La Dre Bernice Enagnon Sangnidjo,médecin généraliste et activiste des droits en santé sexuelle et reproductive, membre du réseau Arayaa, revient sur les tabous persistants, les risques sanitaires et le rôle crucial des familles et des écoles dans l’accompagnement des adolescentes.
Des règles encore prisonnières des tabous
Malgré les avancées en matière d’éducation et de sensibilisation, les menstruations restent entourées de croyances profondément ancrées dans de nombreuses communautés. Pour la Dre Bernice Enagnon Sangnidjo, ce poids culturel continue d’impacter négativement la vie des jeunes filles.
« Tant que les règles seront associées à la honte ou à l’impureté, nous continuerons de reproduire des inégalités et de mettre en danger la santé des adolescentes », souligne-t-elle.
Parmi les idées reçues encore fréquentes figurent la perception des menstruations comme quelque chose de “sale”, l’interdiction supposée pour une fille menstruée de cuisiner, ou encore l’idée qu’elle ne devrait pas participer à certaines activités sociales ou religieuses.Dans certains contextes, le simple fait de parler des règles reste considéré comme honteux, voire inapproprié. Résultat : les adolescentes vivent souvent leurs premières menstruations dans la confusion, sans information préalable ni accompagnement.
Une désinformation aux conséquences multiples
Pour la spécialiste, le silence et la désinformation autour des menstruations ne sont pas anodins. Ils exposent les adolescentes à des risques sanitaires et psychosociaux importants.Sur le plan médical, une mauvaise hygiène menstruelle peut entraîner irritations, infections vaginales et urinaires, ainsi que des inconforts persistants. L’utilisation de protections inadaptées ou mal entretenues aggrave ces risques.
Mais les conséquences dépassent la santé physique. La Dre Sangnidjo insiste également sur l’impact psychologique :
« Beaucoup de jeunes filles développent de la honte, perdent confiance en elles ou s’isolent pendant leurs règles, faute d’un environnement compréhensif. »
L’absentéisme scolaire, souvent lié à la peur des fuites, des odeurs ou à l’absence d’infrastructures adaptées, constitue également un frein majeur à la scolarisation des filles.
Le rôle central des parents et des écoles
Pour la médecin et militante, la solution passe avant tout par une implication plus forte des familles et des établissements scolaires.Elle appelle les parents à instaurer un dialogue précoce avec leurs enfants, bien avant les premières règles, afin de normaliser ce phénomène biologique.
« Expliquer les menstruations comme une étape naturelle du développement permet de réduire la peur et d’éviter les traumatismes liés à la méconnaissance », affirme-t-elle.
Les parents ont également un rôle clé dans l’accès aux protections hygiéniques et dans l’apprentissage des bonnes pratiques d’hygiène.
Du côté des écoles, l’enjeu est tout aussi crucial. L’intégration de l’éducation menstruelle dans les programmes, associée à des infrastructures sanitaires adaptées, toilettes propres, eau disponible, espaces d’intimité est indispensable pour garantir la dignité des élèves.
Une journée pour rappeler l’essentiel
La Journée mondiale de l’hygiène menstruelle est, selon la Dre Sangnidjo, une opportunité de rappeler une vérité simple mais essentielle : les menstruations sont un phénomène naturel et ne doivent jamais être une source de discrimination.
Elle insiste sur trois priorités majeures : briser les tabous, renforcer l’éducation et améliorer l’accès aux protections hygiéniques.
« Tant que certaines filles manqueront l’école à cause de leurs règles, tant que d’autres auront honte de leur propre corps, nous n’aurons pas encore atteint l’égalité », rappelle-t-elle.
Vers une approche plus digne et inclusive
L’enjeu est désormais de transformer les mentalités et les politiques publiques. L’accès à une information fiable, à des produits hygiéniques abordables et à des infrastructures adaptées reste une condition essentielle pour garantir la santé et l’épanouissement des filles et des femmes.Dans un contexte où les initiatives se multiplient mais restent encore insuffisantes, les voix comme celle de la Dre Bernice Enagnon Sangnidjo rappellent l’urgence d’une action coordonnée.
Car au-delà de la biologie, il s’agit bien ici de dignité, d’éducation et d’égalité des chances.
Firmin DANNON









