Soixante-six ans après la proclamation de son indépendance, le Bénin cherche encore la formule magique de sa souveraineté économique. Alors que le pays célèbre sa fête nationale ce 1er août, le modèle de développement amorce un tournant stratégique : passer d’une économie d’exportation de matières brutes à une puissance de transformation locale. Entre performances macroéconomiques saluées et pression quotidienne sur le panier de la ménagère, état des lieux d’un chantier national.

Pendant plus de cinq décennies après 1960, le schéma socio-économique béninois s’est articulé autour d’un pivot quasi unique : l’agriculture de rente, portée en maître absolu par le coton, couplée à une économie de transit informelle portée par la proximité du géant nigérian. Si ce modèle a permis de structurer les campagnes et de faire émerger une classe de producteurs, il a aussi maintenu le pays dans une vulnérabilité chronique face aux fluctuations des cours mondiaux et aux fermetures de frontières. Cette dépendance extérieure a longtemps agi comme un plafond de verre. Malgré des taux de croissance réguliers, la création de valeur ajoutée échappait en grande partie au territoire national. Exporter le coton brut pour réimporter des textiles manufacturés à prix fort illustrait le paradoxe d’une indépendance politique sans réelle autonomie industrielle.
Le pari du « Made in Benin » et l’effort d’équipement

Depuis une dizaine d’années, le narratif économique s’est accéléré autour d’un mot d’ordre : la transformation sur place. L’émergence de plateformes comme la Zone industrielle de Glo-Djigbé (Gdiz) incarne ce changement de paradigme. L’objectif affiché ne réside plus seulement dans l’accroissement des volumes agricoles, mais dans leur égrenage, leur filage et leur transformation agroalimentaire avant toute exportation. Parallèlement, le pays s’est engagé dans un vaste programme d’infrastructures routières, portuaires et énergétiques. L’assainissement du cadre des affaires et la modernisation de la gouvernance financière ont permis de capter des investissements directs étrangers et de faciliter l’accès aux marchés obligataires internationaux. Toutefois, ce virage s’accompagne d’un niveau d’endettement rigoureusement surveillé. Si les institutions financières internationales saluent la résilience du cadre macroéconomique, la soutenabilité de ces investissements repose sur leur capacité à générer rapidement des revenus fiscaux et des emplois durables.
La réalité du quotidien : le défi de l’inclusion

Sur le terrain, la perception de ces avancées varie. En zone urbaine comme rurale, la hausse du coût de la vie et la précarité de l’emploi informel rappellent que les indicateurs macroéconomiques misent sur le long terme, tandis que le citoyen répond aux urgences du présent. La création d’emplois industriels qualifiés reste l’un des plus grands défis de cette décennie.
Pour que l’indépendance économique dépasse le stade des discours, la montée en puissance de l’industrie doit s’accompagner d’une adéquation stricte entre le système éducatif, la formation professionnelle et les besoins des nouvelles filières.
Donatien Fernando SOWANOU









