Célébrée ce samedi 17 octobre 2026, la Journée internationale pour l’élimination de la pauvreté remet au centre du débat la dignité humaine, le droit au logement et les conséquences des conflits. En Afrique, où l’extrême pauvreté reste particulièrement concentrée, l’urgence est de transformer les engagements en actions concrètes.
La misère ne se résume pas à un manque d’argent. Elle se manifeste aussi par l’absence de logement décent, les difficultés d’accès à l’eau potable, la faim, l’exclusion et l’impossibilité de participer pleinement à la vie sociale. C’est ce que rappelle la Journée mondiale du refus de la misère, célébrée chaque 17 octobre. Pour son édition 2026, le thème porté par ATD Quart Monde, « S’unir pour la paix et les droits humains : Habiter la terre », souligne une réalité fondamentale : vivre dignement suppose de disposer d’un environnement sûr et de pouvoir exercer ses droits.
Du Trocadéro à une mobilisation mondiale
L’histoire de cette journée remonte au 17 octobre 1987. À l’appel du père Joseph Wresinski, fondateur du mouvement ATD Quart Monde, plus de 100 000 personnes se sont rassemblées sur le parvis du Trocadéro, à Paris, pour rendre hommage aux victimes de la faim, de la violence et de l’ignorance. Une dalle commémorative y a été inaugurée pour rappeler que la misère constitue une violation des droits humains.
Son message demeure d’actualité : « Là où des hommes sont condamnés à vivre dans la misère, les droits de l’homme sont violés. S’unir pour les faire respecter est un devoir sacré. »
Le 22 décembre 1992, l’Assemblée générale des Nations Unies a officiellement proclamé le 17 octobre Journée internationale pour l’élimination de la pauvreté, par la résolution 47/196. Depuis, cette mobilisation invite les gouvernements, les organisations et les citoyens à dépasser les discours pour agir contre les causes profondes de la précarité.
Afrique : l’extrême pauvreté reste un défi majeur

Les chiffres montrent l’ampleur du problème. Selon la Banque mondiale, l’Afrique subsaharienne concentrait, en 2024, 67 % des personnes vivant dans l’extrême pauvreté dans le monde, alors qu’elle représentait environ 16 % de la population mondiale. Cette concentration révèle les difficultés persistantes de la région à transformer la croissance économique en amélioration durable des conditions de vie.
Derrière ces statistiques, des millions de familles peinent à satisfaire leurs besoins essentiels. L’accès à un emploi stable, à l’éducation, aux soins et à un logement convenable reste déterminant. La pauvreté ne relève donc pas uniquement de la responsabilité individuelle : elle est également liée aux inégalités, à la fragilité des services publics, aux possibilités économiques et à la capacité des politiques sociales à atteindre les populations les plus vulnérables.
Les crises sécuritaires aggravent encore cette situation. Selon le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), l’Afrique de l’Ouest et du Centre comptait 21,2 millions de personnes déplacées de force ou apatrides en septembre 2025. La République démocratique du Congo, le Nigeria et le Burkina Faso figuraient parmi les pays accueillant les plus importantes populations déplacées internes, avec respectivement environ 5 millions, 3,6 millions et 2,1 millions de personnes. Ces déplacements fragilisent l’accès au logement, à l’alimentation, à l’éducation et aux moyens de subsistance.
Au Soudan, la guerre illustre de manière dramatique le lien entre conflit et pauvreté. Le Programme alimentaire mondial estime à près de 19,5 millions le nombre de personnes confrontées à une insécurité alimentaire aiguë. Lorsque les combats détruisent les habitations, perturbent les activités agricoles et empêchent l’acheminement de l’aide, les populations perdent à la fois leurs ressources et les moyens de reconstruire leur avenir.
« Habiter la terre » : bien plus qu’avoir un toit

Le thème de 2026 invite à repenser le droit au logement. Avoir un toit ne suffit pas si celui-ci expose ses occupants aux intempéries, à l’insécurité ou à des conditions sanitaires dangereuses. Un logement digne suppose aussi l’accès à l’eau, à l’assainissement, à l’hygiène et aux services essentiels.
Cette question concerne particulièrement les populations déplacées par les conflits, les familles vivant dans des quartiers précaires et les personnes qui consacrent une part excessive de leurs revenus à se loger. Les Nations Unies rappellent que les logements dangereux, inabordables ou surpeuplés peuvent aggraver la pauvreté et l’exclusion. À l’échelle mondiale, plus de 2,8 milliards de personnes connaissent une forme ou une autre d’insuffisance de logement.
Pour les pays africains, l’enjeu est donc double : répondre aux besoins immédiats des personnes vulnérables et développer des solutions durables. Cela passe notamment par des politiques de logement accessibles, des infrastructures adaptées, la prévention des expulsions abusives et une meilleure prise en compte des risques climatiques.
Donner la parole aux personnes qui vivent la misère
La lutte contre la pauvreté ne peut réussir sans la participation des premiers concernés. Les personnes en situation de précarité ne sont pas seulement des bénéficiaires de l’aide : elles disposent d’une expérience essentielle pour comprendre les difficultés du quotidien et identifier des solutions adaptées.
La Journée du refus de la misère rappelle ainsi aux autorités, aux associations et aux citoyens que la solidarité ne doit pas se limiter à des gestes ponctuels. Elle exige des politiques cohérentes, des mécanismes de protection efficaces et une volonté réelle de réduire les inégalités.
Au Bénin comme ailleurs sur le continent, cette mobilisation invite à interroger les réponses apportées aux familles vulnérables, aux personnes sans logement convenable et aux populations fragilisées par l’insécurité ou les difficultés économiques. L’enjeu est de faire en sorte que les droits fondamentaux ne restent pas des principes inscrits dans les textes, mais deviennent une réalité quotidienne.
Quarante ans après le rassemblement du Trocadéro, le message du père Joseph Wresinski conserve toute sa force. Refuser la misère, c’est reconnaître à chaque être humain une dignité égale, quels que soient ses revenus ou son origine. Et construire la paix, c’est aussi créer les conditions permettant à chacun d’habiter la terre en sécurité, librement et dignement.
Firmin DANNON









