L’effervescence est totale sur l’esplanade du Palais des Congrès de Cotonou. Les marteaux résonnent, les barres de fer s’assemblent et les équipes s’activent pour acheminer les derniers matériels. À quelques heures de l’ouverture officielle, prévue ce jeudi 25 juin 2026, le site se transforme en une véritable fourmilière pour accueillir le premier Salon-expo Avicole du Bénin.
Du 25 au 27 juin, la capitale économique béninoise deviendra le carrefour de l’aviculture sous-régionale et internationale. Plus de 25 à 30 pays africains sont attendus pour cet événement d’envergure. Des délégations de la Cedeao (Sénégal, Côte d’Ivoire, Togo, Mali) y croiseront des représentants venus de France, d’Allemagne, de Chine, de Belgique et des Pays-Bas. Sur le terrain, un coup de projecteur particulier est mis sur le stand du Maroc, dont les structures imposantes témoignent du statut d’invité d’honneur du Royaume chérifien, leader africain du secteur.

Présent sur le site pour superviser les derniers réglages, le président de l’Interprofession de l’Aviculture du Bénin (Iab), Léon Anago, ne cache pas sa satisfaction. « Je déambule entre les stands pour voir l’évolution du montage. C’est avec une grande satisfaction que j’apprécie l’évolution. Je suis certain qu’à partir de jeudi, la fête pourra commencer dans de très bonnes conditions. » se réjouit-il avant l’heure.
Un programme axé sur la professionnalisation et l’innovation
Loin d’être une simple foire commerciale, ce salon qui est une grande première pour l’interprofession béninoise se veut un espace de renforcement des capacités et de business. Le programme s’annonce dense: masterclass pour les professionnels et les étudiants des lycées agricoles, panels de discussion, visites de stands et opportunités de B2B directes avec les opérateurs internationaux. La recherche scientifique sera également à l’honneur avec des communications de haut niveau, notamment celle du Dr Youssao de l’École polytechnique d’Abomey-Calavi (Epac), pour aborder les enjeux cruciaux de biosécurité, de certification et de traçabilité.
Les défis d’une filière en pleine mutation

Derrière la célébration, ce salon se tient à un moment charnière pour l’aviculture béninoise, qui fait face à des défis structurels majeurs, mais aussi à de fortes ambitions de souveraineté économique. Le principal frein à la compétitivité reste la dépendance de la filière vis-à-vis des importations de « semences » (poussins d’un jour) et d’œufs à couver. Le consultant de l’Iab, Bonaventure Camille Azomahou, déplore l’absence d’accouveurs disposant de parentaux modernes au niveau local. Cette situation impose un coût de 700 à 800 francs Cfa par poussin importé, soit le double des prix pratiqués au Sénégal ou en Côte d’Ivoire (entre 400 et 500 francs Cfa), pays déjà autosuffisants. Une distorsion de coût qui pèse directement sur le prix de la viande de volaille béninoise. Des discussions sont toutefois en cours avec le gouvernement pour implanter des unités locales de parentaux modernes.

L’autre grand goulet d’étranglement, en particulier pour les petits éleveurs, réside dans le financement. Blaise Seton, président de l’Union nationale des aviculteurs professionnels(UNAP) et vice-président de l’Interprofession, souligne que malgré les outils publics mis en place tels que le Fonds national de développement agricole (Fnda) et l’Agence de développement des petites et moyennes entreprises (Adpme), l’accès au crédit reste un parcours du combattant. Les exigences de garanties bancaires et les taux d’intérêt élevés finissent par exclure la majorité des petits producteurs au profit des grands exploitants.
Une synergie politique et sous-régionale
La réussite de l’organisation de ce salon repose sur une forte mobilisation institutionnelle. Léon Anago a tenu à saluer l’implication de Gaston Dossouhoui, ancien ministre de l’agriculture, de l’élevage et de la pêche qui a facilité les contacts avec le Maroc, ainsi que le soutien de l’actuel ministre de l’Agriculture, de l’Élevage et de la Pêche, qui a mis ses cadres à contribution pour inscrire cet événement dans une dimension de fête nationale.
En marge du salon, Cotonou accueillera également l’Assemblée générale de la Confédération africaine pour le développement de l’aviculture (Cada), actuellement présidée par le Maroc, ouvrant la voie à des partenariats durables pour la formation des jeunes éleveurs et des vétérinaires béninois.
Les acteurs de la filière comptent d’ailleurs capitaliser sur cette dynamique pour dresser un rapport complet au chef de l’État, afin de concrétiser les promesses d’appui au secteur agropastoral. Le compte à rebours est lancé. Rendez-vous ce jeudi dans la salle bleue du Palais des Congrès pour le lancement officiel.









