Pour Axel Beria VIDJANNAGNI, les Béninois de l’étranger représentent un marché important pour les produits nationaux. Mais la promotion du consommer local ne peut produire pleinement ses effets sans une transformation accrue des matières premières, une meilleure disponibilité des produits béninois à l’étranger et des investissements de la diaspora dans les entreprises locales.
La promotion du consommer local ne doit pas se limiter aux campagnes de sensibilisation. Elle doit aussi permettre au Bénin de transformer davantage ses matières premières, de développer ses entreprises et de créer des emplois sur son territoire. C’est le plaidoyer défendu par Axel Beria VIDJANNAGNI, Béninois vivant en France, lors d’un entretien téléphonique avec le Dr Thanguy AGOÏ.
À l’occasion du mois consacré à la promotion du consommer local, l’intervenant a insisté sur la place que peut occuper la diaspora dans le développement économique du pays. Selon lui, les Béninois établis à l’étranger restent attachés aux produits de leur pays d’origine, mais rencontrent encore des difficultés pour s’en procurer.
La diaspora, un marché à mieux conquérir

Vivre à l’étranger ne signifie pas rompre avec les habitudes de consommation du pays d’origine. Axel Beria VIDJANNAGNI explique que de nombreux Béninois de la diaspora continuent de rechercher les produits nationaux et sollicitent parfois leurs proches restés au pays pour s’en procurer.
« En tant que Béninois de la diaspora, nous sommes déjà très attachés à nos produits locaux », souligne-t-il.
Il voit dans cette demande un marché à développer, à condition que les produits soient disponibles, accessibles et suffisamment bien distribués. Le gari, les produits transformés et certaines denrées béninoises figurent parmi les exemples évoqués.
L’intervenant estime cependant que la présence de produits nationaux dans les commerces à l’étranger reste insuffisante. En France, explique-t-il, il est parfois plus facile de trouver du gari provenant d’autres pays de la sous-région que du gari béninois.
« On voudrait quand même du Made in Benin dans ce type de surface-là », regrette-t-il.
Cette difficulté révèle un enjeu commercial important. L’attachement des consommateurs à leur pays d’origine ne suffit pas si les produits ne sont pas disponibles dans les circuits de distribution. Pour conquérir les marchés de la diaspora, les entreprises béninoises doivent donc améliorer leur capacité de production, leur organisation logistique et leur présence commerciale à l’étranger.
Transformer avant de consommer
Pour Axel Beria VIDJANNAGNI, le principal défi se situe en amont de la consommation : la transformation des matières premières.
Il rappelle que le mois du consommer local, institué dans l’espace de l’UEMOA en 2019, vise notamment à encourager la transformation locale, à renforcer les entreprises nationales et à faire évoluer les habitudes de consommation.
Selon lui, des progrès sont observés dans plusieurs secteurs, notamment l’agroalimentaire, les cosmétiques, le textile et les matériaux de construction. Mais les efforts doivent se poursuivre pour que le pays tire davantage de valeur de ses ressources.
« Il n’y a pas de consommation sans transformation », insiste-t-il.
L’exemple du coton illustre son raisonnement. Lorsqu’une matière première est exportée sans transformation suffisante, une partie des activités industrielles, des emplois et des revenus potentiels se développe à l’étranger. Le pays producteur peut ensuite importer des produits finis issus de cette même matière première.
La transformation locale permettrait, au contraire, de développer des unités industrielles, de créer des emplois et de renforcer les compétences nationales. Elle contribuerait aussi à réduire la dépendance envers certains produits importés.
Pour l’intervenant, le consommer local doit donc s’inscrire dans une stratégie économique plus large : produire davantage, transformer sur place, puis distribuer les produits sur les marchés nationaux et internationaux.
La souveraineté économique exige une production suffisante
Axel Beria VIDJANNAGNI appelle néanmoins à éviter une approche qui consisterait à limiter les importations sans disposer d’une production locale suffisante pour satisfaire les besoins des consommateurs.
Il évoque notamment les difficultés liées à certains produits alimentaires, dont la viande de volaille. Son argument est simple : la promotion de la production nationale doit progresser en cohérence avec les besoins réels du marché.
Autrement dit, encourager la consommation des produits béninois suppose aussi de garantir leur disponibilité, leur qualité et des prix accessibles.
Cette analyse rappelle qu’une politique de souveraineté économique ne peut reposer uniquement sur des restrictions commerciales. Elle nécessite des investissements productifs, des infrastructures adaptées, des entreprises compétitives et un accompagnement efficace des producteurs et des transformateurs.
Le Made in Benin doit ainsi être capable de répondre à la demande intérieure avant de conquérir durablement les marchés extérieurs.
La diaspora appelée à investir dans l’agro-industrie
Au-delà de son rôle de consommatrice, la diaspora pourrait contribuer directement au développement des entreprises béninoises. C’est l’une des pistes mises en avant par Axel Beria VIDJANNAGNI.
Il invite les Béninois de l’étranger à réfléchir à des investissements dans la transformation des matières premières et l’agro-industrie, plutôt qu’à se limiter à des projets individuels sans lien avec le développement de chaînes de valeur locales.
« Comment est-ce que nous, de notre côté, on arrive à s’organiser pour investir dans ce qu’est la transformation, dans ce qu’est l’agro-industrie ? », s’interroge-t-il.
Cette proposition ouvre une perspective intéressante. Grâce à leurs ressources financières, à leurs réseaux professionnels et à leur connaissance des marchés internationaux, les membres de la diaspora pourraient contribuer au financement d’unités de transformation, à la modernisation des entreprises et à la commercialisation des produits béninois.
Une telle dynamique suppose toutefois un environnement favorable à l’investissement, des projets crédibles, une gouvernance transparente et des mécanismes permettant de suivre l’utilisation des fonds engagés.
La diaspora ne serait alors plus seulement un débouché commercial, mais également un partenaire de la production et de l’industrialisation.
Faire du Made in Benin une vitrine du pays
La visibilité internationale constitue un autre défi. Pour Axel Beria VIDJANNAGNI, les produits béninois doivent pouvoir se distinguer dans les magasins, les restaurants et les réseaux commerciaux fréquentés par les communautés africaines à l’étranger.
Il salue les initiatives de commerçants et d’entrepreneurs qui importent des produits du Bénin ou proposent des spécialités culinaires nationales en France. Il évoque également la présence de produits transformés localement dans certains circuits internationaux.
Mais ces initiatives restent à consolider. Il faut, selon lui, davantage de produits disponibles, une meilleure régularité de l’approvisionnement et une présence commerciale plus forte.
L’objectif dépasse la simple consommation alimentaire. Les produits textiles, les cosmétiques et les autres biens fabriqués au Bénin peuvent également contribuer au rayonnement du pays.
« Nous sommes aujourd’hui un gros marché à l’extérieur, mais nous sommes préoccupés par les situations de notre pays », affirme-t-il, en rappelant le lien qui unit la diaspora au Bénin.
Le Made in Benin pourrait ainsi devenir un instrument de visibilité économique et culturelle, à condition de s’appuyer sur une production suffisamment structurée et compétitive.
Le prochain rendez-vous : production, transformation et souveraineté
Dans le cadre de ses activités organisées le vendredi, Axel Beria VIDJANNAGNI prévoit d’aborder la consommation locale sous l’angle de la production, de la transformation et de la souveraineté économique.
Les échanges doivent notamment porter sur le soutien public aux entreprises, l’évaluation des politiques existantes et les possibilités d’investissement de la diaspora dans les industries locales.
L’enjeu sera de dépasser les discours de promotion pour examiner les résultats obtenus, les difficultés persistantes et les moyens de renforcer les entreprises béninoises.
Au fond, le message défendu par Axel Beria VIDJANNAGNI est clair : le consommer local ne peut devenir un véritable moteur de développement sans une production suffisante, une transformation ambitieuse et des circuits de distribution efficaces.
Pour le Bénin, le défi consiste désormais à faire de l’attachement des citoyens à leurs produits nationaux une force économique durable, capable de créer des emplois, de soutenir les entreprises et de porter l’image du pays au-delà de ses frontières.
Firmin DANNON









