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Olympe Bhêly-Quenum : Adrien Huannou défend le centenaire et appelle à relire toute son œuvre

Invité de Dr Thanguy AGOÏ dans l’émission Actu Matin, le professeur émérite Adrien Huannou est revenu sur la célébration du centenaire annoncé d’Olympe Bhêly-Quenum. Entre la controverse autour de l’année de naissance de l’écrivain et la richesse de son œuvre, l’universitaire appelle surtout à dépasser Un piège sans fin pour redécouvrir un auteur majeur de la littérature béninoise et africaine.

Le débat autour de l’âge d’Olympe Bhêly-Quenum ne doit pas, selon Adrien Huannou, faire perdre de vue l’essentiel. Invité de Dr Thanguy AGOÏ sur Actu Matin, le président de la commission permanente Communication, Arts et Culture de l’Académie Nationale des Sciences, Arts et Lettres du Bénin (ANSLAB) a assumé le choix de célébrer les 100 ans de l’écrivain sur la base de l’année 1926. Pour lui, la discussion autour de 1926 ou 1928 relève davantage d’une « dispute » que d’une véritable remise en cause de l’hommage.

1926 ou 1928 : Adrien Huannou maintient sa position

Sur la question de la date de naissance, le professeur émérite avance une explication liée au contexte scolaire de l’époque. Il rappelle qu’autrefois, certains enfants pouvaient bénéficier d’un jugement supplétif afin de modifier leur âge officiel et répondre aux conditions d’accès à certains concours scolaires.

Selon lui, Olympe Bhêly-Quenum aurait lui-même expliqué que son âge avait ainsi été diminué de deux ans. L’écrivain affirme depuis plusieurs années être né en 1926, alors que certains documents mentionnent 1928.

Adrien Huannou cite notamment le livre Olympe Bhêly-Quenum, écrivain rebelle et visionnaire, publié en 2024, dont les auteurs ont rencontré l’écrivain à plusieurs reprises. Il affirme que celui-ci leur avait indiqué être né en 1926.

Au-delà de cette divergence documentaire, l’universitaire considère donc que la parole de l’intéressé constitue un élément important dans la compréhension de cette question. Surtout, il refuse que cette polémique occulte la portée de l’hommage rendu à l’écrivain.

« Il n’y a pas que Un piège sans fin »

À la question volontairement provocatrice de Dr Thanguy AGOÏ sur ce que Bhêly-Quenum aurait réellement produit d’important en dehors de son âge, Adrien Huannou répond en revenant à l’essentiel : son œuvre.

Pour lui, si le centenaire mérite d’être célébré, c’est précisément parce que l’écrivain a laissé une production littéraire « abondante et dense ». L’universitaire invite ainsi à sortir d’une vision réductrice de Bhêly-Quenum, souvent résumé à Un piège sans fin.

Ce roman reste évidemment une œuvre majeure. Il a notamment marqué plusieurs générations d’élèves parce qu’il a longtemps figuré dans les programmes scolaires. Mais cette forte présence dans l’enseignement a aussi contribué à éclipser d’autres textes.

Adrien Huannou cite notamment Le Chant du lac, Les Appels du vodou, L’Initié et Liaison d’un été. Pour lui, c’est dans l’ensemble de cette production que se mesure véritablement la richesse de l’écrivain.

Un écrivain qui raconte aussi le Bénin

L’intérêt de Un piège sans fin ne se limite pas à son intrigue. Adrien Huannou insiste sur la dimension géographique et culturelle du roman.

À travers le parcours d’Ahouna, le lecteur traverse différentes régions de l’ancien Dahomey jusqu’au sud du pays. Le roman devient ainsi une sorte de voyage littéraire à travers les territoires et le patrimoine culturel.

Cette dimension donne à l’œuvre une valeur qui dépasse la simple fiction. Bhêly-Quenum permet au lecteur de retrouver des espaces, des pratiques et des éléments culturels qui participent à la mémoire collective.

La littérature joue alors un rôle de conservation. Elle permet de transmettre une représentation du pays à des générations qui n’ont pas nécessairement connu les réalités décrites par l’auteur.

Le vodou comme élément de l’identité culturelle

Adrien Huannou accorde également une place importante à Les Appels du vodou et à L’Initié. À travers ces œuvres, il voit une volonté de mettre en valeur une partie du patrimoine culturel béninois.

Le professeur rappelle que Bhêly-Quenum revendique lui-même ses liens avec l’univers du vodou et évoque une naissance à Ouidah dans un environnement marqué par cette tradition.

Mais l’universitaire prend soin de replacer le vodou dans un ensemble plus large. Il rappelle que le patrimoine culturel béninois ne se résume pas à cette seule composante.

La démarche de Bhêly-Quenum devient alors intéressante par sa capacité à faire dialoguer plusieurs univers. Selon Adrien Huannou, l’écrivain illustre une forme de « syncrétisme culturel », notamment à travers L’Initié.

Son personnage Marc Tinguo évolue entre différentes formes d’initiation. Cette construction traduit, selon l’universitaire, la possibilité de conjuguer héritage culturel africain et formation occidentale sans nécessairement renoncer à l’un ou à l’autre.

Un écrivain rebelle et critique

Autre caractéristique soulignée sur Actu Matin : la posture critique de Bhêly-Quenum.

Adrien Huannou le présente comme un écrivain « rebelle » et « contestataire », capable de dénoncer ce qu’il estime mauvais. Cette posture aurait concerné aussi bien la période coloniale que les années post-indépendance.

Son œuvre apparaît ainsi comme un espace de confrontation avec les réalités de son époque. Il ne s’agit pas seulement de raconter, mais également de questionner.

L’universitaire relève d’ailleurs une évolution dans le regard porté par l’écrivain. Certains textes permettent de lire une critique de la colonisation, tandis que d’autres passages témoignent d’une ouverture à certains aspects de la culture occidentale et du christianisme.

Plus tard, notamment dans L’Initié et Les Appels du vodou, la défense des valeurs culturelles africaines et du vodou devient beaucoup plus visible.

Cette évolution montre surtout un écrivain en dialogue permanent avec plusieurs mondes. Elle permet aussi de comprendre pourquoi Adrien Huannou le présente comme un bâtisseur de la conscience africaine et un défenseur de l’identité béninoise.

Célébrer les grands hommes de leur vivant

Derrière la célébration de Bhêly-Quenum, Adrien Huannou voit une question beaucoup plus large : celle de la reconnaissance des intellectuels et des artistes béninois de leur vivant.

Pour le professeur, le Bénin doit davantage prendre l’habitude de célébrer ses grandes figures lorsqu’elles sont encore présentes pour recevoir cet hommage.

La démarche de l’ANSLAB prend donc une dimension symbolique. Elle rappelle que la reconnaissance culturelle ne devrait pas être uniquement posthume.

Cette réflexion touche également à la transmission. Honorer un écrivain ne signifie pas seulement organiser une cérémonie. Cela suppose aussi de rendre son œuvre accessible, de la faire connaître aux jeunes et de maintenir le débat autour de son héritage.

Un ouvrage pour prolonger le centenaire

La célébration a également permis de mettre en lumière un ouvrage collectif consacré à Olympe Bhêly-Quenum. Le livre rassemble les actes du colloque organisé le 7 janvier 2025 autour de l’écrivain.

Pour Adrien Huannou, cette publication doit contribuer à prolonger la réflexion au-delà de la cérémonie. Sa mise en vente doit permettre au public, aux étudiants, aux enseignants et aux passionnés de littérature de poursuivre la découverte de l’œuvre.

L’enjeu est important : éviter que le centenaire ne soit qu’un événement ponctuel. Une commémoration culturelle prend tout son sens lorsqu’elle provoque une nouvelle dynamique de lecture et de recherche.

Relire Bhêly-Quenum pour comprendre les débats d’aujourd’hui

Pour Adrien Huannou, l’œuvre de Bhêly-Quenum possède également une dimension contemporaine. Selon lui, l’écrivain avait déjà abordé certaines problématiques que les nouvelles générations intellectuelles pensent parfois découvrir aujourd’hui.

Cette remarque invite à une relecture critique de ses romans. Les textes anciens ne sont pas nécessairement enfermés dans leur époque. Ils peuvent continuer à fournir des pistes de réflexion lorsque les questions qu’ils soulèvent restent présentes.

C’est probablement là que se situe l’un des enjeux majeurs de ce centenaire : ne pas seulement célébrer un âge, mais mesurer la capacité d’une œuvre à survivre à son auteur et à continuer de parler aux générations suivantes.

Bhêly-Quenum, bien plus que Un piège sans fin

Le message porté par Adrien Huannou sur Actu Matin est finalement clair : Olympe Bhêly-Quenum ne doit pas être réduit à son roman le plus connu.

Son œuvre permet de revisiter l’histoire, la culture, l’identité, le rapport à la colonisation, le vodou, le christianisme et la place de l’Afrique dans le monde. Elle offre également un regard sur le Bénin et sur ses transformations.

Le centenaire apparaît ainsi comme une invitation à rouvrir les livres. Car au-delà de la polémique sur 1926 ou 1928, l’essentiel reste peut-être là : faire en sorte que les générations actuelles redécouvrent l’écrivain et comprennent pourquoi son œuvre continue de susciter le débat.

Firmin DANNON

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