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Polémique des « photos de menstrues »: l’analyse juridique de Kevin Akin qui fragilise l’activisme de rue

Depuis quelques jours, une série de clichés enflamme la toile béninoise : des jeunes filles posant devant le monument du carrefour Zakpo à Bohicon, arborant une tache rouge symbolisant les menstrues. Si l’acte se veut un plaidoyer contre le tabou des règles, il a déclenché une vague d’indignation. Entre militantisme et trouble à l’ordre public, l’analyse froide de Kevin, juriste, vient apporter un éclairage technique.

Au Bénin, si la cause de l’hygiène menstruelle est noble, la méthode employée par ces activistes soulève des interrogations juridiques majeures. Pour Kevin, juriste de formation, l’activisme, aussi légitime soit-il, ne peut s’affranchir du respect des textes en vigueur et de la destination des lieux publics. L’un des premiers points d’ancrage de cette analyse réside dans la loi n° 2022-04 sur l’hygiène publique en République du Bénin. Loin d’être un sujet ignoré par le législateur, l’hygiène menstruelle y est consacrée dans un chapitre entier.

Toutefois, le texte est clair : cette gestion doit être privée, sanitaire et respectueuse de la dignité. En s’appuyant sur l’article 119 de ladite loi, le juriste rappelle que le législateur impose des espaces sanitaires garantissant l’intimité. « L’esprit du texte est sans équivoque. Si la biologie est naturelle, son exposition est proscrite », souligne Kevin. En exposant publiquement ce que la loi protège par le sceau de la vie privée, les auteurs de ces photos contreviennent, selon lui, à la volonté du législateur de maintenir ces questions dans la sphère de la décence et de l’hygiène stricte.

L’argument du « trouble à l’ordre public », souvent mis en avant par Roland Dégbègni Djossou, trouve ici une base doctrinale solide. En droit administratif, l’ordre public repose sur un triptyque classique: sécurité, tranquillité et salubrité publique.


C’est sur ce dernier pilier, la salubrité qui englobe par extension la moralité publique que l’analyse se cristallise. Kevin explique que le passage de l’intime au public, surtout lorsqu’il est relayé massivement sur les réseaux sociaux, peut glisser vers l’outrage public à la pudeur, tel que prévu par l’article 544 du Code pénal. L’indignation collective et la polémique générée constituent, juridiquement, une rupture de la tranquillité publique que l’État a le devoir de préserver.

L’analyse touche à la dimension symbolique et patrimoniale. Nos monuments nationaux, symboles de l’histoire et vecteurs du tourisme, ne sont pas des supports de communication neutres. « Pour respecter leur sacralité, il n’est pas décent d’y exposer des choses qui relèvent de l’intimité », tranche le juriste. Le choix de ces lieux pour une mise en scène jugée heurterait le patrimoine culturel commun. En somme, si le corps est un espace de liberté, l’espace public, lui, demeure régi par le droit et la décence commune.

Donatien Fernando SOWANOU

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