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Femmes pastoralistes : le monde en mouvement

Elles suivent les troupeaux, transforment le lait, élèvent les enfants, préservent les savoirs et font vivre des économies entières. Pourtant, leur travail reste largement invisible. En 2026, les femmes pastoralistes imposent une nouvelle question : qui fait vivre le nomadisme, et qui décide de son avenir ?

Du Sahel aux steppes mongoles, des savanes africaines aux montagnes d’Asie, les femmes pastoralistes vivent avec le mouvement. Elles ne sont pas toutes nomades au sens strict : certaines sont transhumantes, d’autres semi-sédentaires. Mais toutes entretiennent un lien étroit avec les troupeaux, les pâturages et les ressources naturelles. Cette distinction est essentielle pour comprendre leur réalité sans enfermer des sociétés diverses dans le même cliché.

Leur contribution commence souvent là où le regard s’arrête. Pendant que certains hommes conduisent les troupeaux sur les longues routes de transhumance, les femmes assurent la traite, transforment le lait, commercialisent les produits, s’occupent des enfants et organisent une grande partie de la vie quotidienne. Elles ne sont donc pas simplement « derrière » le troupeau : elles font fonctionner l’économie qui l’entoure.

L’enjeu est mondial. Les parcours couvrent plus de la moitié des terres émergées et font vivre directement plus de 500 millions de personnes dépendant du pastoralisme. Pourtant, ces espaces restent soumis à la dégradation des terres, à la pression foncière et à des politiques qui prennent parfois insuffisamment en compte la mobilité pastorale.

Le paradoxe de l’autonomie

Le problème ne se résume toutefois pas à la pauvreté. Une femme peut produire du lait, vendre du fromage ou participer au commerce et rester exclue des décisions concernant le bétail, les terres ou les revenus. Participer à l’économie familiale ne signifie pas nécessairement contrôler cette économie. C’est l’un des principaux paradoxes de la condition des femmes pastoralistes.

Le changement climatique complique encore cette équation. Lorsque les pâturages se dégradent et que l’eau devient plus difficile à trouver, la mobilité augmente et les charges familiales peuvent s’alourdir. Les femmes doivent alors composer avec des ressources plus rares tout en maintenant l’alimentation, les soins et les activités économiques du foyer. Mais elles sont aussi détentrices de connaissances locales et développent des stratégies d’adaptation qui contribuent à la résilience des communautés.

La santé et l’éducation constituent deux autres lignes de fracture. Pour les familles mobiles, l’éloignement peut compliquer l’accès aux soins, notamment pendant la grossesse, tandis que les déplacements peuvent perturber la scolarité des enfants. L’enjeu est particulièrement important pour les filles : leur avenir ne devrait pas être déterminé uniquement par la capacité de leur famille à se déplacer.

2026, l’année où leur voix compte davantage

Cette année donne au sujet une résonance particulière. 2026 est l’Année internationale des parcours et des pasteurs, avec un agenda consacré notamment à la mobilité, aux moyens de subsistance, au climat et à la gestion durable des territoires.

À Katmandou, du 26 au 29 mai, le Global Gathering of Pastoralist Women a réuni des femmes pastoralistes et éleveuses autour d’un objectif clair : renforcer leurs réseaux et faire entendre leur voix dans les décisions qui concernent les terres, les ressources, le climat et l’avenir du pastoralisme.

Ce mouvement traduit une évolution profonde du regard. La femme pastoraliste ne veut plus être uniquement considérée comme une personne à protéger. Elle veut être reconnue comme productrice, entrepreneure, gardienne de savoirs, actrice climatique et décideuse.

Du Bénin au Kenya, du Nigeria à la Mongolie, les réalités diffèrent, mais une même question traverse ces territoires : comment préserver la mobilité et les cultures pastorales tout en garantissant aux femmes l’accès aux terres, aux revenus, à l’éducation, aux soins et aux espaces de décision ?

C’est peut-être là le véritable visage de la femme nomade en 2026 : une femme en mouvement, mais qui ne veut plus rester invisible.

Firmin DANNON

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