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L’Atacora au-delà des préjugés : vers une nouvelle dynamique d’attractivité territoriale

La semaine écoulée, la ville de Natitingou a vibré au rythme de la première édition des assises de l’Attractivité et du marketing territorial de l’Atacora (Amata). Un événement d’envergure initié pour redéfinir l’image de ce département du nord du Bénin. Pour en comprendre les enjeux, les défis et les perspectives, Koaugou Robert M’Mouyonne, coordonnateur général de l’Amata nous en parle.

L’organisation de ces assises répond à une triple urgence. La première est d’ordre conceptuel. Il existe encore, selon lui, une faible appropriation de ce qu’est réellement le marketing territorial, notamment de la part des élus locaux. « Ce sont eux qui portent la vision du développement, et aujourd’hui, les territoires sont en compétition », rappelle-t-il. Sans outils pour valoriser leur commune, ils peinent à faire face à la concurrence. La seconde raison est conjoncturelle. Si l’Atacora a longtemps été une destination touristique phare du Bénin (notamment grâce au Parc de la Pendjari), la fermeture temporaire de ce dernier pour des raisons sécuritaires a considérablement ralenti le flux de visiteurs. Enfin, la troisième raison est liée à la perception du département. « Il y a un décalage entre ce que les gens pensent de nous et la réalité. On entend dire que le Nord est en zone rouge, qu’il faut fuir. Or, la réalité est tout autre ».

Interrogé sur la persistance des actes d’insécurité qui alimentent la fébrilité des visiteurs, Koaugou Robert M’Mouyonne apporte une nuance de taille. S’il ne nie pas l’existence de défis sécuritaires dans les zones frontalières où les forces de l’ordre font un travail remarquable il récuse l’idée que l’ensemble du département soit impraticable. « Y a-t-il un risque zéro quelque part ? », s’interroge-t-il, avant de souligner que de nombreuses activités, conférences, colloques et événements d’affaires continuent de se tenir en toute sécurité dans le département, à l’instar de la semaine écoulée. Pour lui, le véritable frein à l’attractivité n’est pas la sécurité, mais plutôt la qualité de l’offre territoriale.

Le coordonnateur des Amata insiste sur ce point : l’Atacora doit faire des efforts accrus pour séduire. Contrairement à des villes comme Cotonou, qui bénéficient d’une attractivité naturelle et d’infrastructures modernes, l’Atacora doit redoubler d’ardeur pour convaincre les visiteurs de faire le déplacement. L’aménagement urbain : la propreté des villes et l’assainissement des abords des routes doivent être revus. Le patrimoine : des structures clés, comme le musée de Natitingou, nécessitent des réaménagements profonds pour répondre aux standards actuels. L’accueil : l’offre hôtelière et de restauration doit monter en gamme pour offrir une expérience exceptionnelle.

L’un des moments forts de ces assises a été le débat autour de l’intégration des non-ressortissants. Koaugou Robert M’Mouyonne a fermement plaidé pour le dépassement des clivages identitaires. « Le marketing territorial ne s’adresse pas qu’aux autochtones. Parmi nos cibles, il y a l’attraction de nouveaux habitants. Nous avons besoin de nouveaux profils, de nouvelles compétences venant d’autres horizons pour dynamiser notre territoire. Oublions cette histoire d’ »étrangers » ». Pour illustrer son propos, il cite sa propre expérience : originaire de Porto-Novo, il contribue activement au développement de l’Atacora, tandis que d’autres acteurs non natifs de la région se sont investis sans ménager leurs efforts pour la réussite de ces assises.

Pour ceux qui hésitent encore, Koaugou Robert M’Mouyonne dresse un portrait captivant des richesses du département: un cadre naturel propice au ressourcement; la découverte des Tata Somba traditionnels dans leur état pur (à travers notamment le projet de la « Route des Tatas ») et la mangue de l’Atacora puis l’incontournable fonio, spécialité emblématique de la région.

Ces deux jours de réflexion n’étaient pas un simple espace de discussion sans lendemain. Les Amata ont permis d’accoucher d’une feuille de route claire, dont la mise en œuvre est désormais la priorité. Les prochaines étapes consisteront à vulgariser la feuille de route auprès de l’ensemble des communes et des populations de l’Atacora; installer un cadre de gouvernance opérationnel impliquant la Préfecture, la Chambre de commerce et d’industrie (Cci), l’Association des communes de l’Atacora et de la Donga (2ad), la diaspora et le secteur privé et fédérer les initiatives culturelles autour d’un grand festival commun plutôt que d’événements isolés.

« Nous avons posé les bases. Désormais, il ne s’agit plus de discuter, mais d’agir pour révéler tout le potentiel de notre cher département », a conclu Koaugou Robert M’Mouyonne.

Donatien Fernando SOWANOU

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