Après une tournée dans les 95 villages de la commune de Djidja, le maire Martin Katakenon dit avoir une vision plus précise des difficultés rencontrées par les populations. Eau potable, routes, énergie, sécurité, scolarisation des filles et gestion foncière figurent parmi les principaux défis évoqués. Invité de l’émission Actu Matin de Canal 3 Bénin, ce lundi 28 septembre 2026, par le journaliste Dr Thanguy Agoï, l’élu communal a présenté les principales orientations de son administration.
La tournée avait un objectif simple : aller au contact des populations pour mesurer les réalités du terrain. Martin Katakenon explique avoir parcouru les 95 villages de Djidja avec les 12 chefs d’arrondissement et les cadres techniques de la commune. Une démarche qui permet à l’administration communale de dépasser les rapports administratifs et de confronter les priorités budgétaires aux besoins exprimés dans les localités.
L’eau potable, priorité numéro un
Au terme de cette tournée, l’accès à l’eau potable apparaît comme la principale urgence pour la mairie. Les chiffres communiqués par le maire donnent une idée de l’ampleur du problème. La commune compte 517 pompes à motricité humaine, dont 439 fonctionnelles et 78 en panne, auxquelles s’ajoutent 15 adductions d’eau villageoises (AEV).
Ces équipements représentent un enjeu essentiel dans une commune où certaines populations restent confrontées aux difficultés d’accès à l’eau. Pour répondre aux pannes recensées, la mairie a inscrit plusieurs interventions dans le collectif budgétaire. Le processus doit permettre d’identifier des prestataires chargés de réhabiliter les ouvrages défectueux.
La commune ne compte toutefois pas agir seule. Selon Martin Katakenon, le gouvernement, à travers l’Agence nationale d’approvisionnement en eau potable en milieu rural, a engagé la réalisation de plusieurs systèmes d’approvisionnement en eau potable multi-villages. Ces infrastructures doivent permettre de desservir plusieurs localités.

Routes et électrification : des besoins encore importants
La tournée a également confirmé les difficultés liées aux infrastructures routières. Le maire décrit Djidja comme une commune fortement rurale, marquée par l’enclavement de certaines zones. L’état des pistes constitue donc un problème concret pour les déplacements des populations, mais aussi pour l’évacuation des productions agricoles.
Le reprofilage des pistes rurales pendant les campagnes cotonnières apporte déjà une réponse ponctuelle. Mais le propos du maire laisse apparaître un défi plus large : assurer une meilleure accessibilité des villages au-delà des seules périodes agricoles.
Même constat dans le domaine de l’énergie. Des chefs-lieux d’arrondissement ont bénéficié d’efforts d’électrification, mais plusieurs hameaux et villages restent encore en dehors du réseau. Pour Djidja, l’enjeu est donc désormais d’étendre ces avancées aux zones encore non desservies.
Écoles : le problème se déplace vers d’autres urgences
L’éducation reste présente dans les préoccupations des habitants, notamment avec les bâtiments scolaires dégradés et les toitures endommagées. Toutefois, Martin Katakenon estime que la question des enseignants connaît une évolution favorable. Il affirme que plusieurs écoles auparavant dépourvues d’enseignants ont reçu du personnel lors des dernières mutations.
La mairie intervient également sur les dégâts causés aux infrastructures scolaires. Une ligne budgétaire dédiée aux catastrophes permet, selon le maire, de financer la réfection de certaines toitures endommagées par les intempéries.
Cette situation montre que les besoins d’une commune ne sont pas figés. Une fois une difficulté partiellement prise en charge, d’autres urgences deviennent plus visibles. Pour Djidja, l’enjeu consiste donc à maintenir les efforts sur les écoles tout en consacrant davantage de moyens aux secteurs jugés prioritaires.
Scolarisation des filles : le défi reste aussi culturel
La scolarisation des filles demeure un autre chantier important. Le maire reconnaît que certaines familles continuent de privilégier le travail agricole, la couture ou la coiffure au détriment de l’école.
Pour lui, la réponse passe d’abord par la sensibilisation. Il appelle les parents à profiter des mesures prises par l’État en faveur des filles et des femmes. Son message repose sur une idée centrale : priver une fille d’éducation ne constitue pas seulement une perte individuelle, mais peut également créer une charge supplémentaire pour la communauté à long terme.
Derrière cette question se trouve donc un défi qui dépasse la gratuité ou l’accès physique à l’école. Il s’agit aussi de convaincre certaines familles que la scolarisation d’une fille représente un investissement pour son avenir et pour celui de la collectivité.
Sécurité : une responsabilité partagée
La question de l’insécurité a été moins évoquée par les populations pendant la tournée, mais elle demeure une préoccupation pour la commune. Vols de motos et cambriolages figurent notamment parmi les actes signalés.
Martin Katakenon explique cette faible expression par la perception selon laquelle la sécurité relève principalement de l’État central. La mairie entend néanmoins renforcer sa collaboration avec les forces de sécurité.
Cette approche traduit une réalité du fonctionnement des collectivités : même lorsque la sécurité publique relève principalement des structures étatiques compétentes, les autorités locales restent directement concernées par la tranquillité des habitants et peuvent jouer un rôle dans la coordination et la prévention.
Foncier : Djidja veut mieux maîtriser son territoire
Autre sujet sensible : la gestion des terres. Le maire reconnaît une multiplication des litiges domaniaux dans la commune. Il évoque également le phénomène de vente de vastes superficies à des particuliers, parfois sans mise en valeur immédiate des terres.
Face à cette situation, Djidja doit s’appuyer sur une meilleure connaissance et une meilleure sécurisation de son territoire. Martin Katakenon annonce ainsi la participation de la commune à un projet gouvernemental de réalisation du cadastre couvrant 14 communes, dont Djidja.
Le cadastre est présenté comme un outil devant permettre à la commune de disposer d’une meilleure maîtrise de son patrimoine foncier. À terme, l’objectif affiché est de réduire les incertitudes autour des terres et de renforcer le contrôle de la gestion foncière dans les 12 arrondissements.
Mobiliser davantage de ressources pour agir
Après avoir identifié les besoins, reste la question centrale des moyens. Sur ce point, Martin Katakenon annonce clairement sa première priorité : renforcer la mobilisation des ressources propres de la commune.
Le maire, qui rappelle sa formation d’inspecteur des impôts, veut également mettre l’accent sur une gestion qu’il décrit comme rigoureuse et transparente. Cette orientation est déterminante, car les ambitions d’une collectivité restent directement liées à sa capacité à mobiliser et à utiliser efficacement ses ressources.
La feuille de route annoncée s’articule ainsi autour de plusieurs axes : mobilisation des recettes communales, bonne gouvernance, réhabilitation des ouvrages hydrauliques, assainissement et lutte contre l’insécurité alimentaire.
Une tournée qui doit désormais produire des résultats
Avec cette tournée des 95 villages, la mairie de Djidja dispose désormais d’un état des lieux établi au contact des populations. Le plus grand défi commence cependant après le diagnostic : transformer les difficultés recensées en réalisations visibles.
L’eau potable apparaît comme l’urgence la plus clairement identifiée, avec 78 pompes à motricité humaine déclarées en panne. Les routes, l’électrification, la gestion foncière et l’assainissement constituent d’autres chantiers importants.
La capacité de la mairie à mobiliser ses ressources, à coordonner son action avec l’État et à hiérarchiser les interventions sera donc déterminante. Pour les populations des 95 villages, l’attente est désormais concrète : voir les priorités annoncées se traduire progressivement par des ouvrages réhabilités, des services améliorés et de meilleures conditions de vie.
Firmin DANNON









