Accueil / Grands Débats / Conseil économique et social : Bio Tchané veut rapprocher l’institution des populations

Conseil économique et social : Bio Tchané veut rapprocher l’institution des populations

Après sa prise de fonction, le nouveau président du Conseil économique et social (CES), Abdoulaye Bio Tchané, veut donner une nouvelle dynamique à l’institution. Tournée nationale, réforme interne, plan stratégique et coopération internationale : le secrétaire général du CES, Aziz Paraïso, a détaillé les grandes orientations de cette nouvelle mandature sur Actu Matin.

Installée le 22 juillet 2026, la 8e mandature du Conseil économique et social veut rapidement passer à l’action. Pour prendre le pouls du pays, Abdoulaye Bio Tchané a effectué, du 25 août au 4 septembre, une tournée dans les 12 départements. Une démarche qui, selon Aziz Paraïso, devait permettre au nouveau président de rencontrer les conseillers départementaux, mais aussi les préfets, les maires, les députés et les membres des conférences administratives départementales.

Des préoccupations différentes selon les départements

Cette immersion dans les territoires a surtout permis de mesurer la diversité des difficultés rencontrées par les populations. Dans le Borgou, la question de l’écoulement des produits vivriers s’est imposée comme une préoccupation majeure. Une difficulté qui touche directement les revenus des producteurs et pose, au-delà de la production, la question de l’accès aux marchés.

Dans l’Alibori, c’est la sécurité qui domine les préoccupations. Dans l’Atacora, les échanges ont notamment porté sur la consommation d’alcool frelaté chez les jeunes et l’orpaillage. Dans la Donga, l’émigration des jeunes vers les pays voisins et vers l’Europe a davantage retenu l’attention. Des réalités différentes, mais qui ont un point commun : elles touchent directement les conditions de vie et les perspectives d’avenir des populations.

Pour Aziz Paraïso, ces préoccupations ne doivent toutefois pas rester au stade du constat. Le secrétaire général assure que le CES entend les transformer en sujets de réflexion et formuler des propositions à l’endroit du gouvernement. L’enjeu est donc de faire du CES une institution capable de partir des réalités du terrain pour contribuer aux décisions publiques.

Une institution aux missions renforcées

Le CES connaît également une importante évolution de son fonctionnement. Depuis les réformes engagées à partir de 2024, ses attributions ont été progressivement renforcées. La réforme de 2026 marque notamment une nouvelle étape avec l’intégration de la fonction de Médiateur de la République au sein de l’institution.

Pour Aziz Paraïso, cette évolution renforce le poids du CES dans l’architecture institutionnelle béninoise. Autre nouveauté importante : le président du CES doit désormais présenter chaque année, au mois de septembre, la situation économique et sociale du Bénin devant le gouvernement réuni en session extraordinaire. Le CES n’est donc plus seulement appelé à donner des avis : il dispose désormais d’un rôle plus large dans l’observation et l’analyse de la situation économique et sociale du pays.

Cette transformation explique aussi la volonté de la nouvelle équipe dirigeante de mettre rapidement de l’ordre dans son fonctionnement interne. Après une session extraordinaire convoquée le 18 août, les conseillers ont adopté le nouveau règlement intérieur le 20 août. Le document a ensuite été transmis à la Cour constitutionnelle, qui l’a déclaré conforme à la Constitution le 27 août.

De l’institution à la proximité citoyenne

L’un des changements majeurs défendus par la nouvelle mandature repose sur la territorialisation du CES. Douze conseils départementaux ont été mis en place afin de rapprocher l’institution des réalités locales.

Cette proximité répond à une faiblesse souvent reprochée aux institutions publiques : leur difficulté à faire parvenir leurs informations jusqu’aux citoyens. Le CES entend donc utiliser les radios communautaires et les canaux numériques pour mieux communiquer avec les populations.

L’objectif affiché est simple : faire en sorte que les citoyens comprennent davantage les décisions publiques et les mécanismes institutionnels qui influencent leur quotidien. Pour une institution dont l’utilité a pu être questionnée par le passé, cette proximité constitue surtout un test grandeur nature de sa capacité à produire des résultats visibles.

Quatre piliers pour les cinq prochaines années

La nouvelle orientation du CES repose sur quatre axes annoncés par Abdoulaye Bio Tchané : l’utilité de l’institution, la proximité citoyenne, le dialogue interinstitutionnel et le rayonnement international.

Ces orientations doivent désormais être traduites dans un plan stratégique couvrant la période 2027-2031. Aziz Paraïso résume la démarche autour de trois questions : « Où sommes-nous ? », « Où allons-nous ? » et « Comment y aller ? ». Autrement dit, le CES veut d’abord établir un diagnostic, définir une vision puis déterminer les moyens nécessaires pour la concrétiser.

Le plan stratégique devrait ainsi servir de véritable feuille de route à la mandature. Il doit préciser les axes prioritaires, les objectifs, les actions à mener et les indicateurs permettant de mesurer les progrès réalisés. L’ambition affichée est donc de passer d’une logique de fonctionnement institutionnel à une logique de résultats mesurables.

Cap sur la coopération avec la Côte d’Ivoire

La nouvelle dynamique du CES dépasse également les frontières béninoises. Abdoulaye Bio Tchané a effectué sa première visite officielle à l’étranger en Côte d’Ivoire, auprès de son homologue du Conseil économique, social, environnemental et culturel (CESEC), Eugène Aka Aouélé.

Les deux institutions sont liées par une convention de coopération signée en 2017. Les échanges ont notamment porté sur des préoccupations communes comme l’orpaillage, l’emploi des jeunes et l’inclusion sociale des femmes. Des sujets qui dépassent les frontières et nécessitent, selon le CES, des réponses concertées.

Au final, la nouvelle mandature du CES joue une partie importante de sa crédibilité sur sa capacité à transformer ses nouvelles prérogatives en résultats concrets. Entre présence sur le terrain, écoute des populations, analyse des problèmes économiques et sociaux et dialogue avec les autres institutions, le défi est désormais de démontrer que cette réforme peut produire une réelle valeur ajoutée dans la vie publique béninoise.

Article réalisé à partir de l’entretien accordé par Aziz Paraïso, secrétaire général du Conseil économique et social, au journaliste Dr Thanguy AGOÏ dans l’émission Actu Matin de Canal 3 Bénin.

Firmin DANNON

Répondre

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *