La saison des pluies rime souvent avec calvaire pour les acteurs du transport urbain au Bénin. Reçu sur le plateau de l’émission Actu Matin, Barthélemy Yetin, Secrétaire général de l’Union pour la défense des conducteurs de taxi-moto Zémidjans du Bénin (Udcozem), a dépeint sans fard le quotidien de ces maillons essentiels de la mobilité, récemment éprouvés par le blocage du pont de Djonou.
Situé dans l’arrondissement de Godomey (commune d’Abomey-Calavi), le pont de Djonou a été le théâtre d’une paralysie routière majeure la semaine dernière. Totalement submergée et bloquée pendant plusieurs jours, l’infrastructure a contraint les usagers à de longs détours par Womey ou Cocotomey par la pharmacie Concorde. Pour les conducteurs de taxi-moto, les conséquences financières ont été immédiates. Barthélemy Yetin illustre ce choc logistique : « Celui qui a l’habitude de venir à Cotonou, faire son aller-retour avec 2 litres de carburant, se retrouve à 4 litres » se désole-t-il .
Une augmentation des charges difficilement répercutable sur des clients au pouvoir d’achat déjà crispé. Face à ce chaos, le leader syndical a néanmoins tenu à saluer l’action constante de la Police républicaine pour fluidifier le trafic, avant de constater un retour à la normale et un grand soulagement ce matin. Au-delà de ce point noir de la circulation, l’entretien a mis en lumière la vulnérabilité structurelle des conducteurs en période hivernale. Le Secrétaire général de l’Udcozem évoque une triple crise sectorielle dès que les premières gouttes tombent.
D’abord, la sécurité routière compromise, la santé précarisée, et la chute drastique des revenus. Contrairement aux idées reçues, la saison des pluies et les vacances scolaires constituent des périodes creuses. Les clients privilégient les transports couverts (bus, taxis) et la désertion des élèves réduit l’activité. « Le zémidjan ne vit pas, le zémidjan cherche à survivre », a martelé Barthélemy Yetin, nuançant les réussites immobilières de certains confrères qu’il qualifie de « cas exceptionnels » portés par d’autres sources de revenus ou des soutiens familiaux.
Tout en saluant les avancées du projet national d’asphaltage, il a alerté sur la stagnation des eaux qui dégrade prématurément les nouveaux ouvrages, appelant à un curage régulier des caniveaux. Interpellé sur l’incivisme lié à la miction sauvage sur la voie publique, le premier responsable de l’Udcozem a plaidé pour une approche constructive en demandant aux municipalités d’installer des blocs sanitaires publics payants. « Le zémidjan qui quitte Calavi pour Cotonou n’a nulle part pour aller uriner […]. Aidez-nous à nous aider », a-t-il lancé.
Le syndicaliste a rappelé que l’Udcozem mise sur l’éducation hebdomadaire de ses membres et développe, en partenariat avec la Cosi-Bénin, un système de cotisation sociale (à partir de 1 000 Fcfa par mois) pour garantir une couverture maladie ou une reconversion solidaire à ses militants. Un pas vers la structuration d’un secteur informel qui fait vivre des milliers de ménages béninois.









