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Le don d’organes : une décision qui peut sauver plusieurs vies

Le don d’organes consiste à mettre un organe à disposition d’une personne qui en a besoin pour survivre ou améliorer son état de santé. Il peut concerner notamment les reins, le foie, le cœur, les poumons et le pancréas. Certains tissus, comme la cornée, peuvent également être prélevés et greffés. Selon les circonstances médicales et les règles en vigueur, le prélèvement peut être réalisé après le décès ou, pour certains organes, auprès d’un donneur vivant.

Un donneur peut ainsi permettre de sauver ou d’améliorer la vie de plusieurs personnes. Mais ce geste ne s’improvise pas. Il nécessite une évaluation médicale, des examens de compatibilité, des équipes spécialisées et un suivi après la greffe. La disponibilité d’un organe ne garantit donc pas automatiquement qu’une transplantation sera possible.

Le don vivant, notamment pour le rein, représente une possibilité importante dans les pays où le prélèvement sur des personnes décédées reste peu développé. Il exige toutefois un consentement libre et éclairé, une évaluation rigoureuse des risques et une protection effective du donneur. La solidarité ne doit jamais devenir une source de pression familiale, de marchandisation du corps humain ou d’exploitation des personnes vulnérables.

Entre croyances, méfiance et manque d’information

En Afrique, la promotion du don d’organes doit également tenir compte des réalités sociales, culturelles et religieuses. Les représentations de la mort, les croyances autour de l’intégrité du corps et les inquiétudes liées au prélèvement peuvent influencer les décisions des familles. À cela s’ajoutent parfois la méconnaissance des procédures médicales et la crainte d’un prélèvement effectué sans respect de la volonté du donneur.

Ces préoccupations ne doivent pas être balayées d’un revers de main. Elles appellent des explications accessibles, des échanges avec les professionnels de santé et une communication transparente sur les conditions du prélèvement. Les responsables religieux, les associations de patients, les journalistes et les acteurs communautaires peuvent contribuer à ce dialogue.

Il faut notamment expliquer qu’un don d’organes n’est pas une vente d’organes. Les principes directeurs de l’OMS défendent le caractère volontaire du don et interdisent les paiements ou avantages financiers destinés à obtenir des organes. Un système fiable doit aussi garantir la traçabilité des prélèvements, la confidentialité des informations médicales et l’équité dans l’attribution des greffons.

La déclaration de Nouakchott, un signal pour le continent

Le débat prend une dimension continentale avec la Déclaration de Nouakchott, issue d’une initiative d’experts africains. Le premier Forum africain sur le don et la transplantation d’organes s’est tenu en mai 2025 en Mauritanie, avec plus de 300 experts venus de 12 pays. Le processus a abouti à un cadre stratégique visant à accélérer le développement de la transplantation en Afrique.

Présentée dans une publication scientifique parue en septembre 2026, cette déclaration met l’accent sur huit principes stratégiques, notamment la gouvernance, la sensibilisation, le financement, le renforcement des compétences et la coopération régionale. Son ambition est de mieux adapter les réponses médicales et institutionnelles aux réalités africaines.

Cette démarche souligne une nécessité : le développement de la greffe ne peut reposer uniquement sur la générosité des citoyens. Les États doivent investir dans les infrastructures, former des spécialistes, encadrer juridiquement les prélèvements et garantir la sécurité des patients. La coopération entre pays peut également favoriser le partage d’expérience et le renforcement des capacités médicales.

Au Bénin, un enjeu à inscrire dans le débat public

Pour le Bénin comme pour les autres pays africains, cette question mérite une attention particulière. Il importe de mieux informer la population sur le don d’organes, les possibilités médicales existantes et les garanties nécessaires à toute transplantation. Toutefois, il convient de distinguer la sensibilisation du public de l’existence effective d’un programme national de prélèvement et de greffe : les deux ne sont pas équivalents.

Les informations publiques consultées ne permettent pas d’établir ici un bilan national vérifié du nombre de donneurs, de prélèvements ou de transplantations réalisés au Bénin. Il serait donc imprudent d’avancer des chiffres sans confirmation auprès des autorités sanitaires compétentes. Un état des lieux officiel permettrait notamment de préciser les besoins des patients, les capacités hospitalières, les textes applicables et les perspectives de coopération avec des centres étrangers.

Les professionnels de santé, les pouvoirs publics et les associations de patients ont ainsi un rôle essentiel à jouer. L’objectif n’est pas de pousser indistinctement chacun à donner ses organes, mais de permettre à tous de comprendre les enjeux, de connaître les garanties prévues et d’exprimer une décision libre et éclairée.

Une journée pour parler, informer et agir

Le 17 octobre constitue une date de sensibilisation au don d’organes dans certains pays, notamment au Luxembourg, qui organise des actions publiques autour de cette question. Il faut néanmoins préciser que cette date n’est pas universellement retenue : le 13 août est également célébré comme Journée mondiale du don d’organes dans plusieurs pays. Il est donc préférable de parler d’une journée de sensibilisation plutôt que de présenter le 17 octobre comme une observance officielle unique de l’ONU ou de l’OMS.

Au-delà du calendrier, le message reste essentiel : le don d’organes peut sauver des vies, mais il doit s’inscrire dans un système médical sûr, transparent et accessible. Informer les citoyens, écouter leurs préoccupations, respecter leurs choix et protéger les donneurs sont des conditions indispensables à son développement.

En Afrique, où l’accès à la transplantation demeure très limité, le défi est double : faire progresser la compréhension du don et construire les moyens médicaux qui permettront de le transformer en une chance réelle pour les malades. Parce qu’un geste de solidarité ne prend tout son sens que lorsqu’il peut être accompli dans la confiance, la sécurité et le respect de la dignité humaine.

Firmin DANNON

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