Les résultats de l’examen du baccalauréat session de 2026 viennent confirmer une tendance désormais lourde au sein du système éducatif béninois. Alors que la série C brille au sommet des statistiques avec des taux de réussite impressionnants, la série D s’enfonce dans une crise de performance préoccupante. Exigences de travail, effectifs pléthoriques et choix de politique éducative, analyse d’un fossé qui ne cesse de s’creuser.
Les données officielles proclamées pour l’édition 2026 du baccalauréat ne laissent plus de place au doute. D’un côté, les candidats de la série C, spécialité mathématiques et sciences physiques affichent un taux de réussite approchant la barre des 80 %. De l’autre, la série D (sciences de la vie et de la terre), autrefois prisée par la grande masse des scientifiques, accuse un recul net de ses performances. Ce déséquilibre flagrant ne relève plus du simple hasard des promotions. Il traduit une rupture profonde dans les dynamiques d’apprentissage et la préparation des candidats face aux épreuves nationales.
Rigueur intellectuelle contre piège de la facilité

Pour les acteurs du corps enseignant, ce succès incontesté de la série C repose d’abord sur une méthodologie rigoureuse et une discipline personnelle poussée à son maximum. Interrogé sur la question, l’enseignant Laurent Babayegbè insiste sur l’effort soutenu que requiert cette filière d’élite : « La série C, il faut assez d’exercices… Il faut apprendre les leçons d’abord et les pratiquer. Sans l’essai d’apprendre et de ne pas exercer, ça ne peut pas donner ». À l’opposé, la série D paye le prix fort de sa popularité. Souvent perçue à tort comme une voie de repli plus accessible, elle draine des effectifs massifs d’élèves dont beaucoup souffrent de lacunes initiales. À cela s’ajoute le phénomène de la dispersion, accentué par l’addiction aux réseaux sociaux et un manque de travail d’assimilation personnelle. Résultat : face à la rigidité des épreuves du Bac, l’illusion du travail superficiel se brise net.
Stratégie d’État ou impératif de formation des cadres ?
Face à la trajectoire fulgurante de la série C, d’aucuns y voient une volonté sous-jacente des autorités éducatives de privilégier les mathématiques pures. Une lecture que tempère toutefois Bertrand Amoussou, également acteur du monde éducatif. Pour lui, le soutien de l’État répond avant tout à des enjeux stratégiques de développement national. « On pourrait dire que l’État est en train de faire la promotion de la série C. Pour que le pays puisse avancer, il faudrait qu’on puisse promouvoir ces séries, pour que demain le pays ne manque pas de cadres en sciences ». Il rappelle au passage que les critères de correction et les exigences des épreuves demeurent soumis aux mêmes standards d’équité pour l’ensemble des séries scientifiques.

L’urgence d’un sursaut
Si la série C réaffirme son rang de fleuron de l’enseignement secondaire, le déclin de la série D interpelle au plus haut point les décideurs, les parents d’élèves et les enseignants. Pour enrayer cette spirale négative, une réorganisation du suivi pédagogique s’impose, couplée à une prise de conscience individuelle des apprenants. Sans un réarmement moral et méthodologique urgent, la série D risque de voir son statut dévalorisé de manière irrémédiable au sein de la carte scolaire nationale.
Donatien Fernando SOWANOU








