Conserver un lien fort avec la terre natale tout en évoluant à des milliers de kilomètres n’est pas toujours chose aisée. Trois membres de la diaspora béninoise aux parcours divers ont accepté d’échanger sur leur sentiment d’appartenance, l’évolution des services publics à leur égard et la perception de leur rôle dans le développement du Bénin. Intervenant depuis Montréal, Freud Guédou, locuteur sous-titreur à Radio-Canada, et depuis la France, Rodrigue Doglé, maître de conférences en marketing durable, accompagnés de Gildas Hassidé, juriste en droit des affaires présent à Cotonou pour son séjour, ont partagé leur vision du lien qui les unit au pays.

Quitter son pays d’origine ne signifie pas rompre le cordon ombilical. Pour ces résidents de l’étranger, le sentiment d’être Béninois se cultive au quotidien à travers des repères culturels et sociaux revalorisés par la distance. Pour Freud Guédou, l’éloignement transforme le rapport aux habitudes locales. « Chaque fois que j’ai l’occasion de manger la pâte et du « Man-tindjan », c’est toujours un jour de fête pour moi, alors que ce ne l’était pas quand j’étais encore au Bénin », confie-t-il, soulignant également l’importance des outils numériques et des médias nationaux pour suivre l’actualité culturelle et musicale. De son côté, Gildas Hassidé évoque une appartenance intrinsèque à une communauté et à une terre.

Évoquant les politiques d’ouverture récentes, notamment les mesures d’attribution de la nationalité aux afro-descendants, il souligne le lien profond qui rattache chacun à ses sources. Enfin, pour Rodrigue Dogblé, ancien président de l’Association des Béninois de la Gironde, l’appartenance est avant tout une « construction sociale » nourrie par l’éducation familiale et le parcours académique. Il note d’ailleurs une visibilité accrue du Bénin à l’international ces dernières années par rapport aux décennies précédentes.
Vers un rapprochement grâce aux réformes et à la digitalisation
S’il a longtemps existé un sentiment d’abandon au sein des communautés de l’extérieur comparativement à d’autres pays de la sous-région bénéficiant de dispositifs d’encadrement plus développés, les intervenants s’accordent sur les progrès enregistrés ces dernières années. Parmi les avancées saluées figurent la création d’organes de représentation, la mise en place d’outils de cartographie des compétences et, surtout, la dématérialisation des services administratifs. L’établissement à distance des passeports, des casiers judiciaires, ou encore les incitations à l’investissement immobilier et financier à l’image des initiatives récentes de la Caisse des Dépôts et Consignations (Cdc) ont facilité la vie des ressortissants. Néanmoins, des attentes persistent quant à une meilleure communication sur les actions menées, un suivi plus rigoureux des répertoires de compétences et une optimisation des services consulaires de proximité.
Diaspora et talents locaux : « Une complémentarité nécessaire »
Interrogés sur l’idée reçue selon laquelle la diaspora serait surreprésentée ou privilégiée dans les instances décisionnelles et les hautes fonctions publiques, les interlocuteurs ont tenu à nuancer le débat. Freud Guédou rappelle que la proportion de membres de la diaspora au sein des institutions reste infime au regard de la population globale. Il rassure sur le fait que la volonté des expatriés de revenir investir ou conseiller ne s’inscrit pas dans une démarche de compétition, mais d’apport à l’édifice national. Rodrigue Dogblé plaide quant à lui pour une vision inclusive : « Il s’agit simplement de valoriser des parcours et des expertises acquises à l’étranger pour les mettre au service du développement national, tout comme l’État continue de s’appuyer sur les talents locaux. Les deux sont complémentaires et ne doivent pas être opposés » ajoute-t-il.

Un avis partagé par Gildas Hassidé pour qui l’essentiel réside dans « la compétence et l’amour du pays », indépendamment du lieu de résidence, afin d’unir les forces de l’intérieur et de l’extérieur pour la construction de la nation.
Donatien Fernando SOWANOU









