfij Alibori. Cette perte de valeurs éthiques, combinée à une formation parfois insuffisante, a prêté le flanc à ce qu’il qualifie de « chahutage » par les gouvernants. Pour lui, la presse ne retrouvera ses lettres de noblesse que si elle se réapproprie sa responsabilité sociale : celle d’alerter sans enflammer.

Alors que Patrice Talon s’apprête à passer le témoin à Romuald Wadagni le 24 mai prochain, Falilou Radji veut croire en des jours meilleurs. Il évoque avec une certaine nostalgie l’ère du général Mathieu Kérékou, où la liberté de ton était tolérée au nom du débat démocratique. L’espoir du porte-parole réside dans une possible « dilution » du Code du numérique sous la nouvelle mandature. Il invite le président élu à reconsidérer le rapport entre l’État et les médias, tout en exhortant ses confrères à faire du professionnalisme leur seul bouclier.

Pour Falilou Radji, si le journaliste redevient ce « transmetteur de vérité » rigoureux, le gouvernement n’aura d’autre choix que de le reconnaître comme un partenaire indispensable du développement, et non comme une menace à l’ordre public.

Donatien Fernando SOWANOU

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